31 mai 2014

Le chien et le caméléon

Le chien et le caméléon étaient des voisins, mais ils n’avaient pas le même train de vie. Chez le chien, toute la famille était heureuse. De sa cuisine, montait toujours un arôme enivrant qui se répandait dans tout le village.  Les enfants du caméléon portaient alors leur regard sur le toit de la villa cossu du maître de lieu d’où s’échappait une fumée bleuâtre. Tous voulaient être à la place des enfants du chien vigoureux et pétillant de santé. Par contre, chez le caméléon, c’était la misère. La famille se nourrissait toujours de légumes plantés au coin de la parcelle, ce qui ne faisait nullement plaisir à sa femme. « Regarde ton ami, chien ! » lui disait-elle souvent  « lui au moins, il sait comment entretenir sa femme et soigner ses enfants. Chez lui, on mange toujours bien. Pourquoi ne lui demandes-tu pas ce qu’il fait pour bien nourrir toute sa famille ? »

C’était chaque fois la même rengaine « Chez le chien, on mange bien…Chez le chien, on mange bien,,, » Un jour, n’en pouvant plus, le caméléon prit son courage entre les deux mains et traversa la clôture qui séparait sa maison de celle du chien. Celui-ci l’accueillit avec joie : Salut, mon ami ; quel bon vent t’amène? »

Ils causèrent de tout et de rien. Vint enfin le moment de la séparation. Le caméléon se dit qu’il fallait donc poser son problème. « Mon cher ami », commença-t-il  « Voici l’objet de ma visite. J’aimerais que tu me dises comment tu fais pour nourrir ta famille. En effet, de ta cuisine se dégagent toujours de bonnes odeurs et on sait voir que tes enfants et ta femme sont toujours heureux et en bonne santé » Le chien regarda calmement son ami et lui demanda en guise de réponse : « Est-ce que tu es vraiment courageux pour accepter ce que j’endure pour nourrir ma famille ? ». Le caméléon s’empressa de répondre : « Je ferai tout ce qui est dans mon pouvoir pour subvenir aux besoins de ma famille. C’est mon devoir ». Finalement, le chien lui demanda de revenir le voir  le lendemain matin.

Le jour suivant, le caméléon se présenta de bonne heure chez le chien. « Je sors maintenant », lui dit le chien. « Si tu veux, accompagne-moi pour voir comment je trouve de la nourriture pour ma famille ! » Les deux compères se mirent en route.

Ils traversèrent des brousses et des forêts et arrivèrent à l’entrée d’un petit village où vivaient les humains. Le chien dit à son ami : « cache-toi ici et observe bien comment je travaille pour avoir la nourriture pour ma famille. Si tu en es capable, tu pourras le faire, toi aussi »

Le chien laissa son ami caché à son poste d’observation et prit le chemin conduisant au village. Il se fit plus discret, longeant les clôtures des cases pour passer inaperçu. Devant une case, une fillette jouait en dessous d’un arbre. Voyant le chien approcher de leur case, elle cria à son père : « Papa, voilà le chien qui avait emporté notre poule hier ! » Le père sortit rapidement de la case, s’empara du pilon qui gisait au beau milieu de la cour et le lança énergiquement sur le dos du pauvre chien. Dans un geste désespéré, le chien tenta d’esquiver le coup, mais reçut le pilon sur le dos. Il hurla de douleur et s’enfuit du mieux qu’il put en forêt. « Petit voleur, je t’aurai un de ces quatre matins, si tu continues à errer ici pour voler mes poules » lui lança l’homme en courant après lui. Tout se passa sous l’œil observateur de son voisin, le caméléon.

Le voyage retour se fit dans un silence total. Le caméléon voyait du coin de l’œil comment son ami marchait difficilement en traînant les pattes. Ce dernier fit de son mieux pour ne pas faire apparaître les douleurs qu’il éprouvait au niveau de son dos.  

