05 mai 2015

Burundi: le vice-président de la Cour constitutionnelle en fuite

face à face affrontements manifestants burundi_0

A Bujumbura, dans le quartier de Musaga, la tension était toujours perceptible, ce 4 mai 2015.RFI/SR

Déclaration explosive du vice-président de la Cour constitutionnelle burundaise, alors que la situation reste tendue à Bujumbura. Sylvère Nimpagaritse, le vice-président de la Cour constitutionnelle, saisie la semaine dernière pour se prononcer sur la légalité d'une troisième candidature du président Nkurunziza, dénonce justement les pressions exercées par le pouvoir. Il a fui le pays ce lundi 4 mai.

Cela va au-delà du simple coup d’éclat. Cette histoire va causer un véritable séisme, dans ce pays en proie à des manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza justement, qui paralysent la capitale Bujumbura. Le vice-président de la Cour constitutionnelle du Burundi est formel, le non à un troisième mandat pour Pierre Nkurunziza aurait dû l’emporter sur un plan purement juridique.

Aujourd'hui, Sylvère Nimpagaritse est un homme qui a peur, un homme aux abois, rencontré juste avant qu’il ne prenne le chemin de l’exil. « Je crois que vous le sentez même quand je m’exprime. J’ai peur. J’ai peur puisqu’ils commencent à me menacer avec des coups de téléphone. Ils me disent que je vais assumer et que j’engage ma vie et celle de ma famille », confie-t-il.

La Constitution et les accords d'Arusha

Mais c’est également un homme conscient, dit-il, de sa responsabilité devant l’histoire. M. Nimpagaritse explique que la Cour a commencé à délibérer sur ce cas jeudi. À ce moment dit-il, on était quatre sur les sept membres de la Cour constitutionnelle du Burundi à être contre un nouveau mandat du président Nkurunziza, parce que ce serait dit le juge, « violer la Constitution et l’accord de paix d’Arusha ».

Il n’y a pas eu de consensus, pour ce premier jour, et les juges décident alors de reprendre le lendemain. C‘est à ce moment précis que les pressions ont commencé. D’abord amicales, elles sont devenues très vite menaçantes. Un à un, les trois autres juges qui sont du même avis préfèrent sauver leurs vies et changent de camp, explique le vice-président de la Cour.

Il s’est retrouvé seul, mais a refusé de signer une décision qui permettrait à Nkurunziza de briguer un troisième mandat, une décision imposée de l’extérieur, juge-t-il. « En mon âme et conscience, j’ai décidé de ne pas apposer ma signature sur une décision qui est imposée de l’extérieur, qui n’a rien de juridique », affirme-t-il.

Trois morts dans les manifestations de lundi

Depuis deux, trois jours, Sylvère Nimpagaritse vivait en fugitif, traqué. Il assure qu’en son âme et conscience, il a choisi de dénoncer un arrêt « qui risque de plonger ce pays dans le chaos », avant de prendre le large. Il vient de couper l’herbe sous les pieds du pouvoir burundais qui avait appelé la communauté tant nationale qu'internationale à attendre la décision de la Cour constitutionnelle, qualifiée d'« indépendante ». Un geste qui porte donc un grand coup à Pierre Nkurunziza car la Cour constitutionnelle qui devait lui ouvrir sur un plan juridique, la voie d’une nouvelle candidature à la présidentielle, risque d’y laisser toute sa crédibilité.

Dans la capitale burundaise, trois manifestants ont été tués par balle ce lundi, et une quarantaine d'autres blessés dans des affrontements avec la police. Ces trois nouveaux morts portent à douze le nombre de personnes tuées dans des violences depuis le début des manifestations contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

→ à lire aussi : Les violences se poursuivent au Burundi, à la Une de la presse africaine

 

Le soir du 30, on a déjà commencé à subir d’énormes pressions et même des menaces de mort, mais on a eu le courage de revenir le lendemain. Le 1er on a continué à délibérer. Ceux qui avaient soutenu que le renouvellement du 3e mandat violait la Constitution et les accords d’Arusha ont eu peur parce qu’ils ont subi des pressions, ils me l’ont dit. Et ils m’ont confié que si jamais on ne se ravisait pas, on aura humilié le président et que l’on risquait gros. On risque nos vies. Qu’il fallait finalement se raviser et accepter de rejoindre le camp de ceux qui soutiennent le 3e mandat. En mon âme et conscience, j’ai décidé de ne pas apposer ma signature sur un arrêt, une décision qui était à côté de la loi. Je suis entré en clandestinité dès ce soir.

