Me Claude Katende : « Malu-Malu sera tenu comptable de la mort de tout Congolais qui perdra la vie dans des contestations liées aux élections »

L’Association africaine de défense des  Droits de l’homme (Asadho) a averti mardi 17 juin 2014 l’Abbé Apollinaire  Malu-Malu, président de la Commission électorale nationale indépendante, qu’il « sera tenu comptable de la mort de tout Congolais qui perdra la vie dans le cadre des contestations liées aux élections ».

« L’Asadho attire encore votre attention sur le fait que si vous ne rendez pas le processus électoral transparent, participatif et inclusif, vous serez tenu comptable de la mort de tout Congolais qui perdra la vie dans le cadre de toute contestation liée aux élections que vous allez organiser », déclare son président Jean-Claude Katende dans une lettre ouverte adressée à l’Abbé Malu-Malu.

Intitulée « Plus de morts liés aux élections», cette lettre ouverte rappelle que « les Congolais morts à cause des élections mal organisées sont déjà très nombreux ».

« Nous n’en voulons pas d’autres pour les élections de 2013 à 2016 », prévient il l’Asadho qui dénonce « le climat d’intolérance et de témérité qui gangrène le processus électoral en cours ».

« Les contestations se poursuivent »

« Après votre désignation comme Président de la CENI, en juin 201 3 les contestations ont fusé de toutes parts, voire 4e vos propres pairs de la Conférence Episcopale Nationale du Congo », rappelle le président de l’Asadho.

Mais, « contre toute attente, vous avez rejeté lesdites contestations pour rester à la tête de la CENI, alors qu’en votre qualité de prêtre et pour des raisons d’éthique, vous auriez dû vous retirer, car n’ayant pas la confiance de toutes les parties prenantes au processus électoral », lui reproche Me Katende.

« Les contestations qui se poursuivent contre votre présence à la tète de la CENI ne sont pas de nature à créer et à renforcer la confiance dont vous avez besoin pour organiser des élections différentes de celles organisées par le pasteur Ngoy Mulunda en novembre 2011 », s’indigne-t-il.

« Ces contestations sont justifiées par le fait que votre calendrier électoral n’est pas le fruit d’un consensus entre les parties prenantes et il s’aligne sur certains propos tenus par le Président de la République, Monsieur Joseph Kabila lors de son discours fait devant l’Assemblée Nationale et le Senat réuni en Congres, en date du 23 octobre 2013 », explique Me Katende.

Il rappelle qu’« à cette occasion, le Président de la République avait dit notamment que +s’agissant des élections, je recommande à la CENI d’envisager, dès ce jour, la présentation au Parlement, dans le meilleur délai, du calendrier électoral et de poursuivre le cycle électoral en vue de procéder avec diligence, à l’organisation des élections locales, municipales, provinciales et sénatoriales ».

Lettre ouverte : « Plus de morts liées aux élections en RD Congo »

Monsieur le Président ;

L’Association Africaine de défense des  Droits de l’Homme, ASADHO en sigle, vous adresse la présente pour vous faire part de ses préoccupations au sujet du processus électoral de 2013 à 2016 dont la mise en œuvre est confiée à la Commission Electorale Nationale In dépendante (CENI).

Après votre désignation comme Président de la CENI, en juin 201 3 les contestations ont fusé de toutes parts, voire 4e vos propres pairs de la Conférence Episcopale Nationale du Congo.

Contre toute attente, vous avez rejeté lesdites contestations pour rester à la tête de la CENI, alors qu’en votre qualité de prêtre et pour des raisons d’éthique, vous auriez dû vous retirer, car n’ayant pas la confiance de toutes les parties prenantes au processus électoral.

Nous osons croire que vous restez au poste de président de la CENI non pas pour satisfaire vos ambitions personnelles, ni celles d’un homme politique quelconque ou d’un groupe politique, mais pour servir à l’organisation des élections transparentes, justes et apaisées, dont notre peuple a grandement besoin.

L’ASADHO relève que les contestations qui se poursuivent contre votre présence à la tète de la CENI ne sont pas de nature à créer et à renforcer la confiance dont vous avez besoin pour organiser des élections différentes de celles organisées par le pasteur NGOY MULUNDA en novembre 2011.

En plus, le calendrier électoral publié par la CENI le 26 mai 2014 ne fait qu’aggraver la crise de confiance entre la CENI, certains partis politiques, organisations de la Société Civile et la Communauté internationale.

