30 avril 2015

Tshisekedi a refusé de rencontrer Mubake à Bruxelles

valentin mubake

Conseiller politique du président de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), Valentin Mubake Numbi, 62 ans, vient de passer une semaine à Bruxelles. But : rencontrer Etienne Tshisekedi wa Mulumba. La rencontre n’a pas eu lieu. Mubake dit haut et fort sa « désolation ». Outre la situation interne au sein de l’UDPS, il répond à quelques questions de Congo Indépendant sur l’actualité congolaise. Pour Mubake, « le décor est planté pour qu’il y ait ‘glissement’ du calendrier électoral ».

Quel est le but de votre séjour à Bruxelles ?

Je suis à Bruxelles depuis une semaine. Le but est de rencontrer le président de mon parti, M. Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Comme vous le savez peut-être, l’UDPS fait face à des problèmes internes. J’entendais évoquer avec lui non seulement ces questions mais aussi les enjeux électoraux à venir. C’était l’occasion de lui proposer des pistes de réflexions et obtenir des orientations éventuelles. Je tiens à préciser pour ceux qui ne le savent pas que je n’ai pas de fonctions statutaires au sein du parti. En tant que conseiller politique, je dépends directement de mon chef hiérarchique qui est le président national de l’UDPS.

Avez-vous rencontré Etienne Tshisekedi ?

Je n’ai pas rencontré le président Tshisekedi ! A partir de Kinshasa, j’ai tenté de renouer le contact avec lui. En vain. C’est ainsi que j’ai décidé de me rendre en Belgique. Lorsque je suis arrivé à Bruxelles, j’ai mis trois jours pour savoir à quelle porte frapper. Après trois jours, j’ai pu obtenir les coordonnées téléphoniques de son épouse, Mama Marthe. Je lui ai fait part de ma demande. Trois jours après, soit le vendredi 25 avril, j’aurai au téléphone Maître {Papis} Tshimpangila. Celui-ci me dira qu’il a un message pour moi de la part du président Tshisekedi. Il me fixera rendez-vous à l’hôtel Sofitel.

Quelle était la teneur de ce message ?

Il m’a délivré le message ci-après : « M. Tshisekedi est offusqué par le fait que vous avez méconnu son autorité à travers trois décisions. A savoir, celles démettant M. Pierre-Adolphe Mbuyi et Claude Kiringa en qualité respectivement de représentant de l’UDPS au Benelux et au Canada et renommant M. Bruno Mavungu en qualité de secrétaire général du parti. Avant de vous recevoir, M. Tshisekedi vous demande de réparer cette offusquation ».

En faisant quoi ?

C’est la question que j’ai posée au messager : «En quoi consisterait la réparation ? ». M. Tshimpangila me dira : « Il ne m’a pas dit en quoi consiste cette réparation ».

A votre avis ?

J’ai dit à mon interlocuteur deux choses. Premièrement : « c’est la première fois que je vois M. Tshisekedi transmettre à un de ses collaborateurs, via un messager, une « demande de réparation » à son endroit. Ce n’est pas le Tshisekedi que je connais ». En second lieu, j’ai demandé au messager de transmettre à M. Tshisekedi l’objet de ma visite. « S’il y avait des problèmes notamment de décisions méconnues, nous aurons l’occasion d’en parler », avais-je ajouté tout en soulignant que ce n’était pas le but de ma venue à Bruxelles.

Avez-vous méconnu des décisions prises par le président de l’UDPS ?

Je suis le conseiller politique de M. Tshisekedi. Celui-ci, signe, en toute souveraineté, des décisions. A-t-il franchement besoin de ma « réparation » pour conférer la légitimité à sa signature ? M. Tshisekedi ne peut pas me demander, à travers un messager, de « réparer », au préalable, « quelque chose » qui l’aurait offusqué. Connaissant M. Tshisekedi depuis 1991 jusqu’à ce jour, j’ai la conviction qu’il y a des « gens » qui ont posé des actes en ses lieu et place. Ces gens cherchent une « blanchisserie ». Une couverture.

Quel est votre sentiment en votre qualité de « vieux cadre » de l’UDPS?

C’est une grande désolation. Non pas pour moi dans la mesure où mon voyage ne procède pas d’une initiative personnelle. Mais bien pour tous les militants aux quatre coins du pays. Des militants qui attendent mon retour pour savoir si j’avais rencontré le président Tshisekedi. Je ne vous dis pas les supputations que cette rencontre manquée pourrait générer au niveau de la base de notre parti. Je me garde de me lancer dans des spéculations. Je ne peux m’empêcher de faire remarquer que notre parti est arrivé à un point où deux choses doivent être clarifiées. Il y a, d’une part, la famille biologique du président Tshisekedi. Celle-ci a le droit de s’occuper de sa santé. Il y a, d’autre part, la famille politique de M. Tshisekedi devant laquelle celui-ci est comptable pas seulement devant les membres et cadres du parti mais aussi à l’égard de toute la nation congolaise. Une nation qui a placé tout son espoir en cet homme-là. Le moment est venu de mettre fin au « mélange » entre les « ayant-droits biologiques » et les « ayant-droits politiques ». Je me trouve en Belgique au nom des ayant-droits politiques. J’ai des comptes à rendre à ceux-ci par rapport à ce voyage.

Qui, selon vous, doit mettre fin à cette confusion ?

