14 novembre 2019

Le couteau de la mamelle (Kele ka ku dibele)

mère africaine

Un piégeur professionnel vivait dans un village avec sa femme et son fils de bas âge. Il travaillait tellement bien que sa réputation avait franchi les frontière de son village. Lorsque son fils atteignit l’âge où les jeunes garçons laissent pousser une barbiche et où la voix bourdonne comme dans une grosse calebasse, le piégeur lui dit un soir : « Tu deviens tout doucement un homme ; à partir de demain, tu devras m’accompagner en forêt pour apprendre mon métier ; ainsi tu devras mieux subvenir plus tard aux besoins de ta famille. »

A partir du jour suivant, comme il l’avait dit, le père sortait avec son fils au premier chant du coq et prenait le chemin de la forêt. Il lui apprit à détecter les traces laissées par les bêtes et même à reconnaître avec précision quelles bêtes les auraient laissées. Il lui apprit les différentes sortes des pièges et dans quels cas, il fallait les utiliser. Ainsi le fils apprit les pièges à lacet, les pièges à corde, les nasses à souris et celles à poisson, les pièges à filet, etc. Il apprenait chaque jour et chaque jour, il progressait dans son apprentissage.

Quelques années plus tard, ayant vu le progrès réalisés par son fils, le père lui dit: « Maintenant que tu as acquis la technique nécessaire au métier, tu devras désormais travailler seul ; tu n’as donc plus besoin de moi. » A partir du jour suivant, le jeune piégeur sortait seul dans la forêt et tendait ses pièges comme son géniteur le lui avait appris. Mais ses pièges n'attrapaient que du petit gibier comme les souris, les oiseaux et parfois des lièvres, ce dont il n’était pas content.

Un après-midi, pendant qu’il visitait ses pièges, il aperçut une belle et grosse antilope qui venait d’être capturée à l’un des pièges de son père. Fâché, il s’écria : «  Il n’y a que lui qui fait de belles prises et qu'on admire et pourquoi pas moi aussi ? ». Sans hésitation, il dénoua soigneusement la corde qui étranglait la bête et alla l’attacher à son propre piège tendu à un arbre un peu plus loin. Puis, il courut du mieux qu’il put au village appeler son père : « Papa, papa, viens voir ; moi aussi, je viens de faire une belle prise : une antilope, plus grosse qu' une jeune vache ! »

Son père, très content, lui emboîta les pas en direction de la forêt. Étant arrivé au piège, le père observa tranquillement la prise, puis demanda à son fils de descendre la bête et de la dépecer. Le fils coucha l’antilope sur l’herbe battue à l’occasion, saisit son couteau et chercha à l’enfoncer dans le ventre de l’animal, mais le couteau bondit et ne laissa aucune égratignure sur la peau tendre du ventre de l'animal. Il fit une seconde tentative, sans succès. Alors, le père, qui observait toujours la scène, lui prêta le sien ; mais le fils ne put réussir à dépecer l’antilope. Le père lui demanda d’aller aiguiser les deux couteaux sur la roche toute proche. Mais même avec les deux couteaux bien tranchants, le fils ne parvint pas à ouvrir le ventre de la bête.

Alors, le père prit la parole et lui dit : « Va au village, demande à ta mère de te remettre le couteau de la mamelle. Car, il n’y a que ce couteau qui puisse ouvrir le ventre d'une telle antilope. » Mais le fils ne comprit pas le sens de la parole de son père. Il courut au village et trouva sa mère qui s’affairait à la cuisine.

-  Maman, maman, papa m'envoie chercher le couteau de la mamelle pour que je puisse dépecer mon antilope. »,lui dit-il, tout essoufflé de la course.

 - Le couteau de la mamelle ? », lui demanda sa mère, tout étonnée

- Oui, le couteau de la mamelle., lui répondit son fils.

Alors, la mère demanda à son fils comment il avait attrapé son antilope. Celui-ci lui expliqua que la bête était tombée dans son piège tendu au haut d'un arbre. « Mon fils, dis la vérité ; l'antilope ne monte jamais aux arbres ! »

Après une courte discussion, la mère arriva à persuader son fils de lui avouer son forfait. L'ayant entendu, elle lui demanda de rentrer auprès de son père et de lui dire la vérité. Ainsi, le fils suivit le conseil de sa mère ; il retourna dans la forêt, avoua sa faute et s'excusa auprès de son père. Ce dernier lui ordonna, comme la première fois, de dépecer l'antilope. Le fils reprit son couteau et dépeça toute la bête sous le regard calme de son père.

Les leçons à tirer de ce conte :

  1. Les oreilles ne dépassent jamais la tête ; l'enfant doit toujours du respect à son père et ne devra, en aucune façon, chercher à entrer en concurrence avec lui.

  2. « Kunangidi muvuala-vuala Kabuta, utakavuala tshiebe tshidimu ». Il ne faut pas envier les autres ; à chacun son tour !

  3. « Kabiena kuluila, amu Nzambi ngubipapa bantu ». Il ne faut pas courir derrière les richesses de ce monde ; il n'y a que Dieu qui pourvoit aux besoins de ses enfants.

  4. La plus grande leçon dans ce conte, c'est le rôle de la mère dans la société traditionnelle. Revenons d'abord au titre : le couteau de la mamelle. Le couteau a une grande signification : nous nous en servons pour couper, trancher tout ce qui est dur pour nos mains nues. En cela, le couteau est une solution. Le couteau est aussi un instrument de justice pour ceux ou celles qui veulent se faire justice en blessant ou en tuant les autres. Et qu'est-ce que le couteau de la mamelle ? Nous savons tous que la mamelle sert à nourrir un bébé. Elle établit une relation de confiance entre l'enfant et sa mère. C'est sur elle que ce dernier, fatigué, vient poser sa tête et s'endormir. Le couteau de la mamelle est donc un jugement qui vient de la personne en qui le jeune homme fait le plus confiance : sa mère. Le père avait, de prime à bord, remarqué la supercherie de son fils. En homme sage, il l'a envoyé auprès de sa mère, auprès de la personne de confiance qui pouvait le faire revenir à la raison. Ainsi dans ce conte, la mère joue un rôle très important, car elle y apparaît comme la gardienne de la tradition.

