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Kasai Direct

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30 août 2026

sept perles dans le vomi

Les trois amis, arrivés presque au même moment, s’installèrent comme d’habitude, autour de la table placée au fond du local, loin des autres clients, eux aussi habitués du seul café du village des pêcheurs, niché au fond de la vallée qui débouchait sur la mer. Il y avait d’abord le père Daniel, un septuagénaire, dont la barbe sentait toujours le tabac. Il était connu dans tout le village pour sa rigueur dans l’application de la parole biblique. Il était envoyé dans ce coin perdu, une dizaine d’années auparavant, par son évêque avec qui il ne s’entendait pas du tout. Venait ensuite William, le policier que tout le village craignait à chacun de ses passages, car il ne connaissait pas d’amitié dans l’application de la loi ; et enfin, Léopold, l’instituteur du village, un jeune homme de 35 ans, adulé par les parents pour la formation stricte qu’il prodiguait à leurs enfants. Lui aussi avait atterri dans ce village comme par hasard, après des années de chômage en ville où il avait terminé ses études de pédagogie. Plusieurs causes avaient concouru au renforcement de leurs amitié : D’abord, tous les trois étaient étrangers au village. Ensuite, il faut aussi signaler qu’ils se considéraient comme les seules élites, des gens instruits qui ne devaient pas se mêler aux autres, pêcheurs et petits commerçants. Enfin, ils aimaient beaucoup discuter autour d’un verre de bière ou passer des heures comme ce jour-là à jouer aux cartes.

Le père Daniel prit le journal qu’il avait sous le bras et le lança sur la table, devant William : Qu’est-ce que vous fabriquez, vous autres de la justice ? Lis ce qu’il y a dedans, à la une !

Ce dernier, encore debout, se débarrassa de sa jaquette en cuir noir qu’il accrocha au dossier de sa chaise, prit le journal entre ses deux mains et lit à voix haute : un condamné récidive après neuf mois de libération : il tue trois enfants. Sans un mot de plus, il s’assit lentement et se plongea dans la lecture de l’article, ne faisant même pas attention à la serveuse juste à côté de lui qui déposait le plateau de boissons et le jeu de cartes sur la table.

Léopold prit les cartes entre ses doigts, les mélangea et attendit que le policier termine la lecture pour lancer le jeu. Lorsque William termina la lecture, il dit simplement au père Daniel :

- Ce sont des choses qui arrivent ; Il va encore retourner en prison pour beaucoup d’années cette fois-ci ». Mais le père ne l’entendit pas de cette oreille. Il répliqua :

- Est-ce qu’on peut attendre quelque chose de bon d’une pourriture ? D ‘une pourriture ne peut sortir qu’une pourriture ! Il fallait garder ce fou en prison ; il nous aurait épargné d’autres désagréments. Trois innocents arrachés de leurs familles, tu te rends compte !!! 

- Il y en a beaucoup de ce que tu appelles « pourriture » qui se repentissent ; la prison est aussi là pour rééduquer. N’est-ce pas Léopold ?

Ainsi, les trois amis s’engagèrent dans un débat ininterrompu. Léopold vint à la rescousse du policier. Il soutint que les gens commettaient des infractions par ignorance. S’ils recevaient une bonne éducation, ils n’arriveraient pas à commettre des crimes. En effet, selon lui, la connaissance libère. Le prêtre, quant à lui, était convaincu qu’un criminel ne pouvait se repentir que s’il était touché par la grâce divine ; de lui-même, il ne pouvait rien faire et l’État ne pouvait pas laisser ces fils de Satan circuler dans la rue, car, leur place étant naturellement en prison ou en enfer.

Pendant ce temps, la salle s’était remplie. Pierre, le patron du café, vint prêter main forte à ses serveurs dépassés par les appels des gens qui commandaient sans cesse. Voulant passer à côté de la table de nos trois amis, il fut interpellé par Léopold : Pierre, nous avons une discussion intéressante ici. Est-ce que d’une pourriture, on peut tirer quelque chose de bien ?, lui demanda-t-il.