Chacun de nous doit rester à sa place. Quelle est ma place ? Je suis le conseiller politique du président Tshisekedi. J’ai, par conséquent, le droit de m’entretenir avec lui dans le cadre de mes fonctions. Si je ne peux pas le faire, ce qu’il y a un problème. S’il s’avérait que je ne peux pas le rencontrer pour une raison ou une autre, la famille devrait comprendre qu’elle a, sur le plan politique, l’obligation de mettre cartes sur table en disant les raisons politiques pour lesquelles je ne peux pas rencontrer le Président du parti. C’est à ce niveau-là que nous sommes arrivés. C’est pourquoi, je dis que la situation me semble grave ! Si cet aspect de choses n’est pas clarifié, nous allons ouvrir la porte aux spéculations. Et les spéculations entrainent toujours des dérapages aux conséquences imprévisibles…

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que l’UDPS est tiraillée entre plusieurs courants antagonistes ?

C’est possible qu’il y ait des courants politiques antagonistes. S’il n’y avait que des courants politiques, je ne vois rien à redire. Les divergences doivent faire l’objet de débat. C’est d’ailleurs pour cela que les partis organisent des congrès ou des universités d’été. Ce sont des lieux propices à la discussion.

Etes-vous en train de sous-entendre qu’il manque à l’UDPS un « fédérateur »?

Vous allez trop loin ! Il y a un Président du parti. Selon nos statuts, c’est lui qui engage notre formation politique. A titre d’exemple, nous aurons bientôt des élections. Avant que le président Tshisekedi ne vienne en Belgique, nous parlions souvent de l’impérium. Il tient à son impérium et il a raison. Et ce tout simplement parce qu’il a gagné les élections en 2011. Cette victoire est inaliénable.

Quatre années après, cette question de l’impérium ne devient-elle pas anachronique ?

Elle ne peut pas être anachronique parce que c’est un droit. S’il parvenait à arracher son impérium, c’est son droit. Or au même moment, on parle de dialogue et de feuille de route.

Bruno Mavungu Puati et Félix Tshisekedi Tshilombo {Ndlr : respectivement secrétaire général et secrétaire national aux relations extérieures de l’UDPS}, demandent le dialogue. Apparemment, vous n’êtes pas pour…

Je voudrais savoir en quoi va consister ce dialogue. D’après ce que j’avais entendu, au départ, le dialogue avait pour but de fixer le momentum de la passation de pouvoir entre Kabila et Tshisekedi. On imagine donc que les deux hommes vont se retrouver autour d’une table en présence de la communauté internationale. Aussitôt, Kabila invoque la « fatigue » et demande à Tshisekedi de prendre sa place. Il ne faut pas être naïf !

N’est-ce pas une contradiction de votre part par rapport à l’impérium ?

Absolument pas ! Je n’ai jamais dit que l’impérium s’obtiendra autour d’une table de négociation. M. Tshisekedi tient à son impérium. Il a le droit de l’arracher…

Comment ?

Il vous souviendra qu’à l’occasion de son adresse à la nation congolaise en 2012, M. Tshisekedi s’est adressé à l’armée, la police ainsi qu’aux services de sécurité. Il leur a demandé de lui faire allégeance. Une allégeance sans laquelle il ne peut pas avoir cet impérium. Au début, ce dialogue devait être convoqué par la communauté internationale dans le cadre de l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Le dialogue dont on nous parle aujourd’hui aurait pour but de convenir des conditions pour des « élections apaisées ». Ce dialogue devrait-il constituer un préalable ? Voilà autant des questions que je devais évoquer avec le président Tshisekedi.

Il y a apparemment des divergences fondamentales au sein de l’UDPS…

Bien-sûr ! Je suis convaincu que le dialogue, tel qu’entendu au départ, devait aboutir à une « passation de pouvoir » entre Kabila et Tshisekedi, Celui-ci n’y a jamais cru. Kabila avait dépêché le chef de sa maison civile, M. Mugalu, à Limete, dans ce sens-là. Tshisekedi lui avait donné la réponse que je connais. Comment voulez-vous que le même Tshisekedi envoie aujourd’hui certains de ses collaborateurs pour finaliser un dialogue dans le même sens ? Ce n’est pas le Tshisekedi que je connais.

A vous entendre parler, on est tenté de conclure qu’Etienne Tshisekedi serait devenu « l’otage » d’un groupe de gens…

Je ne voudrais pas me lancer dans des supputations. Reste que l’objet de mon séjour bruxellois c’était aussi cela. Etant donné que je n’ai pas rencontré le Président du parti, comment pourrais-je interdire à des membres de l’UDPS ou à des journalistes, comme vous, d’arriver à penser ainsi ? Je ne suis pas tenu de donner une explication précise pour la simple raison que je ne l’ai pas rencontré. C’est fort dommage !

La tonalité de votre voix trahit une certaine déception …

Bien entendu ! Tshisekedi, c’est mon chef. Je milite à ses côtés, sans discontinuité, depuis 1991. Je connais M. Tshisekedi. C’est un homme très valeureux pour un pays comme le Congo. C’est un immense investissement pour ce pays-là. Il est tout à fait normal que j’éprouve quelques sentiments de tristesse.

Nous sommes aujourd’hui dimanche 26 avril 2015. Peut-on dire que M. Valentin Mubake Numbi est toujours le conseiller politique du président Etienne Tshisekedi ?

Je me considère comme tel jusqu’à preuve du contraire !

(Suite à la prochaine édition)

Posté par lumbamba à 11:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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