Je remercie mon frère Benoît Bambamba Kanyinda qui a accepté que je raconte son conte en francais afin d'édifier celles et ceux qui ne comprennent pas notre langue maternelle, le tshiluba.

amour maternel

Lumbamba Kanyiki

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27 avril 2019

Le Léopard et la Gazelle

léopard et gazelle

Il faut savoir se choisir ses amis!

Le Léopard et la Gazelle jouissaient d'une grande amitié, du moins en apparence. Par une journée bien ensoleillée, les deux compères laissèrent leurs petits respectifs pour une petite promenade de santé. Ils voulaient bien profiter des rayons d'un soleil tropical qui arrosaient la savane verdoyante et  de la brise douce qui, soufflant des collines lointaines, faisait danser les cimes des arbustes en fleurs et atténuait la chaleur. Chemin faisant, une idée saugrenue prit naissance dans la tête du fauve qu'il voulut aussitôt mettre en application. Profitant d'une distraction de la part de la Gazelle, il s'éclipsa, s'en retourna chez elle. Il attrapa ses petits, les ligota et alla les cacher quelque part dans la brousse. Puis, quelques minutes plus tard, comme si rien n'était, il réapparut aux côtés de la  Gazelle mère. Ils continuèrent leur promenade et arrivèrent dans un village. Les amis du Léopard qui le virent, le saluèrent: :

- Salut, oncle Léopard! Comment vont les affaires?

Et celui-ci de répondre:

- Pa puekela kayiba ne nudiumvwile! (Vous le saurez, vous-mêmes, au coucher du soleil!)

La Gazelle ne comprenant pas bien le sens de la réponse alambiquée de son ami, lui demanda ce qu'il voulait vraiment dire. "Non, ce n'est rien" lui rétorqua son ami. Ils continuèrent leur chemin, mais la Gazelle, alertée par son sixième sens légendaire, n'était plus à l'aise. Profitant d'une distraction du Léopard, il s'éclipsa à son tour pendant quelques minutes, puis elle revint auprès de son ami qui ne se douta de rien. Les deux poursuivirent ainsi calmement leur promenade, se racontant tout et rien, comme le font tous les bons amis. Ils arrivèrent dans un autre village. Un homme qui connaissait la Gazelle la salua:

- Bonjour, ma chère Gazelle.Comment vont les affaires? lui demanda-t-il.

- Biwikala mukulu, kabakudimbi eh? (Crois-tu qu'on ne peut pas te rouler puisque tu es l'aîné?) Le Léopard,  ne comprenant rien à la réponse de la Gazelle,  demanda à son amie  de lui fournir des éclaircissements. "Ce n'est rien !" lui répondit la Gazelle.

Le soir arriva. Le soleil, tel un disque pourpre, touchait les sommets des ombres sombres des arbres à l'horizon. Quelques étoiles trouèrent le ciel couleur indigo. Pendant que le Léopard était tout à fait accaparé dans ses pensées criminelles, la Gazelle disparut sans bruit dans le buisson. S'étant rendu plus tard compte de la disparition de la Gazelle, le Léopard trouva le moment propice pour accomplir son dessein macabre. Il se rua sur la cachette où il avait laissé les faons. Et voici, celle-ci était vide!  Très déçu, il prit le chemin de sa maison, mais là aussi une surprise encore plus amère l'attendait: En entrant dans la cour de la parcelle, il trouva tous ses enfants massacrés, leurs corps gisant dans une marre de sang, en plein milieu de la cour. Il se précipita sur eux, poussant du fond de ses tripes un long rugissement mêlé de rage et de douleur, puis il se laissa tomber sur les corps inertes, les caressant l'un après l'autre, dans une  impuissance totale.

Ce que le Léopard ne savait pas, c'est que son amie la Gazelle, alertée par sa réponse "Pa puekela Kayiba ne nudiumvwile", est vite retournée à la maison voir si tout allait bien. N'ayant pas trouvé ses faons à la maison, elle suivit les traces laissées par le Léopard jusqu'à la cachette où elle les trouva, ligotés. Vite, elle délia les cordes qui les immobilisaient et les conduisit à une autre cachette, leur demandant enfin de l'y attendre sans faire du bruit; elle n'allait pas tarder à rentrer. Puis, prise d'une colère subite, elle voulut infliger au Léopard une leçon dont il se souviendrait toujours. C'est pourquoi elle se rendit chez lui et égorgea ses léopardeaux dont elle étala les corps là où le grand Léopard les trouva.

Les rugissements prolongés du Léopard alertèrent ceux et celles de sa race. Ils vinrent de partout et se décidèrent à faire une descente punitive chez la Gazelle, mais celle-ci était déjà très, très loin avec ses petits. C'est pourquoi, jusqu'aujourd'hui, toute la descendance du Léopard, se souvenant de ce que la Gazelle avait fait à son ancêtre, les poursuit partout où elles vont pour se venger. Elle les a même classées parmi sa nourriture de prédilection.

Moralité: Beaucoup de ceux ou celles que nous croyons être nos amis, ne le sont pas vraiment. D'où nous devons faire beaucoup d'attention dans le choix de nos amis.

C'était le conte tel qu'il m'a été raconté au téléphone par le pasteur Pierre Mpandanjila de Belgique. Tuasakidila, Musadidi wa Mvidi Mukulu!


