L’excellent nageur ( mombedi wa dilambu) se trouvait débout au bord d’une grande rivière. Le narrateur ne nous dit pas ce qu’il y faisait. Toujours en est-il qu’ il eut un fort glissement de terrain qui entraîna notre nageur dans la rivière. Il n’eut aucune inquiétude puisqu’il savait nager. Il se mit alors à nager, cherchant un bon endroit par où il pouvait sortir de l’eau.

Pendant qu’il nageait, d’autres personnes qui étaient sur le rivage le virent dans l’eau. Ils lui tendirent une longue perche afin de le sortir de l’eau. Mais notre nageur repoussa leur offre : « Ne vous en faites pas ; je trouverai un bon endroit par où je pourrai sortir de l’eau ». Il continua son chemin, en train de nager. Un peu plus loin, il rencontra des voyageurs dans leur pirogue. Ceux-ci se rapprochèrent de lui : « Monte, camarade ; nous te ramènerons au rivage ». L’excellent nageur refusa de nouveau : Ne vous en faites pas; je trouverai un bon endroit par où je pourrai sortir de l’eau ». Les voyageurs s’en allèrent et disparurent. L’excellent nageur continua son chemin, jetant un regard à gauche, jetant un regard à droite, à la recherche d’un bon endroit pour sortir de l’eau. Tout à coup, il entendit un bruit de moteur au-dessus de lui. C’était un hélicoptère qui volait par là, au-dessus de la rivière. L’ayant aperçu, le pilote ordonna à son équipage de lui lancer une corde pour le repêcher. Mais notre nageur refusa net. Par gestes de la main, il lui montra qu’il n’avait pas besoin d'aide. Il allait s’en sortir par lui-même. Ceux-ci continuèrent leur chemin.

Après avoir nagé des heures durant, sans trouver un bon endroit par où il pouvait sortir de la rivière, le pauvre nageur manqua des forces et mourut, noyé. Son âme fut transportée chez le bon Dieu. Fâché, il demanda au bon Dieu : « Toute ma vie, je n’ai fait que te prier et respecter tes préceptes. Alors, pourquoi n’es-tu pas venu à mon secours lorsque j’étais dans la détresse ? » Le bon Dieu lui répondit : « Je suis venu à ton secours à trois reprises ; tu n’as pas voulu de mon aide ! ». « C’est pas vrai », rétorqua le nageur, "Je ne t’ai pas vu à mon secours" . Tout souriant, le bon Dieu lui rappela la perche tendue par les gens sur le rivage, les voyageurs dans la pirogue et l’équipage de l’hélicoptère. Notre nageur resta bouche bée!

Le bon Dieu reprit la parole et dit à l’excellent nageur qu’il se manifestait chez ses enfants de plusieurs façons : Il se manifeste dans les pauvres, les orphelins et les veuves à la recherche d’un toit, à la recherche de quoi manger et de quoi se couvrir les corps ; il se manifeste dans l’assistant social qui apporte de l’aide aux indigents ; il se manifeste dans l’infirmière et le docteur qui soignent les malades ; il se manifeste dans l’avocat qui défend les opprimés; il se manifeste dans un passant que l'on croise sur la route, qui nous réchauffe le coeur d'un bon sourire et nous dit seulement bonjour. « N’attendez pas que je vienne comme vous le voulez, vous, car personne ne peut me voir et continuer à vivre ». 

Ce conte m’a été raconté par Klari Kabasele Luambila en Belgique. A bon entendeur, salut !

 

Lumbamba Kanyiki