Le Léopard, l’Antilope et le Lièvre étaient des amis. Un jour, le Léopard invita ses deux amis à une grande fête qu’il allait organiser chez lui.

- Venez chez moi, chers amis. Car, j’aimerais me réjouir avec vous ! L’Antilope et le Lièvre répondirent favorablement à l’invitation. Mais en chemin, le Lièvre avertit son amie, l’Antilope :

- Il faudra faire beaucoup d’attention ; le Léopard fait toujours des petits coups bas à ses amis. Garde ton œil ouvert. L’Antilope l’écoutait attentivement, sans rien dire.  

Voyant ses amis à l’horizon, le Léopard souffla à son épouse : On va bien se régaler aujourd’hui. Diteya dia panshi ditambe dia kulu. Ses paroles, bien que prononcées très bas par le Léopard, furent très bien captées par le Lièvre.

Etant arrivés chez le Léopard, les deux amis furent bien accueillis. Après un repas copieux offert aux invités, le Léopard ordonna aux musiciens appelés pour la circonstance d’ouvrir le bal. Les batteurs de tam-tams furent la démonstration de leurs biceps. La terre, la forêt et toute la brousse tremblaient au rythme endiablé qui ne laissait personne indifférente. L’Antilope et le Lièvre se jetèrent dans la ronde réservée à la danse. Surveillant constamment  le Léopard, le lièvre dansait tout près de la sortie qui menait vers son village. Mais l’Antilope oubliait l’avertissement du lièvre et dansait allègrement. Alors, le lièvre lui souffla une première fois à l’oreille ;

Manseba Ngulungu, waja-waja, watangila kwenu ! Danse, mais aie toujours  un œil ouvert vers chez toi ! Prise dans le tourbillon du rythme envoûtant, l’antilope acquiesça de la tête, se remit à sautiller et à tourner sa hanche, allant même tout près des batteurs de tam-tams pour mieux sentir les sons vibrer en elle. Le Lièvre, inquiet, s’approcha une deuxième fois d’elle:  

- Manseba Ngulungu, waja-waja, watangila kwenu ! Mais l’Antilope lui rétorqua en balançant ses cornes au vent:

-Je sais, manseba. Il ne m’arrivera rien.

Entre-temps, la fête battait son plein. Les tam-tams vibraient sous les mains des batteurs et les deux amis, tout en sueur se déhanchaient en faisant voler dans tous les sens les jupons de raphia qu’ils portaient. Mais, le Lièvre gardait toujours un œil sur le Léopard et  un autre sur la sortie.

Tout à coup, le Léopard qui attendait le moment opportun pour passer à l’action, bondit comme un éclair dans la ronde. Le Lièvre, qui ne se doutait pas de ses intentions, se rua vers la sortie et se sauva dans la brousse. Par contre, l’Antilope n’eut même pas le temps de suivre son ami. Elle fut capturée par la gorge et jetée à terre.

Le bruit sur la mort de l’Antilope se répandit dans toute la contrée. C’est pourquoi jusqu’aujourd’hui, tous les descendants du Lièvre et de l’Antilope ne veulent plus jamais croiser le Léopard sur leur chemin.

Moralité: Nuenu bakaasa ku babende, Nuaja-nuaja, nuatangila kuenu, nansha bakuamba nzala ! Tshianana ne nujimije too ne buenu bu muntu !

Lumbamba Kanyiki