28 avril 2020

Le monstre sans visage

 

coronavirus

 

Nous revoici dans notre confinement, en provenance du supermarché où nous sommes allés faire des courses. Je dépose le carton des achats par terre dans la cuisine, reviens dans l’antichambre, enlève ma veste, me débarrasse de mes baskets et vais me laver les mains dans la salle de bain où Ella m’a déjà précédé. Je pousse la porte. “Ah Tchoum!”, j’éternue. Il fait un peu frais dans la salle de bain. J’ajuste la température du chauffage en tournant l’indicateur de la position “veille”, avec son symbole de quart de lune, au rouge. Le sifflement de gaz me signale le démarrage de l’appareil. Le double lavabo  n’est qu’à quelques pas du chauffage. Je me place à côté d’Ella, tourne le robinet libre et attends que l’eau chaude coule. Je me lave ensuite soigneusement les mains pendant une trentaine de secondes, question d’être sûr de tuer le méchant virus, ennemi public. C’est ce qui nous a été conseillé de faire régulièrement: se laver après toute sortie pendant au moins trente secondes avec du savon et de l’eau chaude. De la salle de bain, je vais en chambre; je sors de mes plusieurs couches de tenue, comme un oignon qu’on épluche. Ensuite, je m’enfonce dans une tenue d’intérieur beaucoup plus relaxe. “Ah Tchoum”, j’éternue encore; et pourtant, il ne fait pas réellement froid dans la chambre! Lorsque je viens au salon, Ella est déjà devant la télévision et suit les mêmes informations avec les mêmes statistiques qui donnent de la sueur froide dans l’échine: huit cent quatre-vingt-treize morts en 24 heures en Italie, cinq cent quarante-six en Espagne, la France transfère ses malades en Allemagne. Elle vient de dépasser le cap de 6000 décès. “Ah Tchoum!”, j’éternue encore très fort.

- A tes souhaits, me dit Ella, les yeux toujours fixés sur la télévision.

Avant de m’asseoir, je vérifie si toutes les fenêtres du salon et de la cuisine sont bien fermées. Cependant, lorsque je m’assois dans le canapé, „Ah Tchoum“, j’éternue bruyamment. Ella me lance un regard plein d’appréhension. Je sens des picotements dans la gorge avec des légères brûlures. Je me racle la gorge une fois, deux fois. Je tousse. Je tousse encore. C’est une toux sèche qui provoque d’autres sensations de brûlure dans la trachée artère.

- “Tu es sûr que ça va?” me demande Ella.

- Je crains d’être atteint par le corona, j’ironise.

- Sans effet, au nom de Jésus!

Corona. Ce monstre invisible et sans visage qui attaque par malice. Parti d’un petit village qu’on appelle Huhang, en Chine, il a jeté ses tentacules dans  le monde entier désormais à sa merci. Il menace, rugit  et sème la mort et la désolation partout où il passe. Corona. Quel joli nom pour un ange de la mort qui a bousculé toutes nos habitudes! Pour lui échapper, un seul mot d’ordre: Confinement. Plus de travail, plus d’école ni d’université, plus de loisir, plus de sport, plus de rencontres dans les parcs, plus de vacances, plus rien. Rien que le confinement.

Au début, ils nous ont dit que nous resterions confinés pendant au moins deux semaines, mais au vu des nombres de décès, de l'augmentation de la contamination, de la saturation des capacités d’accueil des hôpitaux, ils ont dû prolonger de deux autres semaines. Alors, étant restés confinés depuis bientôt trois semaines, nous sommes obligés de sortir de temps en temps, comme ce soir, pour faire les achats des produits de première nécessité.  Visages cachés derrière un morceau de tissu noué derrière la tête, nous sommes tels des lièvres sortant de leur tanière après l’hivernage à la recherche de la nourriture et qui, en même temps, restent aux aguets pour ne pas tomber entre les griffes du méchant loup quelque part à l'affût.

Essayant d’oublier mes appréhensions sur la toux, je reprends la lecture du livre que j’avais laissé sur la table basse du salon avant de sortir. Soudain, je suis pris d’ une quinte de toux sèche qui n’en finit pas. Les larmes coulent des yeux, le front transpire.

-Tu fais de la fièvre? me demande Ella.

- Non!

- Tu sens des étouffements?

- Pas tellement, mais ça gratte dans ma gorge.

- Alors, c’est rien, elle coupe court et retourne à la télévision.