Lumbamba Kanyiki

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04 août 2017

Mpokolo (Ma brave mère)

source d'eau

En ce temps-là, il y avait une grande famine dans le pays, car, depuis des années, la pluie avait cessé de tomber; les cours d’eau et les lacs avaient disparu, laissant la place à des rigoles et des plaines argileuses, asséchées par un soleil ardent. Le vent sec et chaud avait fini par brûler les forêts et les savanes. Les arbres, nus sur les collines  couleur de cendres, donnaient un spectacle désolant. Les sillons qui les traversaient, seuls, étaient témoins d’intenses pluies qui irriguaient jadis toute la région et faisaient vivre ceux qui y habitaient. Mais ça, c’était du temps ancien. La famine était d’autant plus forte que plusieurs d’entre eux avaient déjà péri.

Tous les animaux furent convoqués pour discuter de la famine qui risquait de les exterminer tous. Ils étaient là : tous les habitants des forêts proches et lointaines, tous les habitants de savanes, de rivières et de cours d’eau. Même l’homme avait été convoqué pour la circonstance. Ils devaient répondre à une et une seule question : qu’est-ce que nous devons encore faire pour survivre ? En effet, Ils avaient déjà fait des offrandes à Dieu, ils avaient offert des jeunes mâles, ils avaient offert des vierges, ils avaient fait des jeûnes et des invocations. Mais Dieu semblait leur avoir tourné le dos. Car, la pluie ne tombait toujours pas.

L’homme prit la parole : nous avons tous des mères. Elles nous ont élevés et nous sommes devenus forts et certains d’entre-nous ont de la  progéniture. Nos mères ne peuvent donc pas accepter de nous voir tous mourir. Alors, chacun d’entre-nous devra tuer sa mère, la préparer et manger avec le groupe. Une mère chaque jour.  Après un débat houleux qui dura des heures, les autres approuvèrent, avec regret, la proposition.

Une liste fut établie. Chaque jour, un habitant tuait sa mère, la préparait et tous les autres venaient manger chez lui. Mais l’homme, voyant son tour s’approcher, prit sa mère une nuit et alla la cacher dans la forêt, au fond d’une source à côté de laquelle se dressait un grand arbre. Sur la cime de l’arbre, habitait un oiseau au long cou et à la tête rouge. Il couvrit l’entrée de la cachette avec une grande pierre que sa mère devait déplacer de l’intérieur pour le laisser entrer. Chaque matin, il allait en cachette lui apporter à manger. Toute fois, pour se faire connaître de sa mère, il devait chanter la chanson suivante:

Mamu weee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Kudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

(Ma mère, ma brave mère
Les autres espèces ont tué leurs mères.
A la source lointaine
Je cachai la mienne
Près d’un arbre géant
Au sommet duquel trône
L’oiseau au long cou et à la tête rouge
Réponds-moi, ma mère
Ma brave mère.)

Alors, sa mère, entendant la chanson, venait lui ouvrir et il se glissait à l’intérieur avec la nourriture. Cela se passa ainsi pendant quelques jours. Quand, enfin, son tour vint, il tua un crocodile qui errait ça et là, sans logis fixe depuis que sa rivière s’était asséchée. Il prit soin d’enlever les os et la peau qu’il alla cacher dans un trou et couvrit avec la terre. Il prépara la viande et la mangea avec ses compères. Personne d’entre eux ne remarqua la supercherie de l'homme. Très content d’avoir réussi son coup, l’homme s’en alla dormir du sommeil du « juste ». Le lendemain matin, il se réveilla de bonne heure et se rendit en forêt pour apporter de la nourriture à sa mère. Arrivé devant l’entrée de la source, il se mit à chanter comme d’habitude.

Mamu weee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Kudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Mais personne ne vint lui ouvrir.  Il chanta désespérément pendant longtemps.  Toujours pas de mère. Il éleva les yeux sur la cime du grand arbre, L’oiseau au long cou et à la tête rouge était toujours là et l’observait. L’homme, très triste, s’en alla à la cherche de sa mère, toujours en train de chanter :

Mamu weee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Mudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba   
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Après beaucoup de temps, la pluie finit par tomber dans le pays. La verdure couvrit toute la région, les lacs se remplirent et les cours d’eau débordèrent. Les décès des mères n’étaient plus qu’un triste souvenir pour les autres espèces d’animaux. Mais l’homme qui ne croit pas à la mort de sa mère, continue toujours à la chercher jusqu’à ce jour, en chantant :

Mamu weee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Mudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Si jamais vous le voyez tout près de chez vous en train de chanter, je vous prie de l’aider à retrouver sa mère. S’il vous plaît !

Moralité : Évitons de faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse. Il y a des gens qui induisent toujours les amis en erreur, se croyant, eux, très malins. Mais comme on dit souvent : « Tout se paie ici bas ».

Lumbamba Kanyiki

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18 juillet 2017

Kapinga Ntumb’a Makabu et l’ogre

ogre

Des jeunes filles étaient descendues un après-midi puiser de l’eau à la rivière. Mais avant de remonter vers le village, elles voulurent d’abord s'amuser dans l’eau fraîche de la rivière. Après qu’elles s’y étaient amusées à divers jeux, vint l’heure de rentrer au village. Les autres sortirent de l’eau, s’habillèrent en hâte et s'en pour retournèrent au village. Mais Kapinga Ntumb’a Makabu, l’une d’entre elles, préféra rester quelques instants dans l’eau. « Je vous suis dans quelques minutes », leur dit-elle.

