27 mai 2015

La cultivatrice et le corbeau

L’histoire se passe quelque part, dans la brousse, au Congo vers la fin de la saison sèche. En prévision des premières pluies qui n’allaient pas tarder à tomber, tous les cultivateurs se rendaient aux champs pour les travaux de défrichage. Plus une famille était nombreuse, grand était le champ à cultiver. C’est la raison pour laquelle même les enfants participaient aux travaux de champs. Tous les villageois y allaient tôt le matin et en revenaient tard le soir. Parmi eux, il y avait une jeune cultivatrice, mère d’un bébé de quelques mois, mais elle n’avait personne qui pouvait s’occuper de son bébé.

Lorsque la cultivatrice arrivait au champ, elle donnait d’abord du sein à l’enfant. Elle aménageait ensuite un bon endroit à l’ombre d’un grand arbre et le couchait lorsqu’il dormait. Enfin, elle prenait sa houe et se mettait au travail. Le problème de la jeune cultivatrice était que le bébé se réveillait après quelques minutes de sommeil et commençait à pleurer, obligeant la mère à interrompre son travail pour s’occuper de lui.

 « Tu t’es déjà réveillé ? Mais qui s’occupera de toi pendant que je travaille ?», se plaignait la cultivatrice. « A ce rythme, je ne pourrai pas terminer mon champ. De quoi allons-nous vivre ? ». La cultivatrice travaillait alors des heures durant avec le bébé sur son dos, ce qui n’était pas facile. La situation de la cultivatrice avec son bébé qui pleurait tout le temps était connue de tous les villageois, mais personne ne venait l’aider.

Un jour, comme à l’accoutumée, elle vint très tôt matin avec son bébé, l’allaita, le berça du mieux qu’elle pouvait avec sa voix douce et le coucha en-dessous de l’arbre. Mais le bébé se réveilla en pleurs après seulement quelques minutes de sommeil. Grande fut la tristesse de la jeune femme qui se mit à pleurer à chaudes larmes : « Seigneur, qui pourra s’occuper de mon bébé ? Je n’ai personne ! »  

Sur le grand arbre, un vieux corbeau venait régulièrement se reposer. Il écoutait chaque fois les plaintes de la cultivatrice en-dessous de l’arbre. Ce matin-là, pris de pitié, il descendit et se posa en face de la femme dans un frou-frou des ailes qui effraya cette dernière. " Jeune femme, du haut de cet arbre, j’entends toujours tes pleurs et tes lamentations." lui dit-il. " Si tu veux, je m’occuperai de ton bébé afin que tu finisses vite ton champ comme les autres. Mais tu ne diras à personne que c’est moi qui garde ton bébé"  lui proposa-t-il.  

La cultivatrice accepta la proposition du corbeau et l’accord fut conclu entre les deux. Le corbeau prit le bébé et s’envola avec lui, laissant la mère travailler dans son champ. A partir de ce jour-là, le corbeau venait chaque matin prendre le bébé et l’emmener avec lui, laissant la mère défricher son champ qui s’agrandissait de jour en jour. Il le lui ramenait le soir avant son retour à la maison.

Les autres cultivateurs  ne tardèrent pas à remarquer le silence dans le champ de la cultivatrice, eux qui étaient déjà habitués à entendre les pleurs lointains du bébé. Une villageoise voulut en savoir plus et vint demander à la cultivatrice : « Qu’est-ce que tu fais pour calmer ton bébé ? En effet, nous avons constaté qu’il ne pleure plus comme avant ? » La jeune cultivatrice oublia le deal qu’il avait conclu avec le vieux corbeau et eut le malheur de révéler la vérité à la villageoise.

Le matin suivant, la femme allaita son bébé comme elle en avait l’habitude et le confia au corbeau. Ce dernier le prit et s’envola avec, mais lorsqu’il ramena l’enfant le soir au moment où la mère l’attendait pour rentrer à la maison, eh voilà, le bébé était mort !

Moralité : Bimpe kulama ludimi ! 

C'est le conte tel qu'il nous a été envoyé par mamu Adolphine Mushiya.

Lumbamba Kanyiki

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20 mai 2015

La souris et la chauve-souris

La Souris et la Chauve-souris étaient des grandes amies. La Souris, dans sa tête, ne voyait même pas les ailes de son amie, Chauve-souris. « Nous sommes de la même race », se disait-elle. « D’ailleurs, elle mange ce que je mange ». De son côté, la Chauve-souris aimait aussi la Souris et jamais il ne lui était arrivé de se demander pourquoi la Souris n’avait pas d’ailes comme elle.

