26 mai 2015

RDC:changement de cap risqué àl’UDPS

 

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Félix Tshiseki est chargé des relations extérieures du parti, un poste clé, qui lui permet de s’imposer aux commandes de l’UDPS © Ch. Rigaud – 2011 – Afrikarabia

Sclérosé, en perte de vitesse et isolé dans l’opposition, l’UDPS change de stratégie. Après avoir refusé de reconnaître la réélection contestée de Joseph Kabila, en novembre 2011, refusé d’envoyer ses députés à l’Assemblée nationale, refusé de participer aux Concertations nationales… le parti d’Etienne Tshisekedi vient, contre tout attente, d’accepter le dialogue national proposé par le président congolais. Un changement de cap, qui intervient alors que le président historique de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, malade et absent depuis 2014, laisse peu à peu les rênes du parti à son fils, Félix, responsable des relations extérieures de l’UDPS.

Confusion et contre-temps

Adepte de l’isolement politique, l’UDPS risquait de se laisser, petit à petit, marginaliser par les deux autres grands partis d’opposition : l’UNC de Vital Kamerhe et le MLC du sénateur Jean-Pierre Bemba. Jusqu’à aujourd’hui, UNC et MLC marchent main dans la main dans la contestation anti-Kabila. A la pointe de la fronde contre la modification de la Constitution et organisateurs des manifestations de janvier de 2015, UNC et MLC ont réussi à fédérer d’autres partis d’opposition, dont certains, déçus de l’UDPS de Tshisekedi. Lors de la violente contestation de janvier 2015, contre la modification de la loi électorale, l’UDPS de Tshisekedi avait en effet pris le train en marche, au deuxième jour des manifestations, dans l’incompréhension généralisée de ses militants. Souvent à contre-temps, les errements de l’UDPS tiennent avant tout dans la longue maladie du « sphinx de Limete », 83 ans, dont le discours et les déclarations deviennent de plus en plus confus et inaudibles.

Félix aux commandes

La principale erreur d’Etienne Tshisekedi, ces dernières années, réside dans le refus de préparer dans la sérénité sa succession. L’opposant historique s’est accroché à l’idée qu’il avait gagné les élections présidentielles de 2011. Si le scrutin a en effet été entaché de nombreuses irrégularités et de fraudes massives, il est toutefois difficile d’affirmer qu’Etienne Tshisekedi a bien remporté l’élection. Avec le temps, la revendication de « l’imperium » par le camp Tshisekedi devenait de plus en plus stérile, frisant ridicule. Pendant ce temps, le fils, Félix, assisté de « maman Marthe » Tshisekedi, prenait peu à peu les commandes du parti, suscitant la colère des barons de l’UDPS, dont certains  se voyaient bien en prendre les rênes.

Feuille de route

L’absence du père et la montée en puissance du fils au sein de l’UDPS expliquent en partie, le « oui » au dialogue du président Kabila. Pour se justifier, l’UDPS renvoie à sa feuille de route, transmise au pouvoir, pour sortir de la crise politique congolaise. Le document, signé Etienne Tshisekedi, explique que la recherche du consensus n’est pas une approche nouvelle en République démocratique du Congo (RDC) : il y a eu Lusaka, Sun City, le 1+4… autant de tentatives de partage du pouvoir, qui se sont soldées par un échec. Selon l’UDPS, « le contentieux électoral de 2011 se trouve être la cause essentielle de la crise politique actuelle » stipule la feuille de route, qui propose « un dialogue de 10 jours » entre majorité et opposition. Le parti suggère  donc de « régler le contentieux électoral de 2011 » (en réclamant toujours l’imperium ?), de définir un calendrier électoral consensuel en reportant notamment les autres scrutins après la présidentielle et les législatives de novembre 2016. L’UDPS réclame enfin une restructuration de la CENI, avec une présidence collégiale, un audit externe et une révision du fichier électoral, ainsi que le renforcement du mandat de la Monusco pour sécuriser le processus électoral.

Légitimité politique

Dans le cadre d’un futur dialogue avec le pouvoir, que peut espérer l’UDPS ?  Certainement pas l’imperium, à moins de deux ans de la fin du mandat de Joseph Kabila. Seul le calendrier électoral peut encore bouger. Les autres partis d’opposition, UNC et MLC, qui refusent le dialogue, craignent justement que le glissement du calendrier électoral ne permette au président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de 2016, en dehors du cadre constitutionnel. Alors que peut bien chercher l’UDPS dans un dialogue avec le pouvoir ? Tout d’abord se démarquer par rapport aux autres partis d’opposition. UNC et MLC se sont fait les chantres de l’opposition frontale avec la majorité présidentielle. Le seul moyen de revenir dans le jeu politique et de reprendre la main pour l’UDPS est de se différencier de la position de Kamerhe et Bemba. Félix Tshisekedi tente donc une sorte de « troisième voie » : ni pouvoir, ni front du refus, mais opposition « constructive ». Pour le moment, Félix a réussi à convaincre deux autre mouvements d’opposition de le rejoindre : le groupe UDPS & Alliés, la SCODE du tout nouvel opposant Jean-Claude Muyambo et bien sûr l’opposition républicaine de Léon Kengo, qui tente toujours de faire son entrée dans l’exécutif congolais.  Deuxième objectif recherché par Félix Tshisekedi : une légitimité politique. Le fils d’Etienne s’est toujours tenu à l’écart des institutions congolaises : ni élu, ni vraiment chef de parti… Félix n’a pour l’instant qu’une légitimité « biologique ». En s’inscrivant dans un dialogue avec le pouvoir, il veut devenir l’interlocuteur privilégié du pouvoir… et peut-être plus. Certains donnent même Félix comme un possible (mais peu probable) Premier ministre d’ouverture du président Joseph Kabila.

Faire exploser l’UDPS

Le pari du dialogue de Félix Tshisekedi apparaît risqué. Cette nouvelle stratégie semble peu lisible pour Gaspard-Hubert Lonsi Koko, essayiste, responsable du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) et ancien membre de l’UDPS. « Si c’est pour cautionner le glissement du calendrier, et prolonger le mandat de Joseph Kabila c’est une perte de temps », souligne ce fin spécialiste de la vie politique congolaise. « Félix Tshisekedi ferait fausse route en acceptant la Primature, il ne ferait plus partie de l’opposition. Il se trompe également en voulant négocier l’imperium en fin mandature ». Pour Gaspard-Hubert Lonsi Koko « on peut reculer le calendrier électoral, sans permettre à Joseph Kabila de s’accrocher au pouvoir. Il suffirait  de faire voter une loi d’exception afin de permettre au président du Sénat ou de l’Assemblée nationale d’assurer l’intérim. Mais bien évidemment cela n’arrange ni la majorité, ni l’opposition ». Derrière le dialogue proposer par Joseph Kabila, Gaspard-Hubert Lonsi Koko y voit un moyen de diviser l’opposition. « Kabila a essayé de diviser le MLC, ça n’a pas marché, il tente maintenant de faire exploser l’UPDS. » Seul avantage du dialogue national insufflé par le président congolais, après l’échec des Concertations de 2013, serait de parler enfin de son sort après 2016. Un sujet sensible qui avait été évité lors des Concertations. « Que fera Kabila après 2016 ? Peut-être aurons-nous une réponse avec ce dialogue » espère Gaspard-Hubert Lonsi Koko.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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