Emportée par des rêves de petite fille, elle se laissa planer sur la surface de l’eau, le visage aux rayons pourpres du soleil couchant. Finalement,  Kapinga Ntumb’a Makabu sortit à son tour  de l’eau. Pendant qu’elle s’habillait à côté de sa calebasse, elle entendit un bruit derrière elle. Se retournant, elle se trouva en face d’un personnage difforme, très gros et très grand qui l’observait en ricanant avec un gros tam-tam sous son bras.  Apeurée, Kapinga Ntumb’a Makabu voulut se sauver, mais fut attrapée en quelques secondes par l’ogre. « S’il vous plaît, ne me tuez pas ! » le supplia-t-elle de sa voix fine. L’ogre la contempla un instant. Elle était d’une beauté irréprochable avec son cou gracile et sa hanche de guêpe qui mettait en valeur son jeune bassin de ses 14 ans. Il décidera plus tard de son sort. Pour l’instant, il l’emprisonna dans son tam-tam et l’emmena très, très loin.

Pendant ce temps, ne voyant pas rentrer leur fille, les parents de Kapinga descendirent la chercher à la rivière et dans les forêts environnantes, mais ils ne la trouvèrent pas.

Un jour où l’ogre jouait de son tam - tam dans un village devant une multitude de spectateurs venus l’écouter, Kapinga Ntumb’a Makabu, du tam-tam où elle était cachée, se mit à chanter :

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngele mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

 

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière Tshibaji.
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Les gens voulurent en entendre davantage, mais l’ogre interrompit le concert et s'en alla ailleurs. A chaque fois que l’ogre donnait son concert de tam-tam, Kapinga Ntumba chantait sa chanson dans laquelle elle racontait sa triste histoire. Un jour, l’ogre jouait dans un village proche de celui de Kapinga Ntumb’a Makabu, mais il ne le savait pas. Vers la fin de son concert, Kapinga Ntumba commença à chanter de sa voix fine et limpide.

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngela mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Parmi les spectateurs, certains villageois se rappelèrent de la disparition de la jeune fille du village voisin répondant au nom de Kapinga. Ils coururent, du mieux qu’ils pouvaient, annoncer la nouvelle au village de Kapinga Ntumb’a makabu. Après les avoir entendus, les habitants de ce village décidèrent d’inviter, à leur tour, l’ogre chez eux. Le jour convenu, l’ogre, qui ne se doutait de rien, vint jouer de son tam-tam. A la fin du concert, Kapinga Ntumba commença à chanter dans le tam-tam de l’ogre :

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngela mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Lorsqu’elle finit de chanter, les villageois, émus par la chanson et la voix triste de Kapinga qu’ils reconnurent facilement, avaient déjà arrêté leur stratégie. Ils donnèrent à manger et à boire à l’ogre. Ce dernier mangea et but beaucoup, plus même que d’habitude. Il s’enivra et s’endormit. Alors, les villageois s’emparèrent de son tam-tam, réussirent à l’ouvrir et à libérer Kapinga Ntumb’a Makabu de l’emprise de l’ogre.

Ce conte m’a été raconté par mon jeune frère Martin Dimuka Kataka en vacances en Allemagne

Lumbamba Kanyiki

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13 juillet 2017

La pintade et le serpent

pintade

La pintade avait passé plusieurs jours à couver ses œufs dans son nid. Elle en sortit, un avant-midi, pour s’alimenter. Pendant qu’elle était partie, le serpent s’invita chez elle et s’enroula autour de ses œufs. Ne se doutant de rien, la pintade revint vers son nid et y trouva un curieux visiteur autour des œufs. Prise de peur, elle alla se poser sur une branche en face pour appeler du secours. Elle se mit à chanter cette chanson lugubre par laquelle elle s’adressait à ceux de son espèce. Ces derniers, écoutant la chanson, venaient pour en connaître la cause. Voici la chanson :  

Pintade :

Bakwa nyunyu totototo toooo totoo
Bakwa nyunyu ba tutende ba tulaji
lwayi nu mune mayu enu.

(Vous tous, oiseaux de la terre
Vous, petits et grands
Venez voir vos œufs !)

Répondant :

Dikangala wa mukombo, tshi dila-dila butuku ne munya ntshinyi ?

(Pourquoi te lamentes-tu nuit et jour ?)

Pintade :

Nyoka wa tshimpaka mumpaka ne mayu anyi.

(Le méchant serpent s’est emparé de mes œufs)

Répondant:

Oh awu wakatumana aaaaaaaaaaaa !

(Oh celui-là nous a exterminés depuis des siècles)

La première à s’intéresser fut la perdrix, sa vieille amie d’enfance. Elle lui demanda : « Chère amie, pourquoi te lamentes-tu comme ca ? Que t’est-il arrivé ? » La pintade lui montra son nid plein à craquer avec le serpent autour de ses œufs. Pour toute réponse, la perdrix lui répondit : « Celui-là nous a presque tous exterminés depuis des siècles ». Elle ne voulut même pas s’approcher du nid. Elle prit de l’altitude et s’en alla dans la vallée verdoyante.

La pintade continua de chanter et de se lamenter. Vint aussitôt le héron au long cou : « Pourquoi pleures-tu depuis des heures, chère amie ? Que t’est-il arrivé ? ». Du regard, la pintade lui montra l’entrée de son nid. Y apercevant le serpent, le héron lui dit ; «  Celui-.là nous a exterminés depuis des siècles ». Il s’envola et disparut vers le lac qu’on voyait un peu plus loin, en forêt comme un disque d’argent abandonné dans la nature.

Tous les oiseaux de la terre entendirent la chanson triste de la pintade et vinrent pour en savoir davantage. Mais aussitôt qu’ils apercevaient le serpent autour des œufs de la pintade, ils s’en envolaient sans apporter aucune aide à la malheureuse. Même l’aigle au bec puissant et acéré ne pouvait s’attaquer au serpent et libérer les œufs de la pintade. « Celui-là nous a tous exterminés depuis des siècles », lui répétaient-ils tous avant de disparaître.  Mais,  la pintade, bien que fatiguée d’avoir longtemps chanté, n’abandonna pas pour autant.

