Féticheur ghanéen

Beaucoup d'appelés, très peu d'élus. Les Allemands ont remporté pour la quatrième fois le trophée, ramenant ainsi dans leur gibecière  une quatrième étoile au pays de Merkel. Côté africain, la prestation de nos représentants n'a pas été mauvaise. Deux équipes s'étaient qualifiées pour les huitièmes de final: le Nigéria et l'Algérie. Ce qui fait quarante pourcent de réussites. Le Ghana et la côte d'Ivoire ont aussi fait une bonne prestation et laissé une bonne impression. Les Ghanéens peuvent bomber les torses pour avoir fait match nul contre les champions du monde 2014! Le Cameroun a été une catastrophe et par les résultats engrangés (tous les trois matchs perdus)  et par la sauvagerie. Nous osons espérer que dans quatre ans, la FIFA pourra nous accorder d'autres places supplémentaires. De ce tournoi mondial, nous nous sommes donné à un petit exercice d'analyse d'où nous avons tiré certaines leçons que voici:

Première leçon: Les prières et les fétiches n'ont pas d'effet en sport

D'abord la première observation est que la plupart de ceux qui multipliaient les signes de croix en se baisant les doigts comme les Espagnols, les Portugais et les Brésiliens ont fait piètres figures. Leurs prières et celles de leurs supporters ne les ont pas aidés à gagner les matchs. Dieu n'a pas été de leur côté, tout simplement. Il en est de même des Africains avec leurs féticheurs et les rituels ridicules dans les pourtours. Ils ont été vite écartés de la compétition. Devrons-nous dire que Dieu aime les Allemands plus que les autres, eux qui, d'ailleurs, ne faisaient rien d'ostentatoire pour attirer l'attention divine sur eux?

Deuxième leçon: les clés de la réussite sont le travail et la discipline

La victoire des Allemands nous révèle certaines valeurs que l'on doit respecter si on doit aller plus loin ou tout simplement si on veut réussir. Nous parlerons des valeurs "travail" et "discipline".

Les Allemands ont mis tout le sérieux dans la sélection des joueurs et dans leur préparation. Rien n'a été fait au hasard. Les joueurs ont été préparés physiquement,  techniquement et mentalement. Ce sont des jeunes gens endurants qui peuvent courir cent vingt minutes durant sans laisser apparaître un moindre signe de fatigue. Pendant le jeu, très disciplinés, ils se concentrent sur l'essentiel: maîtriser le terrain, garder la balle aussi longtemps qu'il le faut et marquer les buts, sans fantaisie ni trucs insignifiants pour amuser la galerie. Ce qui est encore palpable: l'esprit d'équipe et la discipline caractérisant cette équipe. Tout le monde les a vus gais, enthousiastes pendant les entraînements comme dans les moments de détente. On se croirait dans une vraie famille. La conjugaison de préparations physiques, techniques et mentales exigent tout un travail de conception, de planification et de réalisation. Ce qui implique un budget conséquent. Lorsque toutes les conditions sont réunies, il est normal que l'équipe donne les résultats escomptés.

Troisième leçon: Il faut savoir prévoir

Les Allemands ont un sens aigu de prévision. Sur le plan technique ou tactique, tout joueur est remplaçable. Celui qui chauffe le banc est aussi performant que celui qui est sur le terrain. Pour preuve, celui qui a donné la victoire à l'Allemagne est un réserviste. Ce qui se fait sur le plan technique l'est aussi dans la gestion financière de l'équipe. Les Allemands ne sont pas à comparer aux Camerounais dont l'équipe a dû aller en grève pour obtenir leurs primes pour finalement se distinguer par des actes d'indiscipline pour ne pas dire de la sauvagerie sur le terrain, un spectacle de mauvais goût qu'ils ont étalé à la face du monde. Ils ne sont pas à comparer non plus aux Ghanéens minés par des conflits internes et des problèmes des primes. Sur ce terrain, les Africains ont encore du chemin à parcourir.

Quatrième leçon: La situation politique a de l'impact sur la prestation des joueurs

La victoire allemande reflète aussi la position de ce pays en Europe et dans le monde. L'Allemagne et la France étaient, les deux leaders, la locomotive de l'Union Européenne. La France s'étant essoufflée, désormais Angela Merkel est seule à diriger la barque de l'Union Européenne. En effet, disciplinée, elle-même, elle a réussi à imposer cette discipline à son peuple. Elle a réussi à bâtir sur les réformes importantes engagées par l'ancien chancelier socialiste Gerhard Schröder dans la politique du marché d'emploi, dans la politique de la santé, dans la caisse de retraite,etc. Nous savons que, jusqu'aujourd'hui, les mêmes réformes ont difficile à passer chez les Français qui sont chaque jour dans la rue pour combattre toute tentative de réforme. Ils veulent manger les omelettes, mais ne veulent pas casser les oeufs.

Il est vrai que cette liste n'est pas exhaustive. Certaines lecons peuvent être encore tirées selon les perspectives dans lesquelles on se trouve. Pour revenir à nos vaillants Allemands, ils nous ont prouvé que la réussite se trouve dans le travail bien accompli et non dans la multiplication des prières, ni dans les invocations des mânes des ancêtres. Que tous ceux qui veulent réussir se mettent au travail. Ora et labora, disent les Latins.

Lumbamba Kanyiki