 

Je n’arrive pas à me concentrer sur la lecture; je laisse le livre choir sur la table devant moi. La toux m’enserre dans ses griffes, et ne me laisse aucun répit. Je sens des coups de marteau dans ma tête; oh! elle va bientôt exploser! Une boule dans ma poitrine gonfle. Je me racle la gorge de toutes mes forces, sans toute fois parvenir à respirer convenablement.  

- J’étouffe, dis-je à Ella, je pense que nous pouvons appeler le numéro du centre de dépistage de corona.

Ella me regarde avec de gros yeux, apeurée.

- Tu es sérieux là? Tu sais ce que ça veut dire? Lorsqu’ils vont débarquer ici, nous sommes bons pour la quarantaine. Au moins quatorze jours, tu te rends compte?

- Mieux vaut aller en quarantaine, avec l’espoir d’être guéri que rester ici et mourir d’étouffement pendant la nuit.

Ella s’approche de moi, prend la température en posant sa main sur mon front. Elle trouve que je fais un peu de fièvre. Alors, elle se précipite sur l’étagère où se trouve l’hebdomadaire régional, tourne rapidement les pages et tombe finalement sur la page qu’elle cherche. Elle s’empare du téléphone, compose le numéro, puis attend, appuyée contre la table de la salle à manger. Tout à coup, je l’entends se présenter. Elle brosse brièvement ma situation et donne l’adresse du domicile. Puis suivent des réponses: oui, il tousse; oui, il a des maux de tête. Je ne sais pas s’ils sont violents ou très violents. Attendez, s’il vous plaît! Elle se tourne vers moi, bouche le combiné et me demande:

- Est-ce que les maux de tête sont violents, chéri?

- Oui très violents, je lui réponds.

Elle libère le combiné et annonce: les maux de tête sont très, très violents. La personne à l’autre bout du fil veut savoir si je fais de la fièvre. Je le sais par sa réponse : un peu, monsieur; mais je ne vous dirai pas combien, n’ayant  pas, moi-même, de thermomètre pour prélever la température.

Après avoir terminé, elle remet le téléphone à son poste , et pousse un „ouf“ en s’essuyant le front du revers de la main. Elle me propose ensuite une infusion de gingembre au citron, question de soulager ma gorge avant l’arrivée du médecin.

J’ai vraiment peur; plus que la peur, je suis angoissé. Retraité depuis trois ans, je croyais continuer ma vie paisible, même si je ne peux voyager comme les autres collègues qui ont une retraite plantureuse. Corona! Où est-ce que je l’aurai attrapé? J’essaie de passer en revue les semaines écoulées, mais je ne pense pas avoir pris contact avec des amis ayant voyagé à l’étranger. Et chaque fois que nous allons au supermarché, nous respectons les fameuses mesures barrières: port de masque, chacun se maintenant à une bonne distance de l’autre, suivant les instructions écrites sur les bandes adhésives rouge-blanc collées au pavement, nous indiquant les distances que nous devons garder par rapport aux autres acheteurs: 1,5 m pour notre sécurité et la sécurité de l’autre. D’ailleurs, tout le monde se suspecte; le monstre sans visage aurait emprunté le visage humain pour attaquer sans être vu. Les courses, nous les faisons même avec la plus grande rapidité: tac-tac, les paquets d’eau, les sachets de pain, les boîtes de lait, les paquets de café et de sucre, le vin,  le gingembre, les citrons, la charcuterie, etc trouvent leur place provisoire dans le caddie avant de retrouver plus tard leur place définitive dans la chambre à provisions. Et lorsque nous arrivons à la maison, nous les laissons par terre dans la cuisine pendant un jour avant de les placer dans les rayons respectifs. C’est ce qui nous a été conseillé. Alors, qui veut mourir? Surtout que nous appartenons tous à la catégorie de fragiles dont le monstre raffole le sang. Même le chef de l'Église, représentant de Jésus sur la terre, s’est mis en confinement. La mort est comme un saut dans le vide; personne ne sait où il va atterrir, malgré nos convictions personnelles.  Et si c’était possible, tout le monde voudrait vivre éternellement sur la terre plutôt que subir l’épreuve de la mort avant d’entrer au paradis… A la caisse, il faut observer les mêmes mesures barrières. La caissière, elle-même, visage masqué derrière une visière attachée au sommet du crâne, mains gantées, fait passer les articles sur le lecteur des prix.Une grande vitre de plusieurs millimètres d’épaisseur la sépare des clients.