Les temps changent et avec eux, les mœurs aussi. O tempora O mores ! Avec le temps donc, la Chauve-souris eut des mauvaises pensées envers sa vieille amie.  « Moi, Chauve-souris, je vole et je vois du pays. Je ne suis, donc, pas comme la Souris qui court à travers savanes et forêts et ne sait même pas gouter au plaisir des airs ! », se disait-elle. Puisqu’elle se sentait supérieure, elle changea aussi tout son comportement envers la Souris. Les visites qui, jadis étaient réciproques, devinrent à sens unique : La Chauve-souris venait chez son amie, prenait part aux repas que cette dernière lui offrait, mais jamais elle ne voulut inviter son amie chez elle.

A chaque fois que la Souris voulait s’inviter chez la Chauve-souris, elle recevait la même réponse de cette dernière : «  ma chère, j’ai beaucoup à faire ce dernier temps. Les affaires m’obligent à sortir et à prendre les airs pour aller loin, très loin. Mais dès que j’aurai du temps libre, tu viendras me voir ». Finalement, la Souris se sentait flouée. « Tu me le paieras un jour », se disait-elle dans son for intérieur.

Un jour, la Souris se leva de bon matin avec un plan bien arrêté. Elle tendit des pièges dans tous les palmiers autour de sa case. C’était un travail épuisant. Après l’avoir terminé, elle alla se reposer sous la véranda, se disant que son amie n’allait pas tarder à venir lui rendre visite.

Comme elle s’y attendait, la Chauve-souris vint après quelques minutes. Elles mangèrent et burent ensemble. Au moment du départ, la Souris dit à la Chauve-souris : « Pendant cette période, mes palmiers produisent de très belles noix ; tu peux t’en servir un peu avant de rentrer chez toi ». La Chauve-souris remercia et prit son envol.

Se rappelant la proposition de son amie, la Chauve-souris fit un virage vers le premier palmier qui se trouvait sur sa gauche. Elle s’y posa, mangea des noix de palme, mais ne se rendit pas compte d’un nœud qui l’avait prise à l’une de ses pattes. Lorsqu’elle voulut s’envoler, elle fut retenue par la patte. Elle tira de toutes ses forces en battant les ailes, mais rien n’y fit.

Prise de panique, la Chauve-souris appela au secours. La Souris qui l’entendait ne put venir la détacher. Pour toute réponse, elle lui dit : « Débrouille-toi, chère amie, je ne sais pas venir là haut, car, je n’ai pas d’ailes comme toi ! La Chauve-souris se débâtit, sans succès, jusqu’à épuisement total.

Un Serpent qui passait par là, attiré par le parfum que dégageaient les noix de palme, trouva la pauvre Chauve-souris prise au piège de la Souris. Il ne se fit pas prier. Oubliant les noix de palme pourtant bien charnues, il se jeta sur l’infortunée et n’en fit qu’une bouchée.

Moralité : La vengeance est un plat qui se mange froid !

C’était le conte raconté par mamu Adolphine Mushiya   

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12 mai 2015

Les deux chasseurs

Dans un village, il y avait deux chasseurs qui avaient l’habitude de chasser ensemble. L’un était natif du pays et l’autre venait de l’étranger. Le chasseur étranger était de loin meilleur que l’autochtone. Mais à chaque fois qu’il tirait sur une bête, l’autochtone revendiquait le gibier : « C’est à moi !» et le chasseur étranger ne pouvait rien dire. La même situation se produisait tous les jours qu’ils allaient à la chasse.  

N’en pouvant plus, le chasseur étranger porta l’affaire devant les habitants du village. Ceux-ci, ne sachant comment trancher contre leur frère, le conseillèrent d’aller se plaindre chez le chef du village. Ce dernier, non plus, ne sut comment rendre le jugement dans un litige  opposant son sujet à un Etranger. Ce dernier, triste et déçu, rentra chez lui. Les jours s’écoulèrent ainsi. Comme d’habitude, les deux allaient à la chasse ; comme d’habitude, ils trouvaient les bêtes et tiraient et comme d’habitude, « C’est à moi! », criait le natif et s’en emparait.

Mais un jour vint qui ne ressemblait pas aux autres jours. Les deux compères se rendirent de bon matin à la chasse. Après quelques heures d’une chasse infructueuse, ils remarquèrent derrière un buisson une forme sombre qui passait. Ils se dirent que c’était un phacochère et se mirent à l’affût. L’étranger, dégaina son arme, ajusta et tira. Aussitôt l’autochtone cria : « C’est à moi !». Il se précipita pour ramasser l’animal, mais fut surpris de trouver une femme gisant dans son sang sur le sol, atteinte par les balles. Les débris de sa cruche cassée s’étaient répandus près d’elle. Elle allait à la rivière puiser de l’eau pour le ménage.