Pierre était taciturne. D’ordinaire, il ne se mêlait pas aux discussions de ses clients ; il passait la plupart de son temps à observer la salle, à veiller à ce que les clients ne manquent de rien. Lorsqu’il allait comme ce soir-là, secourir ses serveurs, il avait toujours un petit mot gentil à chacun de ses clients habituels et tout s’arrêtait là. Ce qui veut dire qu’il était très surpris par la question de l’instituteur. Il inspira profondément et lui répondit :

- S’il est connu que de la pourriture ne peut sortir que de la pourriture, au moins dans ce village, une légende court selon laquelle de la pourriture est sortie, il y a plusieurs années, une beauté incommensurable, une merveille. Vous connaissez ce grand magasin « G… et fils » ? Continua-t-il, Il semble que la fortune de la famille est partie de sept perles découvertes par l’un des arrières grands-parents dans le vomi d’un gros poisson jeté par la mer sur la plage. Je vais vous la raconter...

«  La quiétude de ce matin-là dans le village fut brisée par des cris stridents qui venaient de la mer . Les curieux, vieillards, hommes, femmes et enfants abandonnèrent leurs activités et se ruèrent dans la direction d’où ils venaient pour en savoir plus.

Et voilà ! Un gros poisson s’était échoué sur la plage  pendant la nuit et gisait, épuisé, sur le flanc droit, à plusieurs mètres de la mer. Comme il avait des difficultés à respirer, le chef du village qui était descendu sur le lieu ordonna à la foule autour de l’animal de se retirer et demanda aux villageois d’aller puiser de l’eau pour l’asperger sur son corps afin de l’hydrater avant de le retourner à la mer, son milieu naturel. Mais ne sachant pas avec quel moyen il allait déplacer ce monstre de plusieurs tonnes, il se rendit ensuite en ville, en informer les autorités de la région.

Au bout de trois jours d’attente inespérée, la bête mourut. Mais avant de rendre l’âme, il vomit plusieurs kilos de matières nauséabondes que les villageois ne voulaient absolument pas voir, tellement elles sentaient mauvais. Ils se précipitèrent sur le cadavre, le dépecèrent et se partagèrent sa chair.

Plusieurs semaines passèrent et la vie reprit son cours normal sur la plage où presque tout le monde évitait de se hasarder du côté du vomi. Cependant un jour, un groupe d’enfants courait sur le sable chaud, un après-midi, après l’école, et voilà, ils arrivèrent au lieu où s’était échoué le gros poisson. Ils ne sentirent plus la puanteur du vomi, mais le tas était toujours là, couvert d’une couche sèche, craquelée a certains endroits. Pendant que les autres continuaient leur chemin, un des garçons s’approcha par curiosité et vit quelques graines laiteuses qui brillaient dans le tas comme les billes avec lesquelles ils jouaient. Ils s’accroupit et les ramassa ; elles étaient au nombre de sept. Très belles, blanc cassé, d’une rondeur parfaite. Rayonnant de joie, ils les exhiba à ses amis :

-  Voici ce que j’ai trouvé dans le vomi du gros poisson ! 

-  Ah des billes, garde-les, nous allons jouer avec plus tard ! » lui dit un garçon. Les autres, voulant aussi avoir les mêmes « billes » commencèrent à fouiller avec des bâtons dans le vomi sec, mais ils n’en trouvèrent point d’autres.

Lorsque le garçon rentra à la maison le soir, il montra ses billes à son père qui les examina et reconnut aussitôt les perles :

- Où est-ce que tu les as trouvées ? Demanda-t-il à son fils.
- Dans le vomi du gros poisson sur la plage.
- Dans le vomi ? C’est pas possible !

Ils ne comprenait pas comment un poisson peut vomir des perles sur la plage, mais toutefois, très tôt matin le lendemain, ils se rendit en ville où il vendit les perles à un riche orfèvre qui lui proposa un très bon prix. Avec l’argent des perles, il ouvrit un commerce dans le village qui prospérait d’année en année et la famille devint riche. Et ce magasin, c’est le G...et fils que vous voyez aujourd’hui ! Alors, tout le village apprit que du vomi peut sortir quelque chose de bien.!

