mère africaine

Un piégeur professionnel vivait dans un village avec sa femme et son fils de bas âge. Il travaillait tellement bien que sa réputation avait franchi les frontière de son village. Lorsque son fils atteignit l’âge où les jeunes garçons laissent pousser une barbiche et où la voix bourdonne comme dans une grosse calebasse, le piégeur lui dit un soir : « Tu deviens tout doucement un homme ; à partir de demain, tu devras m’accompagner en forêt pour apprendre mon métier ; ainsi tu devras mieux subvenir plus tard aux besoins de ta famille. »

A partir du jour suivant, comme il l’avait dit, le père sortait avec son fils au premier chant du coq et prenait le chemin de la forêt. Il lui apprit à détecter les traces laissées par les bêtes et même à reconnaître avec précision quelles bêtes les auraient laissées. Il lui apprit les différentes sortes des pièges et dans quels cas, il fallait les utiliser. Ainsi le fils apprit les pièges à lacet, les pièges à corde, les nasses à souris et celles à poisson, les pièges à filet, etc. Il apprenait chaque jour et chaque jour, il progressait dans son apprentissage.

Quelques années plus tard, ayant vu le progrès réalisés par son fils, le père lui dit: « Maintenant que tu as acquis la technique nécessaire au métier, tu devras désormais travailler seul ; tu n’as donc plus besoin de moi. » A partir du jour suivant, le jeune piégeur sortait seul dans la forêt et tendait ses pièges comme son géniteur le lui avait appris. Mais ses pièges n'attrapaient que du petit gibier comme les souris, les oiseaux et parfois des lièvres, ce dont il n’était pas content.

Un après-midi, pendant qu’il visitait ses pièges, il aperçut une belle et grosse antilope qui venait d’être capturée à l’un des pièges de son père. Fâché, il s’écria : «  Il n’y a que lui qui fait de belles prises et qu'on admire et pourquoi pas moi aussi ? ». Sans hésitation, il dénoua soigneusement la corde qui étranglait la bête et alla l’attacher à son propre piège tendu à un arbre un peu plus loin. Puis, il courut du mieux qu’il put au village appeler son père : « Papa, papa, viens voir ; moi aussi, je viens de faire une belle prise : une antilope, plus grosse qu' une jeune vache ! »

Son père, très content, lui emboîta les pas en direction de la forêt. Étant arrivé au piège, le père observa tranquillement la prise, puis demanda à son fils de descendre la bête et de la dépecer. Le fils coucha l’antilope sur l’herbe battue à l’occasion, saisit son couteau et chercha à l’enfoncer dans le ventre de l’animal, mais le couteau bondit et ne laissa aucune égratignure sur la peau tendre du ventre de l'animal. Il fit une seconde tentative, sans succès. Alors, le père, qui observait toujours la scène, lui prêta le sien ; mais le fils ne put réussir à dépecer l’antilope. Le père lui demanda d’aller aiguiser les deux couteaux sur la roche toute proche. Mais même avec les deux couteaux bien tranchants, le fils ne parvint pas à ouvrir le ventre de la bête.

Alors, le père prit la parole et lui dit : « Va au village, demande à ta mère de te remettre le couteau de la mamelle. Car, il n’y a que ce couteau qui puisse ouvrir le ventre d'une telle antilope. » Mais le fils ne comprit pas le sens de la parole de son père. Il courut au village et trouva sa mère qui s’affairait à la cuisine.

-  Maman, maman, papa m'envoie chercher le couteau de la mamelle pour que je puisse dépecer mon antilope. »,lui dit-il, tout essoufflé de la course.

 - Le couteau de la mamelle ? », lui demanda sa mère, tout étonnée

- Oui, le couteau de la mamelle., lui répondit son fils.

Alors, la mère demanda à son fils comment il avait attrapé son antilope. Celui-ci lui expliqua que la bête était tombée dans son piège tendu au haut d'un arbre. « Mon fils, dis la vérité ; l'antilope ne monte jamais aux arbres ! »

Après une courte discussion, la mère arriva à persuader son fils de lui avouer son forfait. L'ayant entendu, elle lui demanda de rentrer auprès de son père et de lui dire la vérité. Ainsi, le fils suivit le conseil de sa mère ; il retourna dans la forêt, avoua sa faute et s'excusa auprès de son père. Ce dernier lui ordonna, comme la première fois, de dépecer l'antilope. Le fils reprit son couteau et dépeça toute la bête sous le regard calme de son père.

Les leçons à tirer de ce conte :

  1. Les oreilles ne dépassent jamais la tête ; l'enfant doit toujours du respect à son père et ne devra, en aucune façon, chercher à entrer en concurrence avec lui.

  2. « Kunangidi muvuala-vuala Kabuta, utakavuala tshiebe tshidimu ». Il ne faut pas envier les autres ; à chacun son tour !

  3. « Kabiena kuluila, amu Nzambi ngubipapa bantu ». Il ne faut pas courir derrière les richesses de ce monde ; il n'y a que Dieu qui pourvoit aux besoins de ses enfants.

  4. La plus grande leçon dans ce conte, c'est le rôle de la mère dans la société traditionnelle. Revenons d'abord au titre : le couteau de la mamelle. Le couteau a une grande signification : nous nous en servons pour couper, trancher tout ce qui est dur pour nos mains nues. En cela, le couteau est une solution. Le couteau est aussi un instrument de justice pour ceux ou celles qui veulent se faire justice en blessant ou en tuant les autres. Et qu'est-ce que le couteau de la mamelle ? Nous savons tous que la mamelle sert à nourrir un bébé. Elle établit une relation de confiance entre l'enfant et sa mère. C'est sur elle que ce dernier, fatigué, vient poser sa tête et s'endormir. Le couteau de la mamelle est donc un jugement qui vient de la personne en qui le jeune homme fait le plus confiance : sa mère. Le père avait, de prime à bord, remarqué la supercherie de son fils. En homme sage, il l'a envoyé auprès de sa mère, auprès de la personne de confiance qui pouvait le faire revenir à la raison. Ainsi dans ce conte, la mère joue un rôle très important, car elle y apparaît comme la gardienne de la tradition.

Je remercie mon frère Benoît Bambamba Kanyinda qui a accepté que je raconte son conte en francais afin d'édifier celles et ceux qui ne comprennent pas notre langue maternelle, le tshiluba.

amour maternel

Lumbamba Kanyiki