Il évitait des conflits avec ses congénères et voulait mener une vie totalement paisible. C’est pourquoi Kamonyi Bwende avait choisi de vivre seul en dehors de son village où il s’était construit une petite maison à côté d’un grand chêne. Il se levait tôt le matin, allait dans la forêt; il y chassait ou cueillait des fruits pour se nourrir, faisant tout pour ne pas faire des rencontres qui pourraient lui causer des ennuis inutiles.

 Un jour, Kamonyi Bwende passa tout l’avant-midi dans la forêt et en retourna au milieu de l’après-midi avec une gibecière pleine de champignons. Comme il était très fatigué, il accrocha sa gibecière à une branche du chêne et s’assoupit à l’ombre de l’arbre. La fraîcheur de l’ombre et la brise qui soufflait eurent bientôt raison de lui ; il s’endormit aussitôt. Quelques instants plus tard, il fut réveillé par le vacarme d’une foule en colère:

- Le voici, le voici, ô voleur, ô voleur, criait la foule.
- Qu’est-ce que j’ai fait? demanda-t-il, fâché.
- Tu as volé une chèvre au village, l’accusait un homme dans la foule.

Étonné, il lui répondit qu’il venait de la forêt où il avait passé tout son avant-midi, qu’il en était retourné avec sa gibecière, qu’il lui indiqua, contenant des champignons et qu’il était resté sous le chêne et n’était même pas encore entré dans sa maison dont la porte était toujours close. Alors, sortant de la foule, un autre homme proposa de fouiller la gibecière, question de voir s’il disait la vérité ; ce que Kamonyi Bwende accepta sans hésitation.

 Il s’approcha de la gibecière, y plongea la main et sentit les cornes et les oreilles d’une bête. Jetant un regard malicieux en direction de l’infortuné, il sortit lentement la main qui tenait la tête d’une chèvre! La clameur fut totale; on pouvait l’entendre à des milliers des kilomètres à la ronde. Kamonyi Bwende, au milieu de la foule, écarquilla les yeux, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait. Lui qui évitait les problèmes se trouva englué dans le pétrin jusqu’au cou! Comment a-t-on pu trouver la tête de chèvre dans sa gibecière, alors qu’il avait cueilli les champignons?

 La morale du conte

Avant de parler de la morale que renferme ce conte magnifique, nous en examinons d’abord les symboles :

  1. Kamonyi Bwende: ce nom propre signifie: „Qui n’a pas de problème personnel“

  2. Champignons: en ciluba d’où est tiré ce conte, le champignon est appelé BOWA qui se prononce avec un O long qui chute sur le A court. Le même mot, prononcé avec un O haut suivi d’un o bas, signifie „la peur“.

  3. La chèvre: Cette bête est utilisée dans plusieurs cérémonies chez les Balubas: mariage, deuil, amendes (bibawu) diverses pour réparation de préjudice subi, etc. Lors de certaines cérémonies, les membres d’une même famille, d’un même village, d’un quartier, voire des amis se retrouvent autour d’un repas préparé avec la viande de chèvre. De là, la chanson: „Bena mukalenge, tudi bietu bamanyangane; bakudia tupumbu, tudie bietu nyama ya mbuji!“1

Alors, la morale de ce conte est la suivante: L’individu est né pour vivre en société. C’est au sein de la société qu’il trouve force et sécurité, mais jamais dans la vie solitaire, ou dans l’individualisme. Les problèmes sont partout où vivent les humains ; ils sont même inhérents à la nature humaine; d’où on ne peut pas les craindre.

À travers ce geste, la société a voulu donc, débarrasser Kamonyi Bwende de la peur et le reprendre en son sein.

C’était le conte tel qu’il nous a été raconté en ciluba dans le groupe Kwetu Kwaaka sur Facebook, par Rigobert Ilungangudie, l’administrateur de ce groupe. Nous signalons; par ailleurs, que monsieur Ilungangudie est une bibliothèque vivante qui connaît beaucoup, beaucoup de contes et de devinettes du Kasai. Je recommande tout celui ou toute celle qui me lit et qui s’intéresse à la culture du Kasai de faire partie de ce groupe; il en sera doublement enrichi!


Lumbamba Kanyiki

__________________________________________________________________________________________________________ 

1Concitoyens, nous resterons toujours solidaires. Ils ont mangé la viande d’éléphant ; nous nous partagerons aussi celle de chèvre !