À peine qu’il termina sa légende, un juron retentit de l’autre côté de la salle : « Merde! Jusqu’à quand dois-je encore attendre ma bière ? Je meurs de soif, moi ! C’était un vieux pêcheur mécontent d’avoir attendu longtemps sa commande. Pierre s’excusa auprès des trois amis et se faufila très vite entre les tables vers son comptoir.

Restés seuls, le silence régna entre les trois amis qui fut finalement brisé par le prêtre :

- Une légende reste une légende, dit-il.
- Dans une légende, il y a toujours un brin de vérité, répliqua le policier.

Léopold vida son verre d’un trait, comme épuisé par la discussion. Il s’adressa à son tour au père Daniel :

- Cette légende me rappelle une autre histoire que j’ai lue dans la bible, mais que tu sembles avoir oubliée . Te souviens-tu de l’histoire du miel trouvé dans le cadavre du lion tué par Salomon ? Est-ce que tu pourrais en manger ou pas ? Demanda Léopold au prêtre.

Celui-ci se mit aussitôt debout et, sans un regard pour ses deux amis, sortit du café, le visage tout rouge.


Lumbamba Kanyiki

 

 

 

 

 

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21 août 2025

Mais qu’est-ce qu’est l’amour ?

Lorsque j’étais petit séminariste au petit séminaire de Kabue -je ne me souviens plus à quelle occasion- je rendis visite, en compagnie de deux amis, à un vieux prêtre au Grand Séminaire de Malole. Il y était chargé de cours de théologie. Nous étions tous assis dans son petit salon, dans des fauteuils en rotin, en train de siroter du jus d’orange pressée. Notre conversation nous conduisit, je ne sais comment, à parler d’amour. Et le prêtre de nous demander : « Qu’est-ce que l’amour, selon vous ? »

Nous nous consultâmes du regard.
- Mais l’amour, c’est l’amour !, avança un copain, en riant
- Oui, l’amour, c’est l’amour. Tout le monde en parle, mais comment peut-on le définir ? réagit le prêtre.

Un autre ami prit la parole et lui dit : «  l’amour, c’est le sentiment qui attire les gens, les uns vers les autres. L’amour, c’est aimer.
- Mais aimer, c’est quoi ? Répliqua le vieux prêtre, un peu agacé.

Nous nous regardâmes de nouveau à tour de rôle, ne sachant exactement comment répondre à cette question aussi simple, mais posée de façon inattendue. Le prêtre nous observa à tour de rôle dans le silence qui planait sur nous. Après un bref instant, il prit la parole : je vais vous raconter un petit conte ; peut-être que, à travers lui, vous pourrez me dire exactement ce qu’est l’amour.

« Dans le cadre de relations d’amitié nouvellement créée, un président africain envoya pour la toute première fois une délégation en Chine, composée d’une vingtaine de ministres et de chefs d’entreprises. Ils devaient voir comment vivaient les Chinois et leur montrer des opportunités qui s’offraient à eux d’investir dans leur pays. Nous sommes là à l’époque de Mao Tse Tung.