Lorsqu’ils arrivèrent devant la maison du chien, ce dernier demanda à son voisin : « Es-tu prêt à m’accompagner demain ? » Le caméléon n’eut même pas le temps de réfléchir deux fois avant de donner sa réponse : « Non mon ami ! Ce que j’ai vu là est trop fort. Je me demande si j’aurais survécu à ce coup de pilon. Vraiment, les humains sont méchants ! » Il poursuivit sa route jusque chez lui.

Après s’être reposé, il raconta à sa femme ce qui était arrivé au chien et conclut en ces termes : « Nous devons nous contenter de ce que nous avons. Je ne suis pas prêt à mettre ma vie en péril comme le chien»

Moralité : Mukaji wa badia-dia, badia-dia wakafuisha bayende muitu. La femme envieuse fit mourir son mari en forêt.

Ensemble, disons merci encore une fois à mamu Adolphine pour ce joli conte!

Lumbamba Kanyiki    

 

 

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22 mai 2014

Les trois sourds

Lorsque les gens n’arrivent pas à bien se communiquer et se comprendre, les conséquences peuvent être très catastrophiques comme nous allons le voir dans ce conte.

Dans une contrée éloignée quelque part dans le Grand Kasai, trois sourds vivaient sans se connaître. Ils étaient une femme et deux hommes. La femme vivait de ses travaux de champ. De deux hommes, l’un était éleveur de moutons et l’autre juge.

Un après-midi, ne voyant pas ses moutons aux environs de son domicile, le sourd qui était éleveur s’en alla à leur recherche. Il rencontra une femme qui labourait son champ. « Madame, n’auriez-vous pas vu, par hasard, mes moutons passer par ici », lui demanda-t-il. La femme croyant que le monsieur lui demandait jusqu’où s’étendait son champ, lui répondit en lui indiquant avec le doigt : « Mon champ commence ici et s’étend jusque dans cette vallée-là ». L’éleveur comprit à sa manière que son troupeau s’était dirigé en direction de la vallée. Il remercia la femme et poursuivit son chemin vers la vallée à la recherche de ses moutons.  Par chance, il y trouva tous ses moutons. Grande était donc  sa joie. Sur son chemin de retour, il se dit dans son for intérieur qu’il fallait remettre un cadeau à la bonne femme pour son aide.

Il revit la femme toujours en train de labourer son champ. Très content, il s’approcha d’elle et lui tendit un cadeau, mais la femme le refusa. L’homme la supplia : « vous m’avez bien aidé ; sans vous, je n’aurais jamais retrouvé mes moutons. S’il vous plaît, acceptez le cadeau que je vous donne ». La femme s’énerva, pensant que le monsieur était en train de lui faire des avances.

L’éleveur qui voulait à tout prix remettre son cadeau à la femme, se rendit chez le juge pour porter plainte contre elle. Mais il ne savait pas que celui-ci était sourd comme lui. Le juge envoya les gens chercher la femme. Lorsqu’on la ramena devant lui, alors, l’audience commença. Le juge demanda à l’homme de raconter son histoire.

 «Monsieur le juge », commença-t-il  « je me trouvais chez moi, à la maison. Ne voyant pas mes moutons dans les environs de mon domicile, je suis allé à leur recherche. Chemin faisant, j’ai vu cette femme qui labourait son champ. Je lui ai demandé si elle avait vu mes moutons. Elle m’a indiqué la direction que mes moutons avaient prise. Je suis allé dans cette direction et ai trouvé tous mes moutons. Je voudrais lui remettre un cadeau pour m’avoir aidé, mais elle refuse carrément de prendre mon cadeau. C’est la raison pour laquelle je suis ici. » Il croisa les  bras et se tut. Le juge sentit que l’homme avait terminé sa déposition.  Alors, il se tourna du côté de la femme et lui demanda de s’expliquer. Celle-ci comprit aussi qu’elle avait la parole et se mit à parler :

 « J’étais dans mon champ en train de travailler. J’ai vu cet homme apparaître, venant d’on ne sait où. Il m’a demandé jusqu’où s’étendait mon champ. Je lui ai dit que mon champ s’étendait jusqu’en bas dans la vallée. Il a poursuivi sa route en direction de la vallée. Quelques minutes plus tard, je l’ai vu revenir avec quelque chose qu’il voulait me donner. Mais moi. Je ne suis pas une pute ! » Elle se mit à pleurer. Voyant que la femme ne parlait plus, le juge conclut qu’elle avait terminé sa déposition. Elle lui demanda de cesser de pleurer et se mit à réfléchir.