Pintade :

Bakwa nyunyu totototo toooo totoo
Bakwa nyunyu ba tutende ba tulaji
lwayi nu mune mayu enu.

(Vous tous, oiseaux de la terre
Vous, petits et grands
Venez voir vos œufs !)

Tout à coup, elle vit venir une fourmi. " Ca fait longtemps que je t’entends pleurer. Que t’est-il arrivé, mon amie ?" Tous ceux de mon espèce, qui se sont intéressés à mon malheur, ne m’ont pas aidée. Que pourrais-je attendre de ce minable insecte ? se demanda la pintade.  Elle voulut la rabrouer, mais se retint. Sans mot dire, elle lui montra le serpent dans son nid. La fourmi observa longtemps l’imposteur et disparut dans les feuillages. La pintade ne remarqua même pas sa disparition. Jetant un œil à gauche, jetant un œil à droite, elle chantait toujours et toujours, mais sans grand espoir. Pendant ce temps, le serpent immobile se reposait autour de ses œufs.

Ni la pintade ni le serpent ne remarquèrent toute la grande armée de fourmis qui investissaient le lieu.  Elles étaient partout. Sous l’humus qui tapissait la terre humide de la forêt, sur une grande partie du tronc et sur la branche qui soutenait le nid, Au premier signal donné par leur chef, l’attaque fut foudroyante : les fourmis qui étaient autour du nid tombèrent sur le serpent qui abandonna aussitôt le nid. Dans sa fuite, il tomba par terre où il fut accueilli par les soldats fourmis. Ceux-ci l’y attendaient avec impatience. En quelques minutes, il ne restait qu’un long squelette, sans vie. La pintade put ainsi regagner son nid où elle retrouva ses œufs intacts.

 

Moralité :

Souvent, nous mettons nos espoirs dans des personnes en qui nous pensons avoir pleine confiance. Mais des solutions à nos problèmes, nous les obtenons parfois des gens sur qui nous ne comptons même pas. La pintade de ce conte n’oubliera jamais le geste de la fourmi qui l’a aidée à procréer pendant que ceux de son espèce l’avaient littéralement abandonnée.

 Ce conte m'a été raconté par Martin Dimuka Kataka en vacances en Allemagne

Lumbamba Kanyiki

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02 avril 2017

Kadima Lutulu et Kadima Lubilu

chanteur de xylophone

Au temps d’avant, deux grands musiciens vivaient dans un village. L’un s’appelait Kadima Lutulu et l’autre Kadima Lubilu. Kadima Lutulu était connu pour son calme, organisant toujours ses concerts avec minutie et faisant toujours tout pour satisfaire son public. Kadima Lubilu, lui, c’était un homme agité qui ne terminait pas ses concerts. Il enchaînait souvent ses chansons rapidement, l’une après l’autre et disparaissait avant même l’heure prévue.

Un bon matin, Kadima Lutulu se leva et dit à son entourage : « Je m’en vais jouer chez le bon Dieu ». Ainsi commença son voyage. En cours de route, pendant qu’il traversait les villages, les gens qui le connaissaient, le voyant avec son xylophone, lui demandaient :

-          Où vas-tu ainsi Kadima Lutulu ?

-          Je m’en vais jouer ma musique chez le bon Dieu ; Chez le bon Dieu, je vais jouer ma musique pour le louer !

-          Mais aurais-tu l’amabilité de nous faire écouter ce que tu vas jouer au bon Dieu ?

Alors, Kadima Lutulu installait calmement son xylophone et jouait aussi longtemps que ses congénères le souhaitaient. Sa voix mélodieuse et le rythme endiablé du xylophone les enivraient et ils en réclamaient davantage : « bis, bis, bis ». Et Kadima Lutulu de jouer au point même d’oublier son voyage. Enfin, il reprenait sa route vers le pays du bon Dieu où il finit par arriver après plusieurs jours de route.

-          Seigneur Dieu, Je viens de mon village ici chez toi pour chanter ta gloire et te louer. C’est cela l’objet de ma présence ici chez toi. Je chanterai aussi longtemps que tu voudras, mon créateur, si tu me le permets.

-          Que ta volonté soit faite, mon fils !

Le bon Dieu donna à Kadima Lutulu un endroit où il s’installa avec son xylophone et commença à jouer. Pendant quatre jours, il joua, du matin au soir, de son xylophone et chanta en honneur du bon Dieu. Au quatrième jour, ce dernier vint le remercier. « Je suis ravi de ta musique, mon fils, lui dit-il, maintenant, il est temps pour toi de rentrer dans ton village »

Le bon Dieu remit deux mottes de terre à Kadima Lutulu comme cadeau et lui dit : Quand tu arriveras dans ton village, casse ces mottes de terre, l’une après l’autre. Et tu verras ce qui en sortira. C’est ça le cadeau que je te donne, mon fils.

Kadima Lutulu prit les deux mottes de terre, remercia le bon Dieu et retourna dans son village. Étant arrivé, il convoqua ses concitoyens,  leur fit rapport de son voyage et montra les deux mottes de terre reçues du bon Dieu. Suivant les instructions reçues, il cassa l’une par terre et voici, il en sortit des vaches, des chèvres, des moutons, des poules, des canards, des dindons, des pigeons, des pintades, etc. De la deuxième motte sortit de jolies femmes aux longs cous et aux bassins larges, des jeunes filles et des jeunes garçons, beaux comme des anges. Kadima Lutulu les distribua à tous ses congénères qui en furent très contents.

Le jour suivant, Kadima Lubilu se leva de bon matin et dit à son entourage : « Moi aussi, je m’en vais chez le bon Dieu. Vous verrez, il me donnera beaucoup plus que ce qu’il a donné à Kadima Lutulu ». Il commença son voyage. Lorsqu’il traversait les villages, les gens qui le connaissaient, le voyant avec son xylophone, lui demandaient :

-          Kadima Lubilu, tu vas où comme ça ?