Les Africains furent bien accueillis dans une des meilleures Villas du timonier chinois. À l’heure du dîner, ils furent conviés dans une salle bien spacieuse et richement décorée de tableaux et de vases posés sur des armoires tout aussi bien décorées que les murs de la villa. Ils y trouvèrent un grand plateau argenté installé en plein milieu avec une vingtaine de coussins tout autour, sur lesquels ils devaient s’asseoir et manger. Une montagne de riz occupait le centre du plateau, garnie de boules de viande couvertes d’une sauce brune. Devant chaque coussin se trouvaient bien posées deux baguettes fines d’environ un mètre cinquante de longueur ; les convives devaient s’en servir pour manger ! La vue du plateau, fumant et dégageant un arôme suave, aiguisait déjà leur appétit. Mais comment allaient-ils utiliser les baguettes aussi longues, eux qui sont habitués aux couteaux et fourchettes ? Après une courte consultation entre eux, ils firent appel au maître de la maison, qui les avait accueillis, et lui demandèrent des cuillères, fourchettes et couteaux afin de manger comme chez eux. « Nous vous recevons suivant notre tradition ; nous ne connaissons pas de couteaux et de fourchettes à table, mais plutôt des baguettes. Alors, bon appétit ! » leur répondit celui-ci. Puis, il se retourna sur ses talons et disparut. Restés seuls, les Africains se demandaient comment ils allaient faire pour résoudre cette énigme, et calmer la faim qui leur taraudait déjà les ventres. Leur première réaction, comme certains peuvent s’y attendre, fut de prendre les baguettes à deux mains afin de se nourrir. Mais ils n’y arrivèrent pas ; celles-ci étaient trop longues et peu pratiques. Ils restèrent là, à essayer toujours et toujours de retourner les baguettes vers leurs bouches, sans réussir à y mettre ni un morceau de viande ni une bouchée de riz. La déception était grande. Certains s’énervaient et critiquaient ouvertement cette manière inhabituelle de recevoir ses visiteurs, alors que tous les hommes de la terre utilisaient les couteaux et fourchettes à table. « Qui sont-ils, eux, pour nous faire perdre un temps si précieux, alors que nous avons un programme bien chargé ! » se dirent-ils. Ils se consultèrent de nouveau et décidèrent de recourir encore au maître de la maison. « Nous aussi, nous voulons respecter notre tradition. Pourriez-vous nous apporter un bassin d’eau afin de laver nos mains, car nous allons manger comme dans nos villages. » lui dirent-ils. Ils se butèrent de nouveau à un refus poli, mais catégorique du Chinois. « Nous sommes ici, en Chine et non chez vous, en Afrique ; c’est nous qui vous recevons, et nous le faisons suivant notre tradition ! ». Sur ce, comme la première fois, il se retourna avec un léger sourire aux lèvres et s’en alla.

Après plusieurs minutes de discussion et d’incertitude, un homme dans la délégation cria soudain : « J’ai trouvé ! Je vais vous expliquer ma démarche : puisque nous ne pouvons nous nourrir, nous-mêmes, je propose que chacun se serve de baguettes devant lui pour nourrir au moins son vis-à-vis ! ». Les autres le regardèrent, médusés. Mettant en pratique son idée, il s’assit et demanda à son vis-à-vis de faire de même. Il prit ensuite les deux baguettes, de deux mains d’abord, saisit un morceau de viande et le porta à la bouche de celui-ci qui le mangea. Après, il lui servit du riz porté sur les bouts de baguettes réunis. Il continua ainsi à lui donner à manger sous le regard ahuri des autres. Passé le moment de stupéfaction, un après l’autre, les membres de la délégation l’imitèrent et commencèrent à nourrir leurs vis-à-vis. Au début, c’était difficile, mais, au fur et à mesure qu’ils mangeaient, de deux mains, ils réussirent à manipuler les baguettes avec les doigts d’une seule main. Enfin, au bout d’une demi-heure, ils vidèrent tout le plateau, et tout le monde était rassasié. Lorsque le maître revint plus tard, il trouva les Africains en train de commenter joyeusement leur nouvelle expérience, malheureusement, il ne pouvait pas comprendre ce qu’ils se disaient dans leur langue maternelle. »

Le prêtre termina son histoire et nous demanda de nouveau :
- Qu’est-ce que cette histoire nous apprend sur l’amour ?

L’un de mes amis prit une gorgée de jus comme pour mieux digérer ce que le prêtre venait de nous raconter, et lui répondit : l’amour, c’est le partage.
- Et toi, dit-il en posant les yeux sur moi. Jusque-là, tu n’as rien dit.
- L’amour, c’est savoir faire passer les besoins de l’autre avant ses propres besoins, lui dis-je timidement.