Non, ce n’est pas le corona, je m’encourage. Mes yeux se ferment. J’entends la voix d’Ella qui m’invite à prendre l’infusion qu’elle a placée devant moi, sur la table. Mon crane va éclater. Plusieurs images, comme dans un film, défilent dans ma tête. D’abord Marc, mon petit-fils. Je lui avais promis de l’emmener au Congo voir les Bonobos. Voyage annulé sine die. Ensuite ma mère, morte d’un cancer pendant que j’avais 16 ans. Plusieurs visages se bousculent maintenant dans une confusion d’enfer. Parmi eux, je reconnais celui de mon père, mort dans un accident de voiture. Et pourtant, je n’avais qu’un an au moment de sa mort. Ma mère me disait toujours que je tenais tout de lui. Soudain, je me revois dans ce train qui me ramenait de Berlin à Paris. J’ai quatorze ans. Elle est en face de moi, à côté de sa mère en train de tricoter. Belle comme un ange dans sa robe fleurie qui laisse à nue ses épaules bronzées. Les cheveux couleur de feu lui coulent sur le dos comme les vagues d’une rivière dorée par le soleil couchant. Mon coeur chavire à chaque fois que son regard bleu croise le mien, et je rêve de ses lèvres charnues qui me sourient furtivement. Le train qui a ralenti depuis quelques minutes entre tout doucement dans la gare de Cologne. Elle se met debout, me jette un dernier regard plein de tendresse,  puis  passe devant sa mère qui ferme la marche.  

La voix d’Ella me réveille soudain de ma rêverie.  

- Le médecin est là.

 C’est une jeune femme dans la trentaine, svelte, enveloppée de la tête au pied dans une combinaison bleu-clair en plastique, visage masqué, lunettes claires et visière en plus. Elle est suivie par deux costauds emprisonnés, eux aussi dans des combinaisons semblables, en ordre de bataille contre le monstre sans visage, dénommé corona ou COVID-19. Ils sont comme des fantômes en pleine nuit. La jeune femme-médecin me pose quelques questions sur mon état de santé. Elle veut savoir si je souffre de quelque maladie chronique. Pendant que je réponds, un des jeunes hommes prend note rapidement. Viennent ensuite la prise de tension, de la température, et de la sécrétion buccale pour le fameux test de corona. Je vois tout comme dans un rêve. Ella est tenue un peu à l’écart, mais elle suit minutieusement ce qui se fait autour de moi. Après, je les vois faire plusieurs allers-retours.

-          Monsieur F, nous venons de terminer le test et nous avons le plaisir de vous annoncer qu’il est négatif, me dit la jeune femme.

Je me sens soulagé. Je pense qu’Ella l’est aussi. Pendant que la femme-médecin et son équipe emballent leur matériel, j’ironise: ce n’est pas encore le grand jour; le Seigneur vient de m’accorder un sursis! Tout le monde rit, Mais en sortant,  la jeune femme-médecin me lance: Attention, monsieur F., le virus de la peur fait autant de dégâts que le coronavirus! Bon confinement!

 

Lumbamba Kanyiki

 

 

 

 

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05 février 2016

PISTES DES SOLUTIONS DANS LA GESTION DES FONDS POUR LA RÉHABILITATION DU PETIT SÉMINAIRE DE KABUE

kabue bâtiment écroulé

Je salue les derniers échanges apaisés et tempérés entre le président des Anciens du petit séminaire de Kabue et Pierro Ndibu, un ami et Ancien du même petit séminaire. D’abord, une mise au point: La proposition d’utiliser le compte de l’association des Anciens de Kabue n’est pas venue de son président mais plutôt de nous et nous en portons la responsabilité.

Notre position est basée sur les commentaires reçus de différents intervenants  mieux renseignés sur la situation sur terrain. Le bâtiment du petit séminaire de Kabue ne s’est pas écroulé par suite d’un ouragan ou d’un tsunami, mais par l’usure du temps. Le recteur devait en prendre conscience bien avant et lancer le message de détresse comme il l’a fait là. Il ne fallait pas attendre jusqu’à ce que le bâtiment s’écroule pour ensuite crier au secours! La même dégradation des installations a été constatée au grand séminaire de Kabue. Pourquoi est-ce que nous n’en parlons pas ici? Tout simplement parce que le recteur de cet établissement a réagi à temps. Il a cherché des fonds et a réhabilité les bâtiments qui posaient problème, il a créé une ferme avec des étangs de poissons et même il a remis en marche le barrage de Bulantampi dont les installations étaient à l’abandon depuis plusieurs années. (voir images en bas!)