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28 avril 2015

Burundi: les opposants au 3e mandat de Nkurunziza promettent de continuer à manifester

 

manifestants burundais

Burundi: les opposants au 3e mandat de Nkurunziza promettent de continuer à manifester © AFP

Les opposants à un troisième mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza ont promis de poursuivre mardi les manifestations de protestation à Bujumbura, interdites et violemment réprimées par la police depuis dimanche.

Le pouvoir burundais restait de son côté tout aussi déterminé. La RPA, radio indépendante la plus écoutée du pays, était toujours muette après avoir été fermée lundi car accusée de relayer les appels à manifester.

Pierre-Claver Mbonimpa, patron de la principale organisation de défense des droits de l'Homme du pays, qui avait appelé à descendre dans la rue, est toujours aux mains de la police.

Un mandat d'arrêt a par ailleurs été émis contre Vital Nshimirimana, le principal organisateur au sein de la société civile de la campagne anti-Nkurunziza, passé dans la clandestinité mais qui, dans un entretien téléphonique à l'AFP, a promis de poursuivre le mouvement.

Lundi soir, le porte-parole du Service national de renseignement (SNR), Télésphore Bigirimana a confirmé à l'AFP l'arrestation par cet organisme de M. Mbonimpa dont ses proches et avocats ignoraient jusqu'alors où il était détenu.

"Oui, il est bien détenu dans nos services", a déclaré M. Bigirimana, refusant d'en dire plus.

M. Mbonimpa a été arrêté sans mandat "dans une procédure de flagrance car il était en train d'appeler la population à l'insurrection", dans une émission de radio en direct, a de son côté expliqué à l'AFP un haut cadre des services de renseignement, ayant requis l'anonymat.

La fermeture de la RPA et l'arrestation de cette figure de la société civile, aux avant-poste de la contestation, risquent de faire monter encore d'un cran la colère des manifestants. Ils protestent depuis dimanche contre la désignation samedi, par le parti au pouvoir (Cndd-FDD), de Pierre Nkurunziza candidat à la présidentielle prévue le 26 juin.

Une candidature pour un troisième mandat que la société civile et l'opposition estiment inconstitutionnelle, la loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Mais le camp de M. Nkurunziza assure que son premier mandat (2005-2010), en tant que premier président post-transition élu par le Parlement et non au suffrage direct, tombe sous le coup d'une disposition particulière et n'entre pas en ligne de compte dans la limitation.

 

- 'Nous ne partirons pas d'ici' -

Lundi, l'annonce de la fermeture de la radio et l'arrestation de Pierre-Claver Mbonimpa ont provoqué des heurts dans le quartier périphérique de Musaga, dans le sud de Bujumbura, où des jeunes ont affronté la police à jets de pierre, auxquels répondaient des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes, et parfois des tirs d'intimidation à balles réelles.

Au moins un policier a été blessé, ont constaté des journalistes de l'AFP et un manifestant touché par balle, selon un ambulancier. Plusieurs personnes ont été arrêtées.

Les jeunes du quartier ont joué plusieurs heures durant au chat et à la souris avec la police, disparaissant dans les ruelles adjacentes à chaque charge de la police, appuyée par un canon à eau monté sur un camion.

"Nous ne partirons pas d'ici, tant que" M. Nkurunziza ne renoncera pas à se présenter, a assuré Thierry, musicien de 29 ans. "En plus maintenant ils ferment les radios", a-t-il souligné en référence à la coupure du signal de la RPA (Radio publique africaine).

"Ce ne sont que des voyous qui cherchent à provoquer le désordre", a pour sa part expliqué un officier de police à l'AFP.

Dans la matinée lundi, dans le quartier de Cibitoke, un déploiement massif de police avait empêché les jeunes de descendre vers le centre de la capitale burundaise, déserte toute la journée, où de nombreux magasins et entreprises sont restés fermés.

"Demain, mardi, ça va continuer", affirmait toutefois Jonathan, 26 ans qui vient de finir ses études et se retrouve au chômage comme de nombreux Burundais. "Le problème n'est pas que (le maintien au pouvoir de Nkurunziza) soit trop long, c'est qu'il (le président) passe en dehors de la loi".

Pour l'heure, la contestation reste endiguée par la police aux quartiers périphériques et les opposants au 3e mandat de M. Nkurunziza n'ont pas réussi à converger massivement vers le centre de Bujumbura, leur objectif principal.



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