Et le prêtre de conclure : « Tout ce que vous avez dit est bon. L’amour, c’est comme ces longues baguettes chinoises ; il faut savoir bien le pratiquer, en toute humilité. En effet, l’amour, c’est le sacrifice de soi. C’est donner sans attendre quelque chose en retour. Vous avez remarqué que les Africains ont commencé par vouloir se servir des baguettes aussi longues, en cherchant à les retourner, chacun vers sa bouche. C’était naturellement une tentative vouée à l’échec. Il en est de même de l’amour ; il n’est pas égoïste. Sachez que le vrai amour est désintéressé, inconditionnel et éternel. Je souhaite que vous le pratiquiez dans vos familles et autour de vous. Saisissez, donc, vos baguettes chinoises et servez votre prochain quel qu’il soit! Et vous en sortirez gagnants ! »

Si je ne me rappelle plus le nom de ce vieux prêtre, sa leçon, elle, j’essaie de l’appliquer tous les jours.


Lumbamba Kanyiki

28 mars 2025

Le printemps

Des pas feutrés, l’hiver fuit
La furie du roi soleil
Qui met fin à son règne barbare

Les rires moqueurs des oiseaux
Poursuivent le fuyard
Sur les plaines aux âmes grises

Les abeilles indifférentes
Butinent les jeunes fleurs
Qui viennent à peine d’éclore

Saluons le printemps !


Lumbamba Kanyiki

8 mars 2025

 vaillante guerrière

Tu es une lionne qui ne laisse jamais échapper sa proie
Vaillante guerrière, seule au front contre tous,
Ceinte de la ceinture de la vérité
Et de l’armure de la justice,
Tes mots sont des balles qui sifflent à leurs oreilles
Et les mettent en déroute.

Va toujours de l’avant, Soldate du peuple
Tu es notre muzalendo !

Lumbamba Kanyiki

9 février 2025

prendre sa liberté

Il y a des moments où même les esclaves privés de la parole se décident à réagir, quitte à se faire tuer ou lyncher.

Meta n’était pas heureuse dans son foyer. Grande et belle comme son homonyme, la légendaire Meta Sankulu, elle était le prototype des femmes que les Kasaiens voulaient épouser à l'époque : poitrine ferme, jambes galbées et fortes ; une femme capable de prendre son homme sur le dos et le transporter vite à l’hôpital en cas de maladie de ce dernier. C’est comme cela que nos anciens se disaient. Il faut aussi dire que les critères de beauté dans le temps n’étaient pas comme ceux d’aujourd’hui. Les taille de guêpes, minces, jambes effilées, interminables sur des petits pieds que l’on raffolent aujourd’hui n’avaient aucune chance devant les mastodontes qui se déplaçaient en faisant trembler la terre. En revanche, son mari, Kalombo, était un bout d’homme, chétif, mais avec une grande bouche. Il se raconte que les hommes petits de taille veulent toujours s'imposer dans la société, ce qui est à vérifier. Revenons à Kalombo! Il voulait toujours montrer à tout le monde que c’était lui, le mari de la grande dame dont la tête se balançait au-dessus de l’herbe haute qui longeait le sentier lorsqu’ils revenaient de champs, à la queue leu-leu.

- Meta, arrête-toi ! Et il prenait son fusil en bandoulière et le mettait dans le panier que portait son épouse sur la tête. Après quelques centaines de mètres, il la rappelait: « Meta, arrête-toi ! » et il enlevait sa veste trouée et son chapeau et les ajoutait sur la charge déjà dans le panier. Et il continuait son chemin, bras ballants. Lorsqu’ils arrivaient au village, pour tout et pour rien, il rabrouait sa femme, même en présence de leurs amis.

Plusieurs fois, Meta expliqua la situation à sa famille comme à celle de son conjoint, mais comme les conditions des femmes étaient partout les mêmes à l’époque, dans une société où les filles n’avaient aucun mot à dire, ses doléances, comme les graines de mais tombées sur une terre non fertile, restaient comme une lettre postée à une mauvaise adresse. Pendant ce temps, sa souffrance augmentait continuellement.