Beaucoup d’intervenants parlent de l’opacité de la gestion du diocèse. Un des intervenants a utilisé l’exemple du projet « les chantiers de l'archevêque Madila » pour illustrer ses propos. L'archevêque n’a jamais rendu compte de ce que sont devenus ces chantiers, ni du chemin pris par l’argent récolté pour ces chantiers. Par ailleurs, le diocèse abandonne ses prêtres retraités, ce qui ne pourra même pas encourager les vocations au sein de la jeunesse. Actuellement, nous avons un prêtre malade, abandonné par son diocèse en Belgique. Un ancien du diocèse de Kananga et qui fut même professeur de l'archevêque Madila. A la procure de Kananga, il y a un prêtre retraité qui vit parmi ses tas de livres dans une chambre d’à peine une dizaine de mètres carrés. C’est un prêtre qui a formé d’autres prêtres et qui a rendu d’énormes services à l’Eglise et la nation. Lorsqu’il est tombé malade, il a dû se rendre à Kinshasa pour se faire soigner par des moyens privés de sa famille. Nous nous demandons si le diocèse connaît le nombre de ses prêtres à l’extérieur et ce qu’ils y font.

Revenons au problème qui nous concerne, à savoir la réfection des bâtiments du petit séminaire de kabue. Afin d’assurer les contributeurs éventuels et les gens de bonne volonté, nous proposons la création d’un compte dénommé « projet réhabilitation du petit séminaire de Kabue ». Ce compte sera géré par un responsable de l’association des anciens du petit séminaire de Kabue et un responsable du diocèse. L’association des anciens du petit séminaire et le diocèse formeront un comité dont la mission sera de suivre l’avancement des travaux de réhabilitation. Le comité nommera un porte-parole qui aura comme mission d’informer les contributeurs sur l’avancement des travaux à travers les médias. Dans ce comité, nous souhaitons qu’il y ait au moins un ingénieur en bâtiments pour un meilleur contrôle et suivi des travaux.

L’écho rencontré par le message de détresse a montré que le petit séminaire de Kabue est un patrimoine commun à tous les Kasaiens et toutes les Kasaiennes. Nous ne pouvons pas accepter que Kabue se meure par la négligence de ceux qui sont censés le gérer et ne pas dire les choses comme elles sont est une sorte de complicité.

Images du grand séminaire de Kabue:

Prospectus grand séminaire kabwebâtiment du grand séminaire en voie de réhabilitationchamps du grand séminaireun étang de poissons au grand séminaireBarrage de bulantampi

Lumbamba Kanyiki

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31 janvier 2016

L’UNION DES KASAIENS DE L’ETRANGER (UKE) RECOIT MUKENGE SHA BANTU À BRUXELLES

 

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Le comité d’administration de l’UKE (Union des Kasaiens de l’Etranger) a organisé ce week-end une réception en honneur du premier gouverneur du Kasai Occidental Barthélemy Mukenge Sha Bantu de passage à Bruxelles. Plusieurs notables du Kasai Occidental y ont été conviés. C’était une occasion pour la jeune génération de pouvoir échanger sur la situation actuelle de la RDC et du Grand Kasai avec les vieux de chez nous, considérés comme bibliothèques vivantes.

Voici en images quelques moments clés de cette réception:

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Kasai Direct

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28 janvier 2016

MONSIEUR L’ABBÉ ALPHONSE KANUBANTU A ÉTÉ CONDUIT À SA DERNIÈRE DEMEURE CE LUNDI

 

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Monsieur l’abbé Alphonse Kanubantu, décédé mercredi, le 20 janvier 2016 en Belgique a été conduit ce lundi, 25 janvier  à sa dernière demeure. Veuillez voir ci-après les quelques images des funérailles et de l’enterrement!

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Kasai Direct

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11 janvier 2015

La liberté d’expression en famille

Isabelle a seize ans. Elle est très belle, mince, portée sur des longues jambes interminables. C’est une bonne élève qui fait la joie de sa mère et le bonheur de son père. Isabelle, que les copains appellent Isa, a une soeur qui est juste son opposée: treize ans, rondelette, elle n’aime pas  beaucoup l’école. Elle est un peu jalouse de cette grande-soeur que ses parents lui présentent souvent comme modèle. Elle s’appelle Martha.

