chanteur de xylophone

Au temps d’avant, deux grands musiciens vivaient dans un village. L’un s’appelait Kadima Lutulu et l’autre Kadima Lubilu. Kadima Lutulu était connu pour son calme, organisant toujours ses concerts avec minutie et faisant toujours tout pour satisfaire son public. Kadima Lubilu, lui, c’était un homme agité qui ne terminait pas ses concerts. Il enchaînait souvent ses chansons rapidement, l’une après l’autre et disparaissait avant même l’heure prévue.

Un bon matin, Kadima Lutulu se leva et dit à son entourage : « Je m’en vais jouer chez le bon Dieu ». Ainsi commença son voyage. En cours de route, pendant qu’il traversait les villages, les gens qui le connaissaient, le voyant avec son xylophone, lui demandaient :

-          Où vas-tu ainsi Kadima Lutulu ?

-          Je m’en vais jouer ma musique chez le bon Dieu ; Chez le bon Dieu, je vais jouer ma musique pour le louer !

-          Mais aurais-tu l’amabilité de nous faire écouter ce que tu vas jouer au bon Dieu ?

Alors, Kadima Lutulu installait calmement son xylophone et jouait aussi longtemps que ses congénères le souhaitaient. Sa voix mélodieuse et le rythme endiablé du xylophone les enivraient et ils en réclamaient davantage : « bis, bis, bis ». Et Kadima Lutulu de jouer au point même d’oublier son voyage. Enfin, il reprenait sa route vers le pays du bon Dieu où il finit par arriver après plusieurs jours de route.

-          Seigneur Dieu, Je viens de mon village ici chez toi pour chanter ta gloire et te louer. C’est cela l’objet de ma présence ici chez toi. Je chanterai aussi longtemps que tu voudras, mon créateur, si tu me le permets.

-          Que ta volonté soit faite, mon fils !

Le bon Dieu donna à Kadima Lutulu un endroit où il s’installa avec son xylophone et commença à jouer. Pendant quatre jours, il joua, du matin au soir, de son xylophone et chanta en honneur du bon Dieu. Au quatrième jour, ce dernier vint le remercier. « Je suis ravi de ta musique, mon fils. Maintenant, il est temps pour toi de rentrer dans ton village »

Le bon Dieu remit deux mottes de terre à Kadima Lutulu comme cadeau et lui dit : Quand tu arriveras dans ton village, casse ces mottes de terre, l’une après l’autre. Et tu verras ce qui en sortira. C’est ça le cadeau que je te donne, mon fils.

Kadima Lutulu prit les deux mottes de terre, remercia le bon Dieu et retourna dans son village. Étant arrivé, il convoqua ses concitoyens,  leur fit rapport de son voyage et montra les deux mottes de terre reçues du bon Dieu. Suivant les instructions reçues, il cassa l’une par terre et voici, il en sortit des vaches, des chèvres, des moutons, des poules, des canards, des dindons, des pigeons, des pintades, etc. De la deuxième motte sortit des jolies femmes aux longs cous et aux bassins larges, des jeunes filles et des jeunes garçons, beaux comme des anges. Kadima Lutulu les distribua à tous ses congénères qui en furent très contents.

Le jour suivant, Kadima Lubilu se leva de bon matin et dit à son entourage : « Moi aussi, je m’en vais chez le bon Dieu. Vous verrez, il me donnera beaucoup plus que ce qu’il a donné à Kadima Lutulu ». IL commença son voyage. Lorsqu’il traversait les villages, les gens qui le connaissaient, le voyant avec son xylophone, lui demandaient :

-          Kadima Lubilu, tu vas où comme ça ?

-          Je m’en vais jouer chez le bon Dieu, chez le bon Dieu, je vais jouer ma musique pour le louer.

-          Aurais-tu l’amabilité de nous faire écouter ce que tu vas jouer au bon Dieu ?

-          Je n’ai pas beaucoup de temps, je suis pressé d’arriver chez le bon Dieu, maugréa-t-il.

-          S’il te plaît, Kadima Lubilu, fais-nous écouter ne fût-ce que quelques chansons, insistaient-ils 

Alors, à contre cœur, Kadima Lubilu installait en hâte son xylophone et leur jouait rapidement quelques extraits des chansons.  Lorsqu’ils lui demandaient de rejouer certains morceaux, il leur rétorquait : « La route est encore très longue devant moi » et hop ! Il reprenait son xylophone et le voilà sur la route vers le pays du bon Dieu.

Arrivé chez le bon Dieu, il lui dit : « Seigneur, je viens ici chez toi pour chanter en ton honneur. Mais je ne resterai pas longtemps. Demain déjà, il faudra que je rentre chez moi. » Le bon Dieu lui dit : « Que ta volonté soit faite, mon fils » et lui indiqua une place pour installer son instrument et commencer sa musique. Il joua toute la journée et le lendemain, comme il l’avait dit, il arrêta sa musique et rangea son xylophone. Le bon Dieu vint, le remercia et lui remit aussi deux mottes de terre. « Quand tu arriveras dans ton village, tu les casseras par terre, l'une après l'autre. C’est mon cadeau pour toi, mon fils. Kadima Lubilu arracha les mottes de terre de mains du bon Dieu et se mit à courir vers son village. Il arriva, essoufflé, et convoqua les villageois : Venez vite voir les cadeaux que le bon Dieu m’a donnés. Tout le monde accourut, petits et grands, pour voir ce que ramenait Kadima Lubilu. Il cassa la première motte par terre. Il en sortit des guêpes, des abeilles, des fourmis et des serpents venimeux qui se répandirent dans la population et les piquèrent. De la deuxième motte, sortirent des lions, des léopards, des renards, des crocodiles et tous les prédateurs qui se jetèrent sur les villageois, les poursuivirent et tuèrent plusieurs d’entre eux dans leur fuite.

Moralité : Dans la vie, il faut savoir cultiver la patience pour mieux vivre. L’agitation n’apporte que malheurs et regrets.

Lu pour vous dans "la notion de Dieu chez les Balubas du kasai" par le P.R. Van Caeneghem et réécrit par nous.

Lumbamba Kanyiki