-          Je m’en vais jouer chez le bon Dieu, chez le bon Dieu, je vais jouer ma musique pour le louer.

-          Aurais-tu l’amabilité de nous faire écouter ce que tu vas jouer au bon Dieu ?

-          Je n’ai pas beaucoup de temps, je suis pressé d’arriver chez le bon Dieu, maugréa-t-il.

-          S’il te plaît, Kadima Lubilu, fais-nous écouter ne fût-ce que quelques chansons, insistaient-ils 

Alors, à contre cœur, Kadima Lubilu installait en hâte son xylophone et leur jouait rapidement quelques extraits des chansons.  Lorsqu’ils lui demandaient de rejouer certains morceaux, il leur rétorquait : « La route est encore très longue devant moi » et hop ! Il reprenait son xylophone et le voilà sur la route vers le pays du bon Dieu.

Arrivé chez le bon Dieu, il lui dit : « Seigneur, je viens ici chez toi pour chanter en ton honneur. Mais je ne resterai pas longtemps. Demain déjà, il faudra que je rentre chez moi. » Le bon Dieu lui dit : « Que ta volonté soit faite, mon fils » et lui indiqua une place pour installer son instrument et commencer sa musique. Il joua toute la journée et le lendemain, comme il l’avait dit, il arrêta sa musique et rangea son xylophone. Le bon Dieu vint, le remercia et lui remit aussi deux mottes de terre. « Quand tu arriveras dans ton village, tu les casseras par terre, l'une après l'autre. C’est mon cadeau pour toi, mon fils. Kadima Lubilu arracha les mottes de terre de mains du bon Dieu et se mit à courir vers son village. Il arriva, essoufflé, et convoqua les villageois : Venez vite voir les cadeaux que le bon Dieu m’a donnés. Tout le monde accourut, petits et grands, pour voir ce que ramenait Kadima Lubilu. Il cassa la première motte par terre. Il en sortit des guêpes, des abeilles, des fourmis et des serpents venimeux qui se répandirent dans la population et les piquèrent. De la deuxième motte, sortirent des lions, des léopards, des renards, des crocodiles et tous les prédateurs qui se jetèrent sur les villageois, les poursuivirent et tuèrent plusieurs d’entre eux dans leur fuite.

Moralité : Dans la vie, il faut savoir cultiver la patience pour mieux vivre. L’agitation n’apporte que malheurs et regrets.

Lu pour vous dans "la notion de Dieu chez les Balubas du kasai" par le P.R. Van Caeneghem et réécrit par nous.

Lumbamba Kanyiki

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03 mars 2017

Le règne du Chien et du Lièvre

 

le chien et le lièvre

Tous les animaux vivaient sans roi à cette époque-là. Ils avaient limogé leur roi léopard, jugé trop gourmand, trop violent et moins intelligent pour être roi. La force physique seule ne suffit pas pour être roi ! Par ailleurs, leurs ennemis communs, les humains les chassaient régulièrement et les poussaient plus loin, dans les contrées où il leur était difficile de trouver à manger et à boire. Un grand rassemblement de tous les animaux fut convoqué afin de discuter de la situation. Ils convinrent de se choisir un roi ; celui-ci devait être un bon connaisseur de la race humaine et aussi un négociateur avéré.  Au dernier tour des élections, ils restèrent deux : le Chien et le Lièvre. La majorité des animaux portèrent leur dévolu sur le Chien, jugé plus proche des hommes et capable de défendre leurs intérêts chez ces derniers. Le lièvre fut très déçu à l’annonce de la décision des autres animaux. La réunion terminée, tous les animaux se retirèrent chez eux.

Quelques mois plus tard, La saison sèche, qui suivit à la saison de pluie, dura plus longtemps. Partout jusqu’à perte de vue, les plaines étaient asséchées, car, du ciel gris ne tombait aucune goutte d’eau. Les squelettes des arbres offraient un spectacle désolant ; les animaux, maigres, affamés et déshydratés allaient chercher plus loin la nourriture et de l’eau à boire. Comment conjurer le mauvais sort ? Ils vinrent cette fois auprès de leur chef et lui demandèrent de convoquer un grand rassemblement afin de discuter de la famine persistante qui risquait de les tuer tous. Tout le monde répondit à l’appel. Mais le roi Chien constata que le Lièvre n’était pas avec eux. « Où est le Lièvre » demanda-t-il ? Les autres répondirent qu’il n’était pas encore là. Ils attendirent pendant longtemps avant de commencer la réunion. Quelques instants plus tard, ils virent deux longues oreilles, dépassant l’herbe sèche, avancer en faisant des petits bonds rapides vers le lieu du rassemblement. C’était le Lièvre. Sur son épaule un grand sac. « Pourquoi est-ce que tu es en retard ? » lui demanda le Chien ? Je viens de consulter  le vieux sage afin de conjurer le mauvais sort qui s’est abattu sur nous. » Le Chien s’empressa d’en savoir plus : 

- Et que t'a-t-il dit, le vieux sage ?

- Il m’a donné un remède pour conjurer le mauvais sort.

Joignant le geste à la parole, il plongea sa main dans le sac, en sortit un gros vieil os qu’il jeta devant le Chien. Celui-ci sauta du podium où il se tenait et se jeta sur l’os sous les regards étonnés des autres animaux. Ils le désavouèrent, le jugeant trop gourmand et égoïste pour être roi. A sa place, ils désignèrent le Lièvre comme leur nouveau roi..

A partir de ce jour-là, le Chien et le Lièvre devinrent des pires ennemis, le Chien cherchant toujours à récupérer le pouvoir que le Lièvre lui avait ravi par ruse.   