Un soir qu’elle rentre à la maison, Isa s’entend appeler “MR” par Martha.

– Bonsoir, MR.  Chloé a appelé cet après-midi, juste après que tu es partie. Elle veut que tu la rappelles sans tarder; c’est important, elle a dit”.

– Maintenant, je m’appelle MR? Et ca veut dire quoi, MR?

– Devine, tu trouveras peut-être! répond Martha.

Isabelle passe au salon, décroche rapidement le téléphone et forme le numéro de Chloé. Elle porte le téléphone sans fil à son oreille gauche, sort du salon et s’engoufre dans sa chambre. Trente minutes plus tard, elle rentre au salon pour remettre le téléphone en place. Ses parents sont devant la télé comme d’habitude.

– Papa, je peux te déranger un peu?  Martha m’a surnommée MR.  Je ne sais pas ce que ca veut dire et de toutes les facons, ca ne me plaît pas. Elle doit arrêter de m’appeler comme ca.”

– C’est la liberté d’expression”, lui répond son père sans détourner son regard de la télévision.

Un jour plus tard, Isa rentre vers dix-sept heures de l’école. En ouvrant la porte de sa chambre, elle tombe sur un dessin d’une mante religieuse placé sur son bureau. Le coin gauche porte deux lettres majuscules: “MR”.  Lisa est en colère. MR veut donc dire “Mante Religieuse!”  Sa soeur la compare donc à une mante religieuse à cause de ses longues jambes! Elle prend le dessin et la montre à ses parents. “Voilà le merveilleux dessin de votre fille!  Je suis maintenant MR, Mante Religieuse!

– C’est la liberté d’expression” répond de nouveau son père sans même jeter un coup d’oeil sur le dessin.

– Ah bon? rétorque Isa, décue.  Elle claque la porte du salon et en quelques enjambées,  atteint la porte de sa soeur qu’elle pousse violemment. Cette dernière, assise dans son lit avec des écouteurs dans ses oreilles, sursaute en voyant la mine de sa soeur qui fait irruption dans sa chambre. Celle-ci s’avance vers elle et lui assène deux fortes gifles sur les joues, la prend par la gorge et la jette contre le mur.

– Que ca soit la dernière fois que tu me traites de mante religieuse, compris?”

Martha sort en pleurant de sa chambre et va se plaindre  chez son père. Le père, qui a tout suivi à partir du salon, entre dans la chambre d’Isabelle.

– Isa, c’est de la barbarie, ce que tu viens de faire là.

– C’est la liberté d’expression, lui rétorque Isa sans détacher son regard du livre qu’elle a commencé à lire.

– Non!, crie le père

– Si! insiste calemement Isa “et ca sera toujours comme ca!”

Tshiamba ya Bende

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21 septembre 2014

Le week-end de retrouvailles

Ce week-end était vraiment spécial. Kutekemenyi Masanka connu sous le surnom de Kutex, un ami de longue date de passage à Bruxelles pour un stage, était chez nous en visite de courtoisie, accompagné de François Balumuene Balos. La soirée était très animée, d'abord autour de plats de Nzaula aux poissons fumés, de Meshi'a mansamba et des makayabu. Ensuite, nous avons passé le reste de la soirée à nous rappeler le beau vieux temps passé au petit séminaire de Kabue. Les histoires d'enfance dont  nous n'avons cessé de nous marrer.

Par téléphone-conférence, nous avons accueilli Jean-Marie Kabongo Kazadi de Nice, en France qui nous a égayés avec les contes et les devinettes du Kasai. De lui, nous retiendrons surtout l'histoire du match officié par l'arbitre Kutex et qui s'était terminé "en queue de poisson". Je m'en vais vous la raconter pour assouvir votre curiosité.

Un soir au petit séminaire, deux équipes de deuxième s'affrontaient sur un terrain. Pour mémoire, à propos des terrains,  il y en avait quatre identifiés par des lettres alphabétiques A,B,C et D.  A un certain moment, il y a eu une discussion entre les deux équipes autour d'un but validé par l'arbitre. Et pourtant l'équipe adverse avait vu un hors-jeu à la place. Le match fut donc interrompu et Kutex s' empara de la balle. Des longues minutes s'écoulèrent sans que les deux équipes trouvent un compromis. Finalement, un des joueurs demanda à Kutex: "Si Mukuta Senkole (le surnom donné à monsieur l'abbé Réné par les élèves) apparaissait maintenant et qu'il constatait la situation, qu'est-ce que tu lui dirais?". Kutex de répondre calmement de sa grosse voix d'adolescent: "Je lui dirais que le match s'est terminé en queue de poisson!" Voilà l'histoire du match qui s'était terminé en "queue de poisson". Nous remercions notre ami "Marie-Jean" pour nous avoir rappelé ces bons souvenirs.

Dommage que notre ami Kutex soit reparti hier. Nous aurions voulu qu'il reste longtemps avec nous. Mais, les bons moments ne durent pas, chacun étant attiré par ses devoirs et ses occupations. Ainsi va la vie.

Voici en images les quelques moments de ce qu'a été cette soirée.

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Kutex et Christian Kanyiki

Ki meshi aa

Bon appétit

Lumbamba Kanyiki

 

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12 août 2014

Drôle de dernier adieu

Il y a quelques jours, nous nous retrouvons dans un cimetière de la place, non pas pour visiter les morts, mais plutôt pour y enterrer un des nôtres. Une foule nombreuse et compacte s'est amassée autour de la tombe: 99% des Noirs et quelques amis blancs, amis du défunt. Sous le soleil de plomb qui brille et nous empêche de bien respirer, je choisis de me mettre un peu à l'écart, à l'ombre d'un grand arbre. Les chansons et les je-vous-salue-Marie vont bon train. 

Tout à coup, tout devient calme, silencieux. C'est l'heure des derniers adieux. Le cercueil gît déjà au fond de la tombe. La grande soeur du défunt avance, s'incline devant son frère et l'interpelle: " Bien aimé..." commence-t-elle en français châtié. "J'ai prié Jésus-Christ pour te guérir et t'accorder encore son souffle de vie. Je sais qu'il m'a écouté parce que tu as encore survécu pendant quatre mois...". J'entends encore sa voix d'une oreille distraite. D'ordinaire, les moments comme ceux-là sont très pathétiques. C'est le moment où tout le monde est en pleurs. Mais là, je reste de marbre. Aucune larme ne coule de mes yeux. La soeur du défunt  continue son monologue pour terminer par "Je demande à la vierge Marie que tu aimais tant prier pour qu'il t'accueille au paradis auprès de son fils Jésus. Amen".

Irrité, gêné, je me tourne vers mon voisin débout à ma droite: "As-tu bien observé cette scène? Une foule de Noirs à un enterrement d'un Noir, en train de chanter en français et dire un dernier adieu à un des leurs en français. Et où est notre part là dedans?"  Et nos ancêtres? Ne méritent-ils pas d'être honorés?" Mon jeune frère me regarde étonné, ne sachant pas où je veux en venir. Je lui pose encore une question: "As-tu déjà vu ou entendu en Afrique ou ailleurs un Blanc ou une Blanche dire un dernier adieu à un des siens en tshiluba, lingala, swahili ou en wolof?".

C'est sûr que là, Mon jeune frère me prend pour un fou. "Tudi ba mayi tshiowesha ba bende" je lui dis avec tristesse. Tant que nous renierons nos racines, elles nous renieront aussi et nous continuerons toujours à tournoyer, ne sachant où aller". Je m'en vais à pas pressés, déçu, n'ayant pas écouté le "kasala" de nos mères.

Tshiamba ya Bende

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06 juillet 2014

La mort du porc-épic

Le parc grouillait de cris d’oiseaux en ce dimanche de juillet. Le soleil dardait ses rayons sur la pelouse bien coiffée et entretenue, jetant les ombres des arbres sur des allées tièdes. Ici et là, un couple, main dans la main, passait tranquillement. Les enfants couraient joyeusement devant leurs parents.

A la sortie d’un virage, un porc-épic traverse une allée. Il est brutalement immobilisé par les battements d'ailes  venant d’un arbre très proche. Il gonfle son manteau sombre et pointe ses piquants au dehors. De l’autre côté de l’allée, un autre porc-épic à demi couché, une femelle, l’attend en se grattant. Tout d’un coup, un chien se rapproche et tente de le renifler. Il sent le danger et se jette en arrière.

Juste au moment où le porc-épic veut reprendre son chemin, un croassement fort s’élève de l’arbre. De nouveau, il s’immobilise et tend ses piquants menaçants.

Au loin, les bruits des chevaux se font entendre. Ils se rapprochent très vite, montés par des cavaliers aux torses bombés. Sans faire attention à la pauvre bête, ils continuent leur route, laissant derrière eux un nuage de poussière.

Un amas de chair dans une tache de sang est le seul témoin d’une vie qui s’en est allée. Toute la scène se déroule sous les yeux de la femelle, impuissante.

Tshiamba ya Bende 

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29 décembre 2013

Encore une histoire de chat

Chat sous la voiture

Il est tard dans la soirée. Je viens de passer plus d'une heure dans un bouchon, venant d'une soirée entre amis. Kanyeba m'accompagne. Elle s'est assoupie dans le siège de la vieille Corsa de notre fille. "Nous devons passer par L. pour acheter du pain" me dit-elle dans un souffle lorsque nous sortons de l'autoroute.

Le parking est presque vide quand nous arrivons devant le supermarché. Nous sommes sûrement les derniers clients. Les éternels retardataires.  D'habitude, je laisse Kanyeba faire, seule, ses achats, mais je l'accompagne cette fois-ci, question de dégourdir les vieux os restés longtemps assis dans l'autoroute. Et puis, vous savez? Si je ne l'accompagne pas, je risque de dormir dans la voiture parce que Kanyeba ne fait jamais les courses de cinq minutes! Elle vous dit qu'elle achète du pain et vous revient avec un cadi plein! Fatigué comme je suis, je n'ai pas le temps de traîner dehors. En plus, il faudra que je promène Mwenda Nende resté chez notre voisin.

En sortant du supermarché, j'apercois un chat couché sous une Opel Corsa. "Kanyeba, tu vois? Encore un chat en-dessous de notre voiture!" je lui montre, tout étonné.  "Wikala kambishi!" crie celle-ci au chat. (Sois un chat et rien d'autre qu'un chat!). Je m'approche de la voiture et pointe la clé de contact en direction de la voiture pour ouvrir les portières. Rien ne se passe. J'appuie un peu plus fort sur le bouton. Rien. "Ça commence bien!" je me fâche. Mais, en me rapprochant davantage, je suis surpris de constater que la voiture en question n'est pas la nôtre. Celle-ci se trouve un peu plus loin. Deux voitures séparent les deux Corsa de même modèle et de même couleur, gris métallisé!

Ah! Naturellement, il n'y a aucun chat en-dessous de notre voiture. Kanyeba et moi, nous glissons vite à l'intérieur et hop! Nous voilà partis en riant de nos superstitions plein nos têtes.

Tshiamba ya Bende

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05 novembre 2013

Isa, dis-moi que je rêve!

A chaque fois, c'était toujours la même scène. Triste départ. Des torrents des larmes. Bak et Isabelle se trouvaient sur le pont du bateau qui allait emporter Bak vers l'Afrique. Le vent d'octobre soufflait sans arrêt charriant les gros nuages de pluie en direction de l'océan. Bak, 23 ans était deuxième officier sur le  bateau Kananga et il était à son troisième ou quatrième voyage en mer. Ça faisait quatorze mois qu'il s'était lié pour le meilleur et pour le pire à Isabelle Bak, née Bercier, une jeune fille belge de 22 ans. Des fois, il maudissait ce métier qu'il avait choisi d'exercer depuis son jeune âge. La sirène gémit longuement. Le capitaine Bak accompagna sa bien-aimée à la rampe qui menait sur la terre ferme. Ensuite, il se dirigea vers la cabine, en évitant à tout prix de regarder derrière lui. Les premières gouttes de pluie précipitèrent Isabelle à l'abri d'où elle pouvait  voir le bateau s'éloigner jusqu'à devenir un point minuscule dans l'océan atlantique.  Elle s'engouffra dans sa petite Corolla qui prit la direction de leur appartement...

Quelques instants plus tard dans le bateau. La porte de la cabine s'ouvrit précipitamment sur un matelot en sueur:  " Nous avons remarqué de la fumée noire sortir d'un de moteurs, commandant, mais nous ne pouvons pas déterminer avec exactitude de quoi il s'agit". Le premier officier se retourna doucement et regarda le matelot, incrédule. " Mais ce bateau sort de l'entretien, mon ami! Comment expliquer cela?", lui demanda-t-il. "Je ne sais pas, mon commandant" rétorqua le mécanicien pour toute réponse. Alors, le commandant disparut de la cabine pour quelques minutes. Lorsqu'il y revint, sa décision était prise. Il prit le téléphone, s'entretint avec le port pour communiquer la situation et annonça sa décision de retourner immédiatement au port pour contrôle.

En ce moment, il pleuvait des cordes. On dirait que le bon Dieu déversait des seaux d'eaux des cieux sur la terre! Le bateau rentra au port sans gros problème. Tous les membres d'équipage en sortirent, valises en mains.  Alors le commandant proposa à Bak de le ramener à la maison. En effet, le domicile de ce dernier se trouvait sur son passage, donc ça ne le gênait nullement de le prendre à bord de sa voiture.

Lorsque Bak descendit de la voiture, il courut vite, poussa la porte d'entrée de l'immeuble et s'engouffra dans l'ascenseur, songeant déjà aux gros yeux de bonheur que son Isa, comme il aimait l'appeler, allait faire en le voyant entrer par surprise à la maison. Mais poussant la porte du salon, il ne vit personne. Peut-être qu'elle se repose après avoir trop pleuré sur le bateau. Vite, il se débarrassa de ses chaussures et marcha sur la pointe de pieds vers la porte. Il voulait que la surprise fût totale lorsque, en se réveillant, elle l'apercevrait à côté d'elle. Tout doucement, il saisit le poignet, le tourna et ouvrit. La chambre était dans la pénombre, éclairée seulement par des petites bougies rouges. Isa était bien là, sur le lit, la tête enfouie dans un oreiller et un mec musculeux était sur les genoux derrière elle. Les yeux de Bak voyaient, mais sa tête refusait de croire. Alors, il s'écria: "Isa, dis-moi que je rêve!". A ces mots, les deux amoureux sursautèrent, pris de panique.

Dehors, la pluie tombaient de plus belle avec un vent violent qui soufflait dans les arbres dans un chant lugubre. Les éclairs déchiraient le ciel tout gris, suivis de tonnerres qui faisaient vibrer toutes les vitres de leur appartement. La bouche de Bak s'était séchée. Il tira sur la cravate pour la desserrer un peu. Il sentait comme si une boule de feu lui brûlait la gorge. Il tituba et manqua de s'effondrer.  Alors, il alla dans la cuisine, se versa un verre d'eau avec des glaçons et revint s'asseoir au salon, la tête entre les mains.  Quelques instants plus tard, la porte d'entrée claqua. Mais il resta impassible. A quoi bon? Il connaissait son rival. Un cousin à Isa. Le fils de son oncle maternel. 22 ans comme elle. Isa,elle, n'eut pas le courage de sortir du lieu de son adultère.

Après un temps qui dura comme une éternité, Bak alla vers elle et la trouva déjà moulée dans un peignoir rose. "J'ai cru rêver, mais la réalité est têtue" commença-t-il. "Tu as déjà fait ton choix que je respecte aussi. Désormais, il n'y a rien entre nous deux. Prends toutes tes affaires et suis ton amant". Plus tard, il cria dans un souffle plein de désespoir "Si j'avais écouté ma mère!" ´En effet, il se rappela les discussions interminables qu'il avait toujours eues avec sa mère en rapport avec son mariage. "Choisis-toi une fille de chez nous!" Ne cessait-elle de lui dire "Je ne suis pas la première à l'exiger, mon fils; lis au moins genèse 24 et tu me donneras raison".

Eh oui! La voix d'Isa le sortit de ses pensées. "Je m'excuse de ce que tu as vu, Bak. Sache seulement que mon amour envers toi n'était pas feint. Dans la vie, il y a des choses qu'on ne sait pas expliquer facilement, mais sache tout de même que je t'aime ". Elle étendit la main pour caresser sa joue, hésita et la laissa tomber finalement. Puis, comme une automate, elle remplit une valise avec des robes qu'elle tirait pêle-mêle de la garde-robe, ramassa quelques paires de chaussures, vida les tiroirs les uns après les autres, et, les yeux remplis de larmes, elle prit la direction de la sortie.  Sans un regard derrière elle, elle disparut dans l'obscurité qui enveloppait petit à petit la ville. La pluie avait  cessé, mais le vent impétueux soufflait encore sans relâche et dépouillait les arbres de leurs feuilles mortes. 

Lumbamba kanyiki

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