Un jour, n’en pouvant plus, Meta enferma son bout d’homme de mari dans leur chambre à coucher, se jeta sur lui et le rossa copieusement. Comme elle s’était placée du côté de la porte, le malheureux n’avait aucune chance de lui échapper. Kalombo fit un grand effort pour ne pas demander du secours, ce qui aurait pu lui attirer l’hilarité générale. Il choisit de se rouler au fond du lit, lorsque son épouse le jeta à terre. Ne pouvant pas l’y suivre, Meta lui cria :

- Si tu es vraiment un homme, sors de là ; tu vas voir ce que je vais faire de toi aujourd’hui !

Du fond de son lit, Kalombo répliqua : 

-  Qui commande ici ? C’est toi ou c’est moi ? Je ne sors pas, impoli !

Meta s’assit sur le lit, croisa les jambes, attendant que son mari sorte de sa retraite. Elle savait qu’elle venait de briser l’une des règles fondamentales de leur coutume : « La femme ne portera jamais sa main sur son mari ! » Elle savait aussi que le divorce était consommé avec ce qu’elle venait de faire. Alors, il fallait avant de quitter ce foyer de malheur, infliger à cet homme une leçon dont tout le monde se souviendrait.

Moralité : Tôt ou tard, la raison prendra le dessus sur la barbarie, la justice sur l'impunité et la liberté sur l'oppression.

Lumbamba Kanyiki

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31 octobre 2024

La belle gazelle


La belle gazelle juchée sur ses pattes fuselées

a fait sa petite beauté toute la journée

La voilà ce soir sur son chemin là haut

qui mène sûrement au bal d'Halloween.

 

La belle gazelle juchée sur ses pattes fuselées

balance sa croupe au vent automnal

cette soirée au bal Halloween,

C’est elle qui sera la plus belle.


Lumbamba Kanyiki

 

27 octobre 2024

Les oiseaux pleureurs

Perchés sur des branches aux feuillage luxuriant

Cherchant la face de Dieu ,

Les oiseaux pleureurs se lamentent

Dès le lever du jour,

 

Affamés, assoiffés, affaiblis,

Ils traversent des vallées verdoyantes

Survolant des ruisseaux,

Qui serpentent des savanes,

Faces tournées au ciel,

Cherchant la face de l’Éternel


Ils multiplient des prières ;

Ils multiplient des cantiques

À un Dieu qui reste sourd 


Ô vous, hommes, frères

En chacun Dieu a caché sa mine ;

Il suffit d’y retourner pour trouver son bonheur !

 

Lumbamba Kanyiki

 

 

 

 

25 octobre 2024

C’est un homme ou une femme ?

Les résidents venaient de terminer le souper  et prenaient une tasse de café autour de la table placée dans un coin de la cuisine. Ils étaient cinq au total, trois femmes et deux hommes, logés dans la résidence nouvellement construite pour personnes âgées au sud de Cologne. Les conversations allaient bon train : madame Lorena Pizzani, l’Italienne, assise sur sa chaise roulante, causait avec madame Roberts qui était à côté de son mari. Madame Günther, en face d’eux, soliloquait sur les singes d’Afrique dont les Européens seraient les descendants par métamorphoses successives. C’était la même histoire qu’elle débitait à chaque fois qu’elle voyait madame Ngalu, l’assistante noire qui leur servait la nourriture le soir. Elle était atteinte de démence sénile. Madame Ngalu relativisait ses propos ; elle-même connaissait la théorie de l’évolutionnisme de Darwin, apprise aux humanités en Afrique et n’y croyait guère. Et à chaque fois, elle ironisait en lui répondant que les singes avaient fui le roi Léopold II en Afrique pour se cacher en Europe où ils sont devenus des Blancs, ce qui faisait rire les autres pensionnaires.