Lumbamba Kanyiki

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16 juin 2016

Conte: Dijiba échappe au lion

Dijiba devait se rendre avec sa famille chez son oncle dans un village éloigné pour une fête de mariage. Une de ses cousines allait se marier. Le village où son oncle habitait était à deux heures de marche, séparé de la sienne par une grande brousse. Son père, le vieux Dijiba lui dit : Attends-nous ! Ta mère et moi allons d’abord rendre une courte visite à ton grand-père qui est malade. Ensuite, nous ferons le chemin ensemble. Cette brousse est très dangereuse pour que tu fasses seul ce trajet. Mais Dijiba qui voulait au plus vite revoir ses cousines qu’il n’avait pas vues depuis plusieurs mois, refusa la proposition de son père. « Vous me trouverez là-bas ; vous marchez lentement et moi, j’ai hâte de revoir mes sœurs. » Alors, son père lui proposa, de nouveau, de prendre son fusil avec lui, mais le petit refusa: « Le fusil est trop encombrant. De toutes les façons, ca fait longtemps qu’on ne rencontre plus de prédateurs sur le chemin. Ils s’en sont allés loin dans la forêt, fuyant les humains. » Sur ces mots, Dijiba prit son sac dans lequel il avait rangé son joli costume, sa belle chemise blanche et ses chaussures pour la fête et commença son voyage.

Après une longue marche, il était très content de voir au loin les toits des cases d’où s’échappaient, des légères fumées blanchâtres qui disparaissaient dans le ciel. Il accéléra sa marche lorsque tout à coup, il entendit tout près de lui le rugissement d’un lion. Pris de panique, il regretta de n’avoir pas pris son fusil comme son père le lui avait proposé. Il regarda autour de lui et ne vit que des roches qui ne pouvaient être d’aucune aide en cas d’attaque d'un fauve. Il se pencha et en ramassa une de la taille d’un poing. Mais lorsqu’il se releva, il aperçut à sa droite un phacochère, très gros et puissant prêt à bondir ; à sa gauche, deux yeux brun foncé l’observaient et lui et le phacochère, se demandant lequel de deux il allait prendre en chasse. Juste en ce moment-là, un aigle surgissant de nulle part vint effrayer le phacochère qui se mit à courir à toute vitesse. Le lion, attiré par la brusque débandade du phacochère se lança aussitôt à sa poursuite. Dijiba, apeuré, abandonna son sac et s’enfuit vers le village.

Quelle ne fut pas sa surprise en y rencontrant son père et sa mère en train de causer paisiblement avec son oncle et sa tante devant leur case. Comment êtes-vous déjà arrivés ici ? Demanda-t-il, étonné, à ses parents. Pour toute réponse, son père lui jeta son sac à ses pieds en lui disant : Tu devras à l’avenir faire beaucoup attention. Tu n’auras pas toujours la même chance qu’aujourd’hui.

J’ai demandé à Mulekelayi  qui m’avait raconté ce conte : " Peux-tu m’expliquer comment les parents de Dijiba sont arrivés chez son oncle avant lui alors qu’ils avaient d’abord rendu visite à son grand-père malade? " " Dans les temps anciens, me répondit Mulekelayi, les initiés se déplaçaient dans les airs, assis sur un petit tapis qui prenait la forme d’un oiseau pour les communs des mortels. Un voyage effectué sous cette forme n’était lié ni au temps ni à l’espace. Mais cette pratique tend à disparaître aujourd’hui parce que cette génération s’est prostituée et a renié ses propres racines."

Alors, faites attention ! A chaque fois que vous verrez des oiseaux en train de voyager sur vos têtes, dites-vous que ce ne sont, peut-être, pas de vrais oiseaux, mais des humains sur des petits tapis volants !

Lumbamba Kanyiki

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09 mars 2016

Boucle d'Or et les trois ours

trois ours et boucle d'or

Les trois  ours vivaient dans leur maison dans la forêt. Les trois, c'était l'ours père, l'ourse mère et leur fils, l'ourson fils. Un jour, les ours s'assirent à table pour prendre une bouillie, mais elle était trop chaude. Ils sortirent se promener dans la forêt, le temps que la bouillie se refroidisse. Pendant qu'ils étaient partis, vint une petite fille appelée Boucle d'Or. Elle vit la maison et s'en approcha. A travers la fenêtre, elle remarqua que personne n'était présente. Elle ouvrit la porte et entra.  

Boucle d'Or entra dans la cuisine et découvrit la bouillie. Elle avait très faim et la bouillie était son mets préféré. D'abord, elle essaya la grande assiette que le père ours avait laissée. "Uh !",cria Boucle d'Or, "Elle est trop chaude. Je ne peux pas la manger." Ensuite, elle essaya l'assiette moyenne, celle que la mère ourse avait laissée, mais elle était trop froide. Enfin, elle essaya la plus petite qui appartenait au fils ourson. "Voilà, celle-ci est parfaite" cria Boucle d'Or et mangea toute la bouillie.

Alors, Boucle d'Or se décida de rester un peu et, jetant un regard autour d'elle, elle découvrit trois chaises. La première était trop dure, l'autre trop molle, mais la troisième était parfaite. Boucle d'or s'en approcha et s'assit, mais la chaise se rompit ! Boucle d'Or tomba à travers la chaise par terre ! Elle pleura un peu, se remit debout et se dit :" Maintenant, je dois trouver un autre endroit pour m'asseoir confortablement."

Elle entra dans la chambre à coucher et vit trois couchettes des ours. "Voilà, voilà ! " se dit-elle, très contente, c'est le bon moment de faire une petite sieste". Elle s'approcha des couchettes. La première était trop vieille,  la seconde trop sale et la troisième était parfaite. Boucle d'Or s'y coucha. La couchette était si gracieuse qu'elle s'endormit aussitôt.