Enfin, vint son jugement : « Toi, l’homme, tu ne dois pas faire souffrir ta femme. Tu prendras toujours soin d’elle comme un être bien-aimé. A la prochaine fois, tu auras une lourde amende. Ramène-la sous le toit conjugal ! L’audience est levée ». Il se leva et sortit de la salle d’audience.

Merci encore une fois à mamu Adolphine qui nous a envoyé ce conte.

Lumbamba Kanyiki

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14 mai 2014

Le renard et les perdrix

Le renard et les perdrix étaient des amis. Ils avaient l’habitude de jouer et de s’amuser ensemble. Un jour, le renard, rusé qu’il était, dit aux perdrix : « Malgré ma petite taille, je suis capable de vous soulever toutes dans un panier et ce, quel que soit votre nombre. Mais je parie que vous, malgré votre nombre, vous ne saurez me soulever dans un panier ».

Les perdrix se regardèrent, étonnées. « Comment peux-tu nous soulever toutes dans un panier, mince comme tu es ? Tu n’en as même pas la force !  Par contre, c’est nous qui pouvons facilement te soulever et te transporter plus loin d’ici puisque nous sommes nombreuses! »

Ils s’engagèrent dans une longue discussion, chaque groupe étant sûr de l’emporter sur l’autre. Pour clore le débat, il fallait donc passer à l’action afin de voir qui du renard ou des perdrix allait gagner le pari. Le renard promit de revenir le lendemain avec un panier.

Rentré chez lui, le renard se tissa un grand panier et prit soin de laisser de grandes mailles à la base. Vous saurez plus tard pourquoi. Il s’endormit de bonne heure. En effet, il avait besoin de ses forces et de toute sa concentration pour gagner le pari le lendemain.

Le jour suivant, le renard alla trouver ses amis qui l’attendaient de pied ferme à l’endroit habituel. Il leur proposa d’aller sur un terrain de jeu qui était couvert d’une bonne pelouse bien verte, longue et touffue. Lorsqu’ils y arrivèrent, il s’adressa à ses amis : « C’est moi qui entrerai le premier dans le panier. Et vous, vous déploierez tous vos efforts pour me soulever. Lorsque vous aurez terminé, vous entrerez dans le panier et ce sera à mon tour de vous soulever.» 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le renard sauta dans le panier et demanda à ses amies de le soulever.  Les perdrix se choisirent les plus grandes et les plus fortes d’entre elles. Elles étaient nombreuses. Elles se rapprochèrent autour du panier et de leurs becs, elles s’en emparèrent et tirèrent de toutes leurs forces. Le panier bougea, mais ne pouvait quitter le terrain. Pendant ce temps, le renard les observait en souriant. Elles essayèrent à plusieurs reprises, sans succès. Épuisées, elles abandonnèrent le panier. Mais ce qu’elles ne savaient pas, c’est que le renard avait enfoncé ses griffes, à travers les mailles, dans la pelouse et s’y cramponnait fortement pour ne pas être soulevé.

« Maintenant, c’est mon tour » dit fièrement le renard aux perdrix en bombant le torse. Il leur demanda d’entrer aussi dans le panier. Pour être sûres de faire échec aux prétentions de leur ami, les grandes perdrix entrèrent, les unes après les autres, dans le panier. Elles s’y comprimèrent au risque même de s’étouffer. Le panier se remplit aussitôt jusqu’au bord sous l’œil amusé du renard. Alors, ce dernier leur demanda si elles étaient prêtes. Toutes répondirent par l’affirmative.

Rassemblant toute son énergie, le renard saisit fermement le panier entre ses dents. Il le souleva d’un seul coup et s’enfuit avec toutes les perdrix dedans. Jamais, on ne les a revues.

A partir de ce jour-là, les perdreaux qui étaient restés