pintade

La pintade avait passé plusieurs jours à couver ses œufs dans son nid. Elle en sortit, un avant-midi, pour s’alimenter. Pendant qu’elle était partie, le serpent s’invita chez elle et s’enroula autour de ses œufs. Ne se doutant de rien, la pintade revint vers son nid et y trouva un curieux visiteur autour des œufs. Prise de peur, elle alla se poser sur une branche en face pour appeler du secours. Elle se mit à chanter cette chanson lugubre par laquelle elle s’adressait à ceux de son espèce et ces derniers qui écoutaient la chanson venaient pour en connaître la cause. Voici la chanson :  

Pintade :

Bakwa nyunyu totototo toooo totoo
Bakwa nyunyu ba tutende ba tulaji
lwayi nu mune mayu enu.

(Vous tous, oiseaux de la terre
Vous, petits et grands
Venez voir vos œufs !)

Répondant :

Dikangala wa mukombo, tshi dila-dila butuku ne munya ntshinyi ?

(Pourquoi te lamentes-tu nuit et jour ?)

Pintade :

Nyoka wa tshimpaka mumpaka ne mayu anyi.

(Le méchant serpent s’est emparé de mes œufs)

Répondant:

Oh awu wakatumana aaaaaaaaaaaa !

(Oh celui-là nous a exterminés depuis des siècles)

La première à s’intéresser fut la perdrix, sa vieille amie d’enfance. Elle lui demanda : « Chère amie, pourquoi te lamentes-tu comme ca ? Que t’est-il arrivé ? » La pintade lui montra son nid plein à craquer avec le serpent autour de ses œufs. Pour toute réponse, la perdrix lui répondit : « Celui-là nous a presque tous exterminés depuis des siècles ». Elle ne voulut même pas s’approcher du nid. Elle prit de l’altitude et s’en alla dans la vallée verdoyante.

La pintade continua de chanter et de se lamenter. Vint aussitôt le héron au long cou : « Pourquoi pleures-tu depuis des heures, chère amie ? Que t’est-il arrivé ? ». Du regard, la pintade lui montra l’entrée de son nid. Y apercevant le serpent, le héron lui dit ; «  Celui-.là nous a exterminés depuis des siècles ». Il s’envola et disparut vers le lac qu’on voyait un peu plus loin, en forêt comme un disque d’argent abandonné dans la nature.

Tous les oiseaux de la terre entendirent la chanson triste de la pintade et vinrent pour en savoir plus. Mais aussitôt qu’ils apercevaient le serpent autour des œufs de la pintade, ils s’en envolaient sans apporter aucune aide à la malheureuse. Même l’aigle au bec puissant et acéré ne pouvait s’attaquer au serpent et libérer les œufs de la pintade. « Celui-là nous a tous exterminés depuis des siècles », lui répétaient-ils tous avant de disparaître.  Mais,  la pintade, bien que fatiguée d’avoir longtemps chanté, n’abandonna pas pour autant.

Pintade :

Bakwa nyunyu totototo toooo totoo
Bakwa nyunyu ba tutende ba tulaji
lwayi nu mune mayu enu.

(Vous tous, oiseaux de la terre
Vous, petits et grands
Venez voir vos œufs !)

Tout à coup, elle vit venir une fourmi. « Ca fait longtemps que je t’entends pleurer. Que t’est-il arrivé, mon amie ? Tous ceux de mon espèce qui se sont intéressés à mon malheur ne m’ont pas aidée. Que pourrais-je attendre de ce minable insecte ? se demanda la pintade.  Elle voulut la rabrouer, mais se retint. Sans mot dire, elle lui montra le serpent dans son nid. La fourmi observa longtemps l’imposteur et disparut dans les feuillages. La pintade ne remarqua même pas sa disparition. Jetant un œil à gauche, jetant un œil à droite, elle chantait toujours et toujours, mais sans grand espoir. Pendant ce temps, le serpent immobile se reposait autour de ses œufs.

Ni la pintade ni le serpent ne remarquèrent toute la grande armée de fourmis qui investissaient le lieu.  Elles étaient partout. Sous l’humus qui tapissait la terre humide de la forêt, sur une grande partie du tronc et sur la branche qui soutenait le nid, Au premier signal donné par leur chef, l’attaque fut foudroyante. Les fourmis qui étaient autour du nid tombèrent sur le serpent qui abandonna aussitôt le nid. Dans sa fuite, il tomba par terre où il fut accueilli par les soldats-fourmis. Ceux-ci l’y attendaient avec impatience. En quelques minutes, il ne restait qu’un long squelette, sans vie. La pintade put ainsi regagner son nid où elle retrouva ses œufs intacts.

 

Moralité :

Souvent, nous mettons nos espoirs dans des personnes en qui nous pensons avoir pleine confiance. Mais des solutions à nos problèmes, nous les obtenons parfois des gens sur qui nous ne comptons pas. La pintade de ce conte n’oubliera jamais le geste de la fourmi qui l’a aidée à procréer pendant que ceux de son espèce l’avaient littéralement abandonnée.

 Ce conte m'a été raconté par Martin Dimuka Kataka en vacances en Allemagne

Lumbamba Kanyiki