À un moment donné, le silence s’est installé dans la cuisine. On pouvait même entendre une mouche voler au loin. Alors, monsieur Berenger, qui n’avait jusqu’alors rien dit, en a profité pour poser à madame Ngalu une question qui a provoqué l’hilarité générale : « C’est un homme ou une femme ? », en montrant du doigt madame Günther. Celle-ci, exaspérée, s’est interrompue, ouvrant grandement les yeux et les bras, comme surprise par la question. « Ai-je l’air d’un homme, moi, madame Ngalu ? Suis-je un homme ? » et elle s’est mise à pleurer en portant les deux mains à sa bouche.

- Tout le monde sait voir que vous êtes une femme, une belle femme d’ailleurs » lui a répondu madame Ngalu, et de continuer : arrêtez de pleurer comme ça !

Madame Günther était grande de taille avec une masse imposante malgré son âge avancé. Ses cheveux blancs clairsemés commençaient au milieu de la tête, laissant un front très large et allongé. Elle n’était pas belle, mais tout son être dégageait un certain charme. Au début, les résidents ne toléraient pas sa présence parmi eux, puisqu’ elle n’arrêtait pas de parler de tout et de rien sans aucune retenue. C’était madame Ngalu qui l’a imposée aux autres : « Nous devons nous accepter avec nos différences ; madame Günther n’a pas demandé d’être comme elle est, et personne ne demande au bon Dieu son caractère en venant au monde. »

Monsieur Berenger, lui, était à son troisième jour dans la résidence. Son épouse et sa fille lui avaient trouvé une chambre dans l’établissement où il pouvait être bien suivi, car il souffrait d’Alzheimer. Tassé par l'âge et la maladie, il parlait très peu et passait la plupart de son temps à observer tout autour de lui en souriant.

Monsieur Roberts, peu bavard, a regardé, tour à tour, madame Günther en pleurs et monsieur Berenger, qui est resté muet comme une carpe, la main droite sur la joue, comme s’il n’avait rien fait. Il s’est mis debout, a pris la main de sa femme et l’a entraînée dans le couloir qui menait à leur chambre. C’était un monsieur de 85 ans, un ancien mécanicien, qui avait monté un garage, dans la même ville que la résidence qui les accueillait, lui et sa femme. Leur fils qui avait repris le garage venait chaque soir leur rendre visite. Madame Lorena Pizzani s’est engagée derrière eux, en se poussant dans sa chaise roulante. Tous logeaient dans le même couloir.

Restée avec madame Günther en train de pleurer et monsieur Berenger en face d’elle, madame Ngalu a repris son travail. Elle a jeté les restes de nourriture dans la poubelle et classé les assiettes dans le lave-vaisselle. Puis, elle a essuyé la table et nettoyé la cuisine. Enfin, elle était en train de faire un rapport sur les activités de la journée à l’intention du groupe qui allait prendre le service le lendemain matin, lorsqu’elle a entendu madame Günther s’adresser à son vis-à-vis :

- Pour vous, je suis un homme, n’est-ce pas ?

Et comme monsieur Berenger ne répondait pas, elle a repris la question, en détachant chaque mot, d’un air menaçant. Tassé dans sa chaise comme un sac de pomme de terre, monsieur Berenger a commencé à trembler de la tête aux pieds. Remarquant les mains en train de trembler au bord de la table, madame Günther lui a demandé : vous voulez m’acclamer ou quoi ? Je n’ai rien dit de fantastique ! Alors, monsieur Berenger a joint ses mains pour les calmer. Remarquant de nouveau cela, madame Günther lui a redemandé s’il voulait prier. « vous pouvez prier, si vous voulez, mais moi, je ne suis pas la vierge Marie, vous savez ! », l’a-t-elle averti. Le pauvre monsieur Berenger ne savait plus quelle position prendre. Finalement, se cramponnant fermement sur les accoudoirs de sa chaise, il s’est mis debout, a pris sa trottinette et est sorti de la cuisine, sous le regard dédaigneux de madame Günther qui s’est remise à pleurer.

- Arrêtez de pleurer, madame Günther. Monsieur Berenger est parti, lui a dit madame Ngalu au bout d’un moment.

- Et si j’arrête de pleurer, je vais faire quoi d'autre? A-t-elle demandé.