Les villageois qui étaient dans le parage ayant entendu le coup de fusil et le « C’est à moi !» du chasseur natif du pays, accoururent pour voir la bête qu’il avait tuée. Ils furent surpris de découvrir le cadavre de la pauvre femme baignant dans son sang.  « Tu as tué la femme d’autrui ! », l’accusèrent-ils. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans tout le village. Les policiers alertés vinrent arrêter le chasseur natif du pays. Il fut condamné plus tard à la peine capitale pour meurtre.

Moralité : Est pris qui croyait prendre

C’était le conte de maman Adolphine Mushiya. Il m’a été apporté par José Kassongo de retour du pays. Merci, Jose et merci à maman Adolphine.

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26 mars 2015

Le Lion et le Rat

Le Lion dormait paisiblement dans sa tanière par un après-midi ensoleillé. Quelques instants plus tard, le Rat, qui était à la recherche de la nourriture, s’introduisit comme par hasard chez le Lion et le frôla. Ce dernier se réveilla aussitôt et attrapa le Rat.

-          Qu’est-ce que tu cherches ici, chez moi, pauvre petit imprudent ? Voilà, je vais maintenant te corriger pour ton audace. En effet, le Lion voulait tuer le pauvre Rat pour le manger. Mais celui-ci s’écria de sa petite voix aiguë :

-          Maître, je te demande pardon ; aie pitié de moi et laisse-moi vivre ! Le jour où tu seras en danger, je pourrai aussi te venir en aide.

Le Lion rit aux éclats. Il se demandait, en effet, comment une aussi petite bête pouvait lui sauver la vie, lui, grand Lion tout puissant ! Mais pris de pitié, il laissa, tout de même, partir le pauvre Rat.

Dix mois plus tard, le Rat se promenait comme d’habitude dans la forêt à la recherche de la nourriture. Il entendit aussitôt les rugissements venant non loin de l’endroit où il se trouvait. Curieux, il voulut en avoir le cœur net. Et voilà, il tomba sur le Lion pris au filet d’un chasseur. Il s'était débattu pour se libérer, mais n’y était pas parvenu.

Alors, le Rat contempla le grand Seigneur Lion enroulé dans le filet du chasseur. Sans dire un mot, il coupa de ses petites dents pointues les mailles du filet et put libérer ainsi le Lion.

Moralité : On a toujours besoin d’un plus petit que soi.

Ceci est un conte traduit du latin et raconté par Lumbamba Kanyiki.

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01 mars 2015

Le Renard, l’Antilope et le Léopard

Le Léopard était connu dans toute la région pour la préparation des haricots. Lorsqu’il les préparait, l’arôme des épices, dont il gardait jalousement le secret, se répandait dans tous les villages avoisinants et tout le monde se léchait la bouche en faisant palpiter les narines. Le Renard et l’Antilope qui ne pouvaient pas se retenir venaient roder autour de la maison du Léopard, attirés par les bonnes odeurs que dégageait la cuisine de ce dernier. 

Un jour, le Léopard termina la cuisson des haricots. Il sortit pour aller chercher une bonne viande avec laquelle il allait agrémenter son repas. Aussitôt qu’il était parti, les deux compères qui n’étaient pas loin, le voyant s’éloigner, s’introduisirent furtivement dans la cuisine du Léopard. Ils mangèrent les haricots et léchèrent toute la marmite. En rentrant à la maison, le Léopard trouva la marmite vide et propre. Grande fut sa colère. « Celui qui a fait ca, me le paiera un jour », se dit-il. La même situation se répéta plusieurs jours. Le Léopard était incapable d’attraper le voleur qui  volait ses haricots.

Comme d’habitude, le Léopard prépara encore ses haricots un jour. Les odeurs qui sortaient de sa cuisine se répandirent dans les airs. Comme d’habitude, le Léopard sortit à la recherche d’une bonne viande avec laquelle il allait savourer ses haricots. Cette fois-là, il prit soin de bien fermer la porte à clé. Comme d’habitude, le Renard et l’Antilope qui se cachaient derrière la maison du Léopard se présentèrent devant la porte pour manger ses haricots. Mais voilà, ils trouvèrent la porte de la maison fermée à clé. Voulant à tout prix manger les haricots du Léopard, ils creusèrent donc un petit trou dans la terre qui débouchait dans la cuisine du Léopard, puis réussirent, par le trou, à s’y introduire.  Et comme d’habitude, les deux commencèrent à manger les haricots. Il y en avait beaucoup et ils étaient délicieux. La marmite en était pleine. Alors, le Renard, par mesure de prudence, dit à l’Antilope :

-          Manseba wamanya ! (Fais attention !) Il faut toujours t’essayer par rapport au trou. Si non, tu risques de ne pas sortir d’ici.

