source d'eau

En ce temps-là, il y avait une grande famine dans le pays. Depuis des années, la pluie avait cessé de tomber. Les cours d’eau et les lacs avaient disparu, laissant la place à des rigoles et des plaines argileuses, asséchées par un soleil ardent. Le vent sec et chaud avait fini par brûler les forêts et les savanes. Les arbres nus sur les collines grises, couleur de cendres, donnaient un spectacle désolant. Des sillons qui les traversaient, seuls, étaient témoins d’intenses pluies qui irriguaient toute la région et faisaient vivre ceux qui y habitaient. Mais ça, c’était du temps ancien. La famine était d’autant plus forte que plusieurs d’entre eux avaient déjà péri.

Tous les animaux furent convoqués pour discuter de la famine qui risquait de les exterminer tous. Ils étaient là : Tous les habitants des forêts proches et éloignées, tous les habitants de savanes, de rivières et des cours d’eau. Même l’homme avait été convoqué pour la circonstance. Ils devaient répondre à une et une seule question : Qu’est-ce que nous devons encore faire pour survivre ? En effet, Ils avaient déjà fait des offrandes à Dieu, ils avaient offert des jeunes mâles, ils avaient offert des vierges, ils avaient fait des jeûnes et des invocations. Mais Dieu semblait leur avoir tourné le dos. Car, la pluie ne tombait toujours pas.

L’homme prit la parole : Nous avons tous des mères. Elles nous ont élevés et nous sommes devenus forts et certains d’entre-nous ont de la  progéniture. Nos mères ne peuvent donc pas accepter de nous voir tous mourir. Alors, chacun d’entre-nous devra tuer sa mère, la préparer et manger avec le groupe. Une mère chaque jour »  Après un débat houleux qui dura des heures, les autres approuvèrent, avec regret, la proposition.

Une liste fut établie. Chaque jour, un habitant tuait sa mère, la préparait et tous les autres venaient manger chez lui. Mais l’homme, voyant son tour s’approcher, prit sa mère, une nuit et alla la cacher dans la forêt, au fond d’une source à côté de laquelle se dressait un grand arbre. Sur la cime de l’arbre, habitait un oiseau au long cou et à la tête rouge. Il couvrit l’entrée de la cachette avec une grande pierre que sa mère devait déplacer de l’intérieur pour le laisser entrer. Chaque matin, il allait en cachette lui apporter à manger. Toute fois, pour se faire connaître de sa mère, il devait chanter :

Mamueee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Kudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

(Ma mère, ma brave mère
Les autres espèces ont tué leurs mères.
A la source lointaine
Je cachai la mienne
Près d’un arbre géant
Au sommet duquel trône
L’oiseau au long cou et à la tête rouge
Réponds-moi, ma mère
Ma brave mère.)

Alors, sa mère venait lui ouvrir et il se glissait à l’intérieur avec la nourriture. Cela se passa ainsi pendant quelques jours. Quand, enfin, son tour vint, il tua le crocodile qui errait ça et là, sans logis fixe depuis que sa rivière s’était asséchée. Il prit soin d’enlever les os et la peau qu’il alla cacher dans un trou et couvrit avec la terre. Il prépara la viande et la mangea avec ses compères. Personne d’entre eux ne remarqua la supercherie. Très content d’avoir réussi son coup, l’homme s’en alla dormir du sommeil du « juste ». Le lendemain matin, Il se réveilla de bonne heure et se rendit en forêt pour apporter de la nourriture à sa mère. Arrivé devant l’entrée de la source, il se mit à chanter comme d’habitude.

Mamueee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Kudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Mais personne ne vint lui ouvrir.  Il chanta désespérément pendant longtemps.  Toujours pas de mère. Il éleva les yeux sur la cime du grand arbre, L’oiseau au long cou et à la tête rouge l’observait toujours.  L’homme, très triste, s’en alla à la cherche de sa mère, toujours en train de chanter :

Mamueee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Mudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba   
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Après beaucoup de temps, la pluie finit par tomber dans le pays. La verdure couvrit toute la région, les lacs se remplirent et les cours d’eau débordèrent. Les décès des mères n’étaient plus qu’un triste souvenir pour les autres espèces d’animaux. Mais l’homme qui ne croit pas à la mort de sa mère, continue toujours à la chercher jusqu’à ce jour en chantant :

Mamueee, mamu wa balumiana
Bena ba mamuabo
Babadia budiadiadia
Nangata wanyi mamu
Naya kateka ku mpokolo
Mpokolo wa mutshi kayi?
Mutshi wa katongobele
Mudi Kanyunyi kakunze mutu
Nshingu uleba leba leba  
Mamu wanyi ngitaba aku
Mukaji’a balumiana eeeh!

Si jamais vous le voyez tout près de chez vous en train de chanter, je vous prie de l’aider à retrouver sa mère. S’il vous plaît !

Moralité : Évitons de faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse. Il y a des gens qui induisent toujours les amis en erreur, se croyant, eux, très malins. Mais comme on dit souvent : « Tout se paie ici bas ».

Lumbamba Kanyiki