- Vous m’attendez là où vous êtes ; je vais vous accompagner dans votre chambre. Un collègue passera pour vous préparer à dormir.

En effet, à cause de sa maladie, madame Günther ne pouvait retrouver, seule, sa chambre. Plusieurs fois, elle s’égarait dans les chambres des autres pensionnaires qui n’aimaient pas du tout la voir entrer chez eux sans y être invitée.

- Et ma chambre est où, a-t-elle demandé.

- Vous la verrez tout à l'heure.

Après avoir terminé son rapport, madame Ngalu a approché la trottinette de madame Günther et lui a demandé de la suivre. Elles ont dépassé la chambre de monsieur Berenger, dont la porte était ouverte, et laissait jaillir un faisceau de lumière dans le couloir peu éclairé. Celui-ci, assis sur son lit, les a ainsi vus passer. Après avoir laissé madame Günther dans sa chambre et refermé la porte après elle, madame Ngalu rentrait rapidement à la cuisine pour vider le lave-vaisselle qui, pensait-elle, se serait déjà arrêté. Mais au moment où elle est arrivée juste devant la porte de monsieur Berenger, ce dernier, qui, visiblement, attendait son retour, l’a interpellée.

- Tout va bien, monsieur Berenger ? lui a-t-elle demandé.

- Madame Ngalu, j’ai une petite question à vous poser : dites-moi la vérité, s’il vous plaît ! C’est un homme ou une femme ?

- Mais qu’est-ce que vous avez contre madame Günther ? Ne voyez-vous pas que c’est une femme ?

- J’ai peur ; je pense qu’il va venir m’agresser ici.

- Pas « Il », madame Günther est une femme ! Si vous avez peur d’elle, alors, fermez la porte de votre chambre et dormez, monsieur Berenger !

Il a refusé carrément de fermer sa porte prétextant que, si madame Günther arrivait à s’introduire dans sa chambre, il pourrait facilement lui échapper. Étonnée et ne comprenant rien à sa logique, elle lui a simplement dit « Oui, oui, vous avez raison », pour couper court à la conversation. En sortant de sa chambre, elle a entendu un cri, déchirant le silence du soir, venant de la chambre de madame Günther : ai-je vraiment l’air d’un homme ? Répondez, s’il vous plaît ?


Lumbamba Kanyiki

 

 

 

 

1 octobre 2024

Le mendiant de Dieu (contre les églises de réveil)

L’obscurité te couvre en plein jour ;
Tes yeux ne voient les merveilles autour de toi
La haine, la jalousie et le mensonge obscurcissent tes pensées
Ils t’empêchent de voir les talents
Que Dieu a mis en toi.

Matin, midi, soir et même la nuit,
Tu cries à l’Éternel: "Nzambe, kita, sala!"
Mais ton cœur, rempli de malice
Est une décharge immonde.

Fais halte, retourne en toi;
Tu y trouveras la mine d’or qui est tienne.
Il te suffit d’y creuser pour être heureux.

Alors, tu arrêteras d’importuner Dieu
avec tes prières inutiles.


Lumbamba Kanyiki

 

27 août 2024

Création du prix "Ngal'a Ndenga pour honorer les femmes fortes de l'espace Kasai

En marge de la journée du souvenir de l'épuration éthnique des Balubas au Katanga,  organisée le 15 août de chaque année en Belgique, l'association femme d'action et bien-être santé Kasai a célébré Ngal'a Ndenga, cette héroine qui s'était distinguée par sa bravoure dans les conflits de 1960 au Kasai Occidental. Pour honorer Ngal'a Ndenga, le prix qui porte désormais son nom a été créé et remis aux femmes de l'espace grand Kasai qui se sont données, corps et âme, pour le bien-être des Kasaiennes et Kasaiens résidant en Belgique.

Dans la foulée, l'assistance a salué la présence à cet événement de la maire de Kananga, madame Rose Muadi Musube, en vacances en Belgique.

Voici quelques images de cet événement:
 

Lumbamba Kanyiki

 

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Enigme du kasai 30

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Présentation du livre Les contes du Congo

 

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