Ainsi, chaque fois que le Renard mangeait, il allait passer par le trou, puis revenait manger les haricots. Mais l’Antilope trouvait que c’était une perte de temps d’aller contrôler sa taille par rapport au trou.

-          Manseba, nous réussirons toujours à sortir d’ici, répondait-elle chaque fois au Renard.  

Ce jour-là, le Léopard avait fait une mauvaise chasse. Pas d’animaux, pas d’oiseaux. Donc pas de viande à consommer avec ses haricots. Il rentrait à la maison, épuisé et triste en même temps, se disant dans son for intérieur qu’il allait se contenter de haricots seuls. Mais une heureuse surprise l’attendait.

Lorsque les deux amis qui étaient dans la cuisine entendirent les pas du Léopard, ils se ruèrent vers le trou. Le Renard, très rapide, n’eut pas de peine  à y passer et  s’enfuir. Mais l’Antilope n’eut pas la même chance. Elle fit passer ta tête à travers le trou, mais fut retenue par le ventre rempli de haricots. Elle essaya de forcer le passage. Peine perdue. Prise de peur, elle se mit à pleurer.

-          Au secours, au secours, je ne sais pas sortir !

Le Léopard, alerté par les pleurs de l’Antilope, fit rapidement les derniers pas qui le séparaient de la porte et l’ouvrit. A son grand étonnement, il vit l’Antilope au beau milieu de la cuisine avec un très gros ventre.

-          Ah manseba Ngulungu, c’est donc toi qui manges toujours mes haricots ! Je m’en vais aussi te manger aujourd’hui.

L’Antilope fondit en excuses et voulut expliquer au Léopard que si elle se trouvait là dans sa case, c'était sur la proposition du renard et que c'était lui qui lui avait demandé de venir manger ses haricots. Mais le Léopard ne voulut pas l’écouter. Il se rua sur elle, la tua et la mangea avec le peu de haricots restés dans la marmite.

C’était le conte tel qu’il m’a été raconté par Nico Muambi du Canada.

Comme me l’a dit Nico, plusieurs leçons de morale peuvent être tirées de ce conte. Pour ma part, j’en ai trouvé trois :

1. « Wateya wadya, wateya wadya ; kadi bya kukuma kaba ku dyulu, ne ulue kwamba ne bena cyoto !
2. « Budimu mbutambe bwanga bupaka»
3. « Katuvumvwa wakumvwa dyakamuya ntande mu dyulu »

A vous de trouver les autres leçons.

Lumbamba Kanyiki

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12 février 2015

Le Léopard, l’Antilope et le Lièvre

Le Léopard, l’Antilope et le Lièvre étaient des amis. Un jour, le Léopard invita ses deux amis à une grande fête qu’il allait organiser chez lui.

- Venez chez moi, chers amis. Car, j’aimerais me réjouir avec vous ! L’Antilope et le Lièvre répondirent favorablement à l’invitation. Mais en chemin, le Lièvre avertit son amie, l’Antilope :

- Il faudra faire beaucoup d’attention ; le Léopard fait toujours des petits coups bas à ses amis. Garde ton œil ouvert. L’Antilope l’écoutait attentivement, sans rien dire.  

Voyant ses amis à l’horizon, le Léopard souffla à son épouse : On va bien se régaler aujourd’hui. Diteya dia panshi ditambe dia kulu. Ses paroles, bien que prononcées très bas par le Léopard, furent très bien captées par le Lièvre.

Etant arrivés chez le Léopard, les deux amis furent bien accueillis. Après un repas copieux offert aux invités, le Léopard ordonna aux musiciens appelés pour la circonstance d’ouvrir le bal. Les batteurs de tam-tams furent la démonstration de leurs biceps. La terre, la forêt et toute la brousse tremblaient au rythme endiablé qui ne laissait personne indifférente. L’Antilope et le Lièvre se jetèrent dans la ronde réservée à la danse. Surveillant constamment  le Léopard, le lièvre dansait tout près de la sortie qui menait vers son village. Mais l’Antilope oubliait l’avertissement du lièvre et dansait allègrement. Alors, le lièvre lui souffla une première fois à l’oreille ;

Manseba Ngulungu, waja-waja, watangila kwenu ! Danse, mais aie toujours  un œil ouvert vers chez toi ! Prise dans le tourbillon du rythme envoûtant, l’antilope acquiesça de la tête, se remit à sautiller et à tourner sa hanche, allant même tout près des batteurs de tam-tams pour mieux sentir les sons vibrer en elle. Le Lièvre, inquiet, s’approcha une deuxième fois d’elle:  

- Manseba Ngulungu, waja-waja, watangila kwenu ! Mais l’Antilope lui rétorqua en balançant ses cornes au vent:

-Je sais, manseba. Il ne m’arrivera rien.

Entre-temps, la fête battait son plein. Les tam-tams vibraient sous les mains des batteurs et les deux amis, tout en sueur se déhanchaient en faisant voler dans tous les sens les jupons de raphia qu’ils portaient. Mais, le Lièvre gardait toujours un œil sur le Léopard et  un autre sur la sortie.

Tout à coup, le Léopard qui attendait le moment opportun pour passer à l’action, bondit comme un éclair dans la ronde. Le Lièvre, qui ne se doutait pas de ses intentions, se rua vers la sortie et se sauva dans la brousse. Par contre, l’Antilope n’eut même pas le temps de suivre son ami. Elle fut capturée par la gorge et jetée à terre.

Le bruit sur la mort de l’Antilope se répandit dans toute la contrée. C’est pourquoi jusqu’aujourd’hui, tous les descendants du Lièvre et de l’Antilope ne veulent plus jamais croiser le Léopard sur leur chemin.

Moralité: Nuenu bakaasa ku babende, Nuaja-nuaja, nuatangila kuenu, nansha bakuamba nzala ! Tshianana ne nujimije too ne buenu bu muntu !

Lumbamba Kanyiki

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03 février 2015

Le bouc et l’antilope

A cette époque, la sécheresse était très forte dans la région du sud. Les cours d’eau s’étaient séchés. La terre aride ne donnait plus de nourriture pour toute la population. Depuis des mois, les pluies avaient cessé de tomber. Les animaux mouraient de faim.  C’était le sauve qui peut. L’antilope s’entretint avec son ami le bouc : « Mon cher ami, les temps ont changé. Si nous restons dans cette contrée, nous y mourrons avec femmes et enfants. Je vais tenter ma chance au nord. J’ai appris que là, il y a de la terre fertile qui pourra nous nourrir. ». Le bouc, après avoir écouté son ami, lui dit qu’il allait en discuter d’abord avec son épouse avant de se décider. Le jour suivant, il vint, très content, voir son ami, l’antilope. « J’ai réussi à convaincre ma femme. Nous ferons donc route ensemble vers le nord. Cette terre ne nous donne aucun espoir de survie. D’ailleurs, les prédateurs sont très nombreux dans le parage. »

C’est ainsi que les deux familles prirent femmes et enfants et émigrèrent vers le nord. Lorsqu’ils y arrivèrent, ils trouvèrent des plaines verdoyantes et des beaux pâturages appétissants. Les animaux du nord les accueillirent avec joie. « Installez-vous, chers amis, il y en a pour tout le monde, leur dirent-ils.

Après s’être installés, l’antilope et son épouse se mirent au travail, jour et nuit, pour nourrir leurs enfants. Ils les firent  inscrire dans des écoles de la place pour apprendre la technique des autochtones. « Un jour ou l’autre, on ne sait jamais, nous nous en servirons chez nous », ne cessait de répéter l’antilope à ses enfants. Lui et les siens vivaient dans le respect des coutumes du lieu et celles de leur pays. 

Par contre, le bouc et son épouse perdirent la tête. Ils abandonnèrent les habitudes de chez eux et embrassèrent les coutumes du nord. Ils vivaient sans se soucier du lendemain. Presque tous les soirs, ils étaient dans des cafés et bars, parés d’or et d’argent, en train de se trémousser jusqu’aux petites heures du matin, abandonnant les enfants à leur propre sort.  Les garçons devinrent des voyous et les filles s’adonnèrent à la prostitution avec les jeunes du nord.

Un soir que l’antilope venait du travail, il rencontra le bouc, tout en sueur, en train de se déhancher, entouré de ses amis du nord. « Manseba, mpumbu, waja-waja, watangila kuenu ! » (Oncle bouc, c’est mieux de danser, mais n’oublie pas d’où tu viens !), lui cria-t-il. Très fier et orgueilleux, ce dernier lui fit signe de disparaître.  Le bouc et son épouse étaient connus dans la communauté des animaux venus du sud pour leur orgueil et leur arrogance.

Un jour, le bouc réalisa que son épouse le trompait avec les hommes du nord. Les enfants étaient devenus rebelles et ne le respectaient plus. Il voulut remettre de l’ordre dans son foyer mais c’était déjà trop tard. Alors, il sombra dans l’alcool. 

Avec le temps, les pâturages du nord vinrent aussi à connaître la pire sécheresse de leur histoire. Devant la rareté des produits de première nécessité, les  animaux du nord s’en prenaient aux animaux venus du sud. « Ils doivent retourner chez eux. Ils nous prennent toute notre nourriture et mêmes nos femmes ! », se plaignaient-ils. L'antilope et sa famille qui suivaient toute cette situation de près avaient peur pour leur vie. Une nuit, pendant qu’ils mangeaient à table, ils apprirent qu’un des leurs de retour du travail était sauvagement assassiné par des jeunes inconnus. Le père antilope s’adressa alors à sa famille. « Il est grand temps de retourner au pays. Les nôtres nous y attendent. Ce pays devient très dangereux », leur dit-il. Quelques jours plus tard, commencèrent les préparatifs du voyage retour.

Le grand jour vint enfin. Ils sortirent tout ce qu’ils avaient mis de côté : des engins pour construire les maisons et labourer la terre, des valises d’habits et de la nourriture. Ils dirent au revoir aux amis du nord et prirent le chemin de retour.  Le bouc ne pouvait rentrer avec son ami l’antilope. « Je reste encore un peu » dit-il à ce dernier. « Je me prépare encore. Mais l’année prochaine, tu verras ; je viendrai aussi avec tous les miens », ajouta-t-il du bout de lèvres. Mais l’antilope  savait bien qu’il mentait. Les siens s’étaient volatilisés depuis longtemps. Sa femme s’en était allée vers l’extrême nord avec un pêcheur. Ses enfants se débrouillaient tant bien que mal. D’autres croupissaient en prison pour divers délits.

Le mouvement migratoire dans le sens inverse se poursuivit pendant des années encore. Le pays du sud se reconstruisit en un temps record. Pour éviter de subir les sécheresses successives, ils utilisèrent des nouvelles techniques d’irrigation de leur terre. Ils développèrent l’agriculture et se promirent de ne plus jamais connaître la disette. Ils accomplirent ainsi le dicton selon lequel : « Ngulungu ya kasa kule, nnyakalua kuasa ditunga »

Un soir qu’il écoutait la radio dans sa paillote, le père antilope apprit la mort de son ami le bouc, assassiné par ceux du nord. En fait, selon le communiqué, son cadavre fut découvert un matin dans un parc qu’il traversait depuis des années lorsqu’il rentrait tard chez lui. Grande était la tristesse de l’antilope. Il en informa les autres animaux de la région. Le bouc fut pleuré pendant trois jours et trois nuits. De sa femme et ses enfants on ne reçut aucune nouvelle jusqu’aujourd’hui.

Lumbamba Kanyiki

 

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04 décembre 2014

Ne partage ton secret ni avec ton meilleur ami, ni avec ta femme bien aimée !

« Garde ton secret pour toi-même. Ne le raconte ni à ton ami, ni à ta femme avec qui tu partages ton lit ! » ne cessait de répéter un grand-père à son petit-fils, car, « kambi wa kamba ! ». Celui qui jura de ne pas raconter, finit par raconter. Le petit-fils qui était encore très jeune, lui demandait naïvement en retour :

-          Ni à mon meilleur ami, je ne peux pas dire ? »

-          ni à ton meilleur ami !

-          Ni à ma femme bien aimée lorsque je serai marié ?

-          Ni à ta femme bien aimée et mère de tes enfants !

C’était toujours le même conseil à chaque fois qu’ils avaient l’occasion de causer ensemble. Le temps s’écoula. Le Grand-père mourut. Le petit-fils se maria et eut des enfants avec son épouse qu’il aimait bien.

Un jour, il se rappela le conseil de son grand-père : Garde ton secret pour toi-même… Il se souvint aussi des questions qu’il lui avait posées à l’époque. Il ne devait le raconter ni au meilleur ami, ni à la femme bien aimée.  Il se dit dans son cœur qu’il lui fallait vérifier si le Vieux avait raison ou pas.

Le petit-fils, sortit seul un matin, ceint de sa ceinture à cartouches, son fusil en bandoulière et s’en alla à la chasse dans la forêt. Il y passa toute la journée. Très tard dans la nuit, il revint chez lui  avec un grand sac sur la tête. A la vue de sa mine triste et abattue, la femme qui l’attendait, inquiète, à l’entrée de leur case, comprit qu’un malheur lui était arrivé.

Le petit-fils déposa son sac au beau milieu de la case et dit à son épouse : Ma femme bien aimée, un grand malheur m’est arrivé en forêt. J’ai cru voir un singe à un arbre. J’ai visé et tiré. Mais lorsque je suis arrivé sur place pour le ramasser, j’ai découvert avec étonnement que c’était un homme. C’est lui qui est dans ce sac. La femme commença à pleurer de plus belle.

Lorsqu’elle cessa de pleurer, elle demanda à son mari : Qu’allons-nous faire avec lui maintenant que tu l’as apporté ici ? Son mari lui répondit : Si tout le monde l’apprend, je ferai la prison pendant le reste de ma vie et les membres de sa famille voudront se venger un jour. C’est pourquoi je vais l’enterrer dans notre chambre à coucher et le secret restera entre toi et moi. Ma femme chérie, jure-moi de garder ce secret ! La femme se remit à pleurer à chaudes larmes à l’idée de dormir toutes les nuits à côté de la tombe d’un inconnu et surtout de porter un secret si lourd toute la vie!

De toutes les façons, la décision de l’homme était prise. Il s’empara de sa pelle et tout en pleurant, commença à creuser un trou dans un coin de sa chambre à coucher. La femme l’observant n’eut même pas le courage de jeter un coup d’œil dans le sac pour voir le visage du  mort. Lorsqu’il constata que le puits était suffisamment grand et profond, il déposa la pelle de côté, prit le sac et le poussa dans le trou. Il essuya la sueur de son front et les larmes qui ruisselaient sur ses joues. Après quelques minutes de repos, il recommença à couvrir le sac et toute sa charge avec la terre.

Lorsque l’homme eut terminé, il implora de nouveau sa femme de garder le secret et de ne le souffler à personne. « Tu es le père de mes enfants. Je ne pourrai te trahir quoi qu’il arrive. Si je le faisais, qui s’occuperait de ces enfants mieux que toi ? », lui confirma sa femme. « Tu me le jures ? » insista l’homme. « Je te le jure » lui répondit la femme, la main sur le coeur.

Plusieurs jours passèrent ainsi. Le secret était presqu’oublié de deux conjoints. Mais un soir, ce qui devait arriver arriva. L’homme eut une grande dispute avec sa femme dans leur case. Il se jeta sur la femme et voulut la taper, mais celle-ci parvint à s’échapper en criant : Au secours, mon mari veut me tuer comme il a tué un inconnu dans la forêt. Au secours, l’assassin va me tuer ! Tout le village accourut et voulut en savoir plus. « Oui, c’est un criminel. Il a tué une personne à la chasse et l’a enterré dans notre chambre à coucher »

En quelques minutes, ce qui était secret se répandit dans tout le village. Pendant que les villageois harcelaient l’homme pour qu’il leur montre où il avait enterré l’inconnu, la police alertée les entoura et arrêta l’infortuné. « Montre-nous vite où tu as enterré l’inconnu ! ». Il les conduisit dans la chambre à coucher et leur indiqua l’endroit.

Deux policiers s’emparèrent des pelles empruntées aux voisins et commencèrent à creuser. Lorsqu’ils atteignirent l’endroit où se trouvait le sac, l’odeur de pourriture envahit le lieu. « Oh c’est la vérité ! » Ils se ruèrent sur l’homme et les coups pleuvaient sur sa tête. Tout à coup, apparut le sac couvert de sang. Et les coups sur l’homme se multiplièrent de plus en plus. « Assassin, sorcier ! Tu vas voir aujourd’hui ! », criaient-ils.

Finalement, ils sortirent le sac et le portèrent dehors sur la cour de la case. Il faisait déjà nuit. Les policiers ouvrirent le sac et voilà, ils y découvrirent non pas un corps d’homme mais plutôt le cadavre d’un sanglier en décomposition avancée. Alors, ne comprenant rien, ils demandèrent à l’homme : C’est ça l’homme que tu avais tué ? Ou l’as-tu transformé en sanglier dans ta sorcellerie pour éviter la prison?

L’homme sourit et leur dit : Je voulais vérifier le conseil que mon grand-père me donnait toujours quand j’étais jeune : Garde ton secret pour toi-même et ne le raconte à personne, même pas à la femme aimée avec qui tu partages ton lit ! Tous retournèrent chez eux bien édifiés et contents, sauf la femme aimée qui venait de trahir son serment.

Ce conte m’a été raconté par le Colonel Tshibangu, mon voisin à Mbanza-Ngungu vers les années 1986 !

 

Lumbamba Kanyiki

 

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26 juillet 2014

Conte: Katende et Disela

Katende (un petit oiseau) et  Disela (l’herbe)
Conte de Beya Mbwa à Musangana
Extrait de Chants et contes du Kasayi (Zaire), repai(è)re de la créativité esthétique populaire

Par Ntumba Muena Muanza

Tous les oiseaux de la terre refusèrent un jour dans leur ensemble le règne de Katende comme leur chef. Katende s’en alla alors à la recherche de ses vrais frères et sœurs (bana babu). Il arriva chez l’arbre Difudu.  

-          Difudu’etu (notre Difudu), appela-t-il !
-          Wetu wa mamu, (mon frère, fils de ma mère)

Katende commença à lui poser une série de questions afin de vérifier s’il était son vrai frère.

 -          Difudu wetu, toi et moi, mangerons ensemble. N’est-ce pas ?
-          Bien sûr.
-          Nous boirons ensemble ? continua Katende.
-          C’est clair, répondit Difudu.
-          Nous traiterons ensemble les grands problèmes de notre vie ? ajouta encore Katende.
-          Il va de soi, répliqua Difudu.
-          Et alors, nous mourrons ensemble ? demanda finalement Katende.
-          Jamais de la vie, répondit sèchement Difudu. La mort d’un homme ne peut être liée à celle d’un autre. Quand ton heure viendra, tu mourras. Quand la mienne viendra, je mourrai.

Katende remarqua alors que Difudu n’était pas le vrai frère qu’il cherchait. Il prit congé de Difudu et continua ses recherches. Il arriva chez le manguier. Mêmes questions, mêmes réponses, même déception. Il fit la ronde de tous les arbres et ne trouva pas de frère parmi eux. Il se traîna finalement jusque chez Disela (sorte d’herbe coriace). Il recommença avec sa série de questions :

-          Disel'etu, toi et moi mangerons ensemble ?
-          Bien sûr.
-          Nous boirons ensemble ?
-          Sans problème.
-          Nous traiterons nos problèmes ensemble ?
-          Il va de soi.
-          Et alors… nous mourrons ensemble ?
-          Oui, toi et moi mourrons ensemble puisque nous sommes frères.

Katende sut alors qu’il avait trouvé son vrai frère. Il habita chez Disela. Ils vécurent ensemble, en parfaite entente.

Arrangement et mise en ligne
Lumbamba Kanyiki

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22 juin 2014

La chèvre et le coq

La chèvre et le coq passaient leurs nuits dans une étable étroite derrière la maison de leur propriétaire. Ce dernier venait de se marier. Quelques jours plus tard, le jeune propriétaire reçut pour la première fois la visite de son beau-père. Grande était sa joie. Alors, il dit à sa femme : « Comme c’est la toute première fois que mon beau-père arrive chez nous, nous devons lui organiser une réception due à son rang. Demain, nous tuerons à son honneur notre unique chèvre que nous élevons. »  Le coq qui ne dormait pas à cette heure de la nuit, entendit les propos de son maître. Il se réjouit parce qu’il ne s’entendait pas bien avec la chèvre qui, selon lui, prenait toute la place dans l’étable.

Lorsque le jour vint, il sortit de l’étable et s’en alla raconter à tout celui qui voulait l’entendre : « Aujourd’hui, c’est le dernier jour pour notre amie, la chèvre. On va la tuer pour faire honneur au beau-père de notre maître » Alors, les autres animaux qui voyaient la chèvre brouter en silence lui demandaient si la nouvelle que propageait le coq était fondée. Elle leur répondait toujours : « Si c’est la volonté du Très-Haut, je ne pourrai rien faire pour me défendre. Que sa volonté soit faite ! » La peur dans l’âme, la pauvre chèvre continuait à brouter non loin de la maison de son maître. Le coq qui ne se doutait de rien picorait non loin de là, attendant le moment fatidique pour  la pauvre chèvre.

Soudain, le propriétaire du lieu sortit de la maison et demanda aux jeunes gens qui étaient assis sous un arbre  d’attraper le coq pour la réception du beau-père. Le coq, surpris par l’ordre qu’il venait d’entendre, crut d’abord à une erreur. Mais voyant les jeunes gens à ses trousses, il se mit à courir dans tous les sens. Les garçons ne mirent pas beaucoup de temps à l’attraper. Le coq commença à se lamenter : « c’est une erreur ; c’est la chèvre que le maître voulait tuer. Pas moi »

Ce que le coq ne savait pas, c’est que le matin, son maître s’était entretenu avec son père qui l’avait conseillé de tuer le coq pour la réception et de remettre la chèvre au même beau-père le jour de son départ. Ainsi était la pratique.

Quelques heures plus tard, les autres bêtes voyant toujours la chèvre en train de brouter derrière la maison de son propriétaire lui demandèrent pourquoi elle vivait encore. « Ne vous ai-je pas dit que si c’était la volonté du Très-Haut, je ne pourrais rien faire pour me défendre ? Eh bien, si je continue à vivre, c’est encore par la volonté du Très-Haut »

A vous de me dire quelle leçon de morale nous pouvons tirer de ce conte

Lumbamba Kanyiki

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