Ces contestations sont justifiées par le fait que votre calendrier électoral n’est pas le fruit d’un consensus entre les parties prenantes et il s’aligne sur certains propos tenus par le Président de la République, Monsieur Joseph KABILA lors de son discours fait devant l’Assemblée Nationale et le Senat réuni en Congres, en date du 23 octobre 2013.

A cette occasion, le Président de la République avait dit notamment que « S’agissant des élections, je recommande à la CENI d’envisager, dès ce jour, la présentation au Parlement, dans le meilleur délai, du calendrier électoral et de poursuivre le cycle électoral en vue de procéder avec diligence, à l’organisation des élections locales, municipales, provinciales et sénatoriales.

J’invite par ailleurs les deux chambres de notre Parlement ainsi que le gouvernement à mener une réflexion prospective sur le mode de scrutin proportionnel. Il y a lieu également d’entrevoir les modalités pratiques d’organiser les élections provinciales au suffrage universel indirect, afin de minimiser le coût des opérations électorales ».

Cet alignement de la CENI sur les propos du Président de la République ne peut que permettre à une organisation comme ASADHO et autres forces politiques et sociales démocratiques de mettre en doute l’indépendance de votre institution.

L’Analyse de votre Calendrier électoral faite par les organisations de la société civile, lors de leur réunion tenue le 02 juin 2014 à Kinshasa, a révélé plusieurs points négatifs dont:

1. Le manque de consensus au sujet du calendrier électoral;
2. L’élection présidentielle n’est pas prise en compte dans le calendrier publié;
3. Le risque de dépassement du délai en ce qui concerne l’organisation de l’élection présidentielle;
4. Le risque de modifier la constitution en portant atteinte aux dispositions verrouillées, sans consentement de notre peuple.

Tous ces éléments auront pour conséquence la contestation du processus et par la suite des résultats des élections qui seront organisées dans ce climat de crise de confiance.

En 2011, le manque de transparence du fichier électoral et du processus, la non prise en compte des réclamations faites à ce sujet et la fraude généralisée cautionnée par la CENI ont conduit à la répression des manifestations pacifiques, â l’arrestation et la détention irrégulière mais aussi à la mort de plusieurs congolais.

L’entêtement du Pasteur NGOY MULUNDA et son refus de tenir compte des avis d’autres forces politiques et sociales ont conduit à la mort de plusieurs congolais tant à Kinshasa qu’en provinces.

Nous attirons votre attention sur le fait que le climat d’intolérance et de témérité qui avait caractérisé le processus conduit par le Pasteur NGOY MULUNDA est en train de s’installer petit à petit dans le processus que vous pilotez. Cela ne peut conduire qu’à l’organisation des élections non fiables et qui ne vont pas participer à la consolidation de notre jeune démocratie et de la cohésion nationale.

Concernant vous- mêmes, il n’est pas superflu de rappeler les circonstances cavalières dans lesquelles vous aviez, en 2006, alors Président de la CEI, procédé à la publication des résultats du premier tour de l’élection présidentielle et les affrontements armés qui s’en étaient suivis, à Kinshasa, avec le nombre de morts très importants.

Les Congolais morts à cause des élections mal organisées sont déjà très nombreux, nous n’en voulons pas d’autres pour les élections de 2013 à 2016. «Plus de morts liées aux élections » doit devenir un des objectifs que la CENI devra poursuivre, en dehors de ses missions légales.

Pour nous, la seule manière d’éviter des atteintes à la vie à cause des élections est de « conduire le processus électoral de manière transparente, participative et inclusive

». Pour y arriver, la CENI devra démontrer qu’elle est vraiment indépendante vis-à-vis de toutes les forces politiques et sociales en présence, y compris les forces politiques et sociales qui soutiennent le Président Joseph KABILA. C’est à ce prix que vous vous rendrez crédible et que le processus électoral que vous pilotez renforcera la paix et la stabilité de la RDCongo.

L’ASADHO attire encore votre attention sur le fait que si vous ne rendez pas le processus électoral transparent, participatif et inclusif, vous serez tenu comptable de la mort de tout Congolais qui perdra la vie dans le cadre de toute contestation liée aux élections que vous allez organiser.

Pour finir, nous vous disons que la confiance se mérite et il est temps de donner la preuve aux Congolais et aux partenaires de notre pays que vous êtes digne de confiance.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments de parfaite considération.

Me Jean Claude KATENDE
Président National