Isabelle a seize ans. Elle est très belle, mince, portée sur des longues jambes interminables. C’est une bonne élève qui fait la joie de sa mère et le bonheur de son père. Isabelle, que les copains appellent Isa, a une soeur qui est juste son opposée: treize ans, rondelette, elle n’aime pas  beaucoup l’école. Elle est un peu jalouse de cette grande-soeur que ses parents lui présentent souvent comme modèle. Elle s’appelle Martha.

Un soir qu’elle rentre à la maison, Isa s’entend appeler “MR” par Martha.

– Bonsoir, MR.  Chloé a appelé cet après-midi, juste après que tu es partie. Elle veut que tu la rappelles sans tarder; c’est important, elle a dit”.

– Maintenant, je m’appelle MR? Et ca veut dire quoi, MR?

– Devine, tu trouveras peut-être! répond Martha.

Isabelle passe au salon, décroche rapidement le téléphone et forme le numéro de Chloé. Elle porte le téléphone sans fil à son oreille gauche, sort du salon et s’engoufre dans sa chambre. Trente minutes plus tard, elle rentre au salon pour remettre le téléphone en place. Ses parents sont devant la télé comme d’habitude.

– Papa, je peux te déranger un peu?  Martha m’a surnommée MR.  Je ne sais pas ce que ca veut dire et de toutes les facons, ca ne me plaît pas. Elle doit arrêter de m’appeler comme ca.”

– C’est la liberté d’expression”, lui répond son père sans détourner son regard de la télévision.

Un jour plus tard, Isa rentre vers dix-sept heures de l’école. En ouvrant la porte de sa chambre, elle tombe sur un dessin d’une mante religieuse placé sur son bureau. Le coin gauche porte deux lettres majuscules: “MR”.  Lisa est en colère. MR veut donc dire “Mante Religieuse!”  Sa soeur la compare donc à une mante religieuse à cause de ses longues jambes! Elle prend le dessin et la montre à ses parents. “Voilà le merveilleux dessin de votre fille!  Je suis maintenant MR, Mante Religieuse!

– C’est la liberté d’expression” répond de nouveau son père sans même jeter un coup d’oeil sur le dessin.

– Ah bon? rétorque Isa, décue.  Elle claque la porte du salon et en quelques enjambées,  atteint la porte de sa soeur qu’elle pousse violemment. Cette dernière, assise dans son lit avec des écouteurs dans ses oreilles, sursaute en voyant la mine de sa soeur qui fait irruption dans sa chambre. Celle-ci s’avance vers elle et lui assène deux fortes gifles sur les joues, la prend par la gorge et la jette contre le mur.

– Que ca soit la dernière fois que tu me traites de mante religieuse, compris?”

Martha sort en pleurant de sa chambre et va se plaindre  chez son père. Le père, qui a tout suivi à partir du salon, entre dans la chambre d’Isabelle.

– Isa, c’est de la barbarie, ce que tu viens de faire là.

– C’est la liberté d’expression, lui rétorque Isa sans détacher son regard du livre qu’elle a commencé à lire.

– Non!, crie le père

– Si! insiste calemement Isa “et ca sera toujours comme ca!”

Tshiamba ya Bende