Les trois ours ne tardèrent pas à rentrer pour manger leur bouillie. Le père ours contempla la cuillère dans sa bouillie et s'écria: "Quelqu'un a mangé ma bouillie ! " La mère ourse contempla aussi sa bouillie et cria: "Quelqu'un a aussi mangé ma bouillie." Alors, Le petit ours, voyant son assiette vide, se mit à pleurer : "Quelqu'un a mangé ma bouillie et a même mangé toute ma bouillie ! "

Alors, les ours, affamés et très en colère, voulurent s'asseoir afin de mieux réflechir. Le père ours, s'approchant de sa chaise, cria aussitôt : "Quelqu'un s'était assis dans ma chaise ! " Et la mère ourse, à son tour, cria : "Quelqu'un s'était assis dans ma chaise." Et le fils ourson, voyant sa chaise cassée, pleura, inconsolable : "Quelqu'un s'est assis dans ma chaise et a même cassé toute ma chaise ! "

Le père ours dit aux autres :  "Il se peut que notre voleur soit encore dans notre maison. Nous allons chercher partout; avec un peu de chance, nous pourrons l'attraper." "Exact, exact ! " répondirent la mère et le fils.

Tous les trois entrèrent dans la chambre et contrôlèrent leurs couchettes. "Quelqu'un s'était couché dans ma couchette", dit le père ours d'une grande voix. "Et quelqu'un a dormi aussi dans ma couchette", dit la mère ourse. Le fils ourson inspecta aussi sa couchette et vit Boucle d'or qui dormait. "Voilà! Voilà ! " cria le petit ours, quelqu'un s'était couché dans ma couchette et y est encore ! "

Boucle d'Or, qui dormait profondément, se réveilla en sursaut et vit les trois ours. Ils étaient tous très en colère et criaient sur elle. Tout celui qui pouvait voir les ours crier ainsi ne devait être que terrifié! Boucle d'Or était si terrifiée qu'elle courut en rond dans la chambre et sauta par la fenêtre. Elle s'enfuit si vite qu'elle ne revint plus jamais près de la maison des trois ours.

Les trois ours préparèrent encore beaucoup de bouillie, ils réparèrent la chaise du petit ours et vécurent plus heureux chez eux. C'était le conte de Boucle d'Or et les trois ours.

D'après le texte en latin: Auricoma et tres ursi

Traduction: Lumbamba Kanyiki

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13 septembre 2015

L’excellent nageur chez le bon Dieu (Mombedi wa dilambu kwa Nzambi)

L’excellent nageur ( mombedi wa dilambu) se trouvait debout au bord d’une grande rivière. Nous ne savons pas exactement ce qu’il y faisait; toujours en est-il qu’ il eut un fort glissement de terrain qui l'entraîna dans la rivière. Il n’eut aucune inquiétude puisqu’il savait nager. Il se mit alors à nager, cherchant un bon endroit par où il pouvait sortir de l’eau.

Pendant qu’il nageait, d’autres personnes qui étaient sur le rivage le virent dans l’eau. Ils lui tendirent une longue perche afin de le sortir de l’eau, mais notre nageur repoussa leur offre : « Ne vous en faites pas ; je trouverai un bon endroit par où je pourrai sortir d'ici. » Il continua son chemin, en train de nager. Un peu plus loin, il rencontra des voyageurs dans leur pirogue. Ceux-ci se rapprochèrent de lui : « Monte, camarade ; nous te ramènerons au rivage. » L’excellent nageur refusa de nouveau :" Ne vous en faites pas; je trouverai un bon endroit par où je pourrai sortir de l’eau. " Les voyageurs s’en allèrent et disparurent. L’excellent nageur continua son chemin, jetant un regard à gauche, jetant un regard à droite, à la recherche d’un bon endroit pour sortir de l’eau. Tout à coup, il entendit un bruit de moteur au-dessus de lui. C’était un hélicoptère qui volait par là, au-dessus de la rivière. L’ayant aperçu, le pilote ordonna à son équipage de lui lancer une corde pour le repêcher. Mais notre nageur refusa net. Par gestes de la main, il lui montra qu’il n’avait pas besoin d'aide. Il allait s’en sortir par lui-même. Ceux-ci continuèrent leur chemin.

Après avoir nagé des heures durant, sans trouver un bon endroit par où il pouvait sortir de la rivière, le pauvre nageur manqua des forces et mourut, noyé. Son âme fut transportée chez le bon Dieu. Fâché, il demanda au bon Dieu : « Toute ma vie, je n’ai fait que te prier et respecter tes préceptes. Alors, pourquoi n’es-tu pas venu à mon secours lorsque j’étais dans la détresse ? » Le bon Dieu lui répondit : « Je suis venu à ton secours à trois reprises ; tu n’as pas voulu de mon aide ! ». « C’est pas vrai, rétorqua le nageur, je ne t’ai pas vu à mon secours. "  Tout souriant, le bon Dieu lui rappela la perche tendue par les gens sur le rivage, les voyageurs dans la pirogue et l’équipage de l’hélicoptère. Notre nageur resta bouche bée!

Le bon Dieu reprit la parole et dit à l’excellent nageur qu’il se manifestait chez ses enfants de plusieurs façons : il se manifeste dans les pauvres, les orphelins et les veuves à la recherche d’un toit, à la recherche de quoi manger et de quoi se couvrir les corps ; il se manifeste dans l’assistant social qui apporte de l’aide aux indigents ; il se manifeste dans l’infirmière et le docteur qui soignent les malades ; il se manifeste dans l’avocat qui défend les opprimés; il se manifeste dans un passant que l'on croise sur la route, qui nous réchauffe le coeur d'un bon sourire et nous dit seulement bonjour. « N’attendez pas que je vienne comme vous le voulez, vous, car personne ne peut me voir et continuer à vivre ». 

Ce conte m’a été raconté par Klari Kabasele Luambila en Belgique. A bon entendeur, salut !

 

Lumbamba Kanyiki   

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