Dijiba devait se rendre avec sa famille chez son oncle dans un village éloigné pour une fête de mariage. Une de ses cousines allait se marier. Le village où son oncle habitait était à deux heures de marche, séparé de la sienne par une grande brousse. Son père, le vieux Dijiba lui dit : Attends-nous ! Ta mère et moi allons d’abord rendre une courte visite à ton grand-père qui est malade. Ensuite, nous ferons le chemin ensemble. Cette brousse est très dangereuse pour que tu fasses seul ce trajet. Mais Dijiba qui voulait au plus vite revoir ses cousines qu’il n’avait pas vues depuis plusieurs mois, refusa la proposition de son père. « Vous me trouverez là-bas ; vous marchez lentement et moi, j’ai hâte de revoir mes sœurs ». Alors, son père lui proposa, de nouveau, de prendre son fusil avec lui, mais le petit refusa: « Le fusil est trop encombrant. De toutes les façons, ca fait longtemps qu’on ne rencontre plus de prédateurs sur le chemin. Ils s’en sont allés loin dans la forêt, fuyant les humains ». Sur ces mots, Dijiba prit son sac dans lequel il avait rangé son joli costume, sa belle chemise blanche et ses chaussures pour la fête et commença son voyage.

Après une longue marche, il était très content de voir au loin les toits des cases d’où s’échappaient, des légères fumées blanchâtres qui disparaissaient dans le ciel. Il accéléra sa marche lorsque tout à coup, il entendit tout près de lui le rugissement d’un lion. Pris de panique, il regretta de n’avoir pas pris son fusil comme son père le lui avait proposé. Il regarda autour de lui et ne vit que des roches qui ne pouvaient être d’aucune aide en cas d’attaque du fauve. Il se pencha et en ramassa une de la taille d’un poing. Mais lorsqu’il se releva, il aperçut à sa droite un phacochère, très gros et puissant prêt à bondir ; à sa gauche, deux yeux bruns foncés l’observaient et lui et le phacochère, se demandant lequel de deux il allait prendre en chasse. Juste en ce moment-là, un aigle surgissant de nulle part vint effrayer le phacochère qui se mit à courir à toute vitesse. Le lion, attiré par la brusque débandade du phacochère se lança aussitôt à sa poursuite. Dijiba, apeuré, abandonna son sac et s’enfuit vers le village.

Quelle ne fut pas sa surprise en y rencontrant son père et sa mère en train de causer paisiblement avec son oncle et sa tante devant leur case. Comment êtes-vous déjà arrivés ici ? Demanda-t-il, étonné, à ses parents. Pour toute réponse, son père lui jeta son sac à ses pieds en lui disant : Tu devras à l’avenir faire beaucoup attention. Tu n’auras pas toujours la même chance qu’aujourd’hui.

J’ai demandé à Mulekelayi  qui m’avait raconté ce conte : « Peux-tu m’expliquer comment les parents de Dijiba sont arrivés chez son oncle avant lui alors qu’ils avaient d’abord rendu visite à son grand-père malade? » « Dans les temps anciens, me répondit Mulekelayi, les initiés se déplaçaient dans les airs assis sur un petit tapis qui prenait la forme d’un oiseau pour les communs des mortels. Un voyage effectué sous cette forme n’était lié ni au temps ni à l’espace. Mais cette pratique tend à disparaître aujourd’hui parce que cette génération s’est prostituée et a renié ses propres racines.

Alors, faites attention ! A chaque fois que vous verrez des oiseaux en train de voyager sur vos têtes, dites-vous que ce ne sont, peut-être, pas de vrais oiseaux, mais des humains sur des petits tapis volants !

Lumbamba Kanyiki