ogre

Des jeunes filles étaient descendues un après-midi puiser de l’eau à la rivière. Mais avant de remonter vers le village, elles voulurent d’abord nager dans l’eau fraîche de la rivière. Après qu’elles s’y étaient amusées à divers jeux, vint l’heure de rentrer au village. Les autres sortirent de l’eau, s’habillèrent en hâte pour retourner au village. Mais Kapinga Ntumb’a Makabu, l’une d’entre elles, préféra rester quelques instants dans l’eau. « Je vous suis dans quelques minutes », leur dit-elle.

Emportée par des rêves de petite fille, elle se laissa planer sur la surface de l’eau, le visage aux rayons pourpres du soleil couchant. Finalement,  Kapinga Ntumb’a Makabu sortit à son tour  de l’eau. Pendant qu’elle s’habillait à côté de sa calebasse, elle entendit un bruit derrière elle. Se retournant, elle se trouva en face d’un personnage difforme, très gros et très grand qui l’observait en ricanant avec un gros tam-tam sous son bras.  Apeurée, Kapinga Ntumb’a Makabu voulut se sauver, mais fut attrapée en quelques secondes par l’ogre. « S’il vous plaît, ne me tuez pas » le supplia-t-elle de sa voix fine. L’ogre la contempla un instant. Elle était d’une beauté irréprochable avec son cou gracile et sa hanche de guêpe qui mettait en valeur son jeune bassin de ses 14 ans. Il décidera plus tard de son sort. Pour l’instant, il l’emprisonna dans son tam-tam et l’emmena très, très loin.

Pendant ce temps, ne voyant pas rentrer leur fille, les parents de Kapinga descendirent la chercher à la rivière et dans les forêts environnantes. Mais ils ne la trouvèrent pas.

Un jour que l’ogre jouait de son tam-tam dans un village devant une multitude de spectateurs venus l’écouter, Kapinga Ntumb’a Makabu, du tam-tam où elle était cachée, se mit à chanter :

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngele mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

 

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Les gens voulurent en entendre davantage, mais l’ogre arrêta le concert et s’en alla ailleurs. A chaque fois que l’ogre donnait son concert de tam-tam, Kapinga Ntumba chantait sa chanson dans laquelle elle racontait sa triste histoire. Un jour, l’ogre jouait dans un village proche de celui de Kapinga Ntumb’a Makabu, mais il ne le savait pas. Vers la fin de son concert, Kapinga Ntumba commença à chanter de sa voix fine et limpide.

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngela mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Parmi les spectateurs, certains villageois se rappelèrent de la disparition de la jeune fille du village voisin répondant au nom de Kapinga. Ils coururent du mieux qu’ils pouvaient annoncer la nouvelle au village de Kapinga Ntumb’a makabu. Après les avoir entendus, les habitants de ce village décidèrent d’inviter, à leur tour, l’ogre chez eux. Le jour convenu, l’ogre qui ne se doutait de rien, vint jouer de son tam-tam. A la fin du concert, Kapinga Ntumba commença à chanter dans le tam-tam de l’ogre :

Kapinga Ntumb’a Makabu eee Nyengele
Kapinga tubadi baye kowa Tshibaji
Tshilume tshikulu tshiankwata
Tshia ngela mu ngoma
Tshia ngela mu ngoma watshio wa ditumba
Bena ngoma bakadi banteke eee Nyengele
Bena ngoma bakadi banteke bu kangimba

(Je suis Kapinga Ntumba, fille de Makabu Nyengele
Nous étions allées nous baigner à la rivière
J’ai été enlevée par l’ogre
Et enfermée dans ce tam-tam
Aujourd’hui, je suis devenue sa chanteuse)

Lorsqu’elle finit de chanter, les villageois, émus par la chanson et la voix triste de Kapinga qu’ils reconnurent facilement, avaient déjà arrêté leur stratégie. Ils donnèrent à manger et à boire à l’ogre. Ce dernier mangea et but beaucoup, plus même que d’habitude. Il s’enivra et s’endormit. Alors, les villageois s’emparèrent de son tam-tam, réussirent à l’ouvrir et à libérer Kapinga Ntumb’a Makabu de l’emprise de l’ogre.

Ce conte m’a été raconté par mon jeune frère Martin Dimuka Kataka en vacances en Allemagne

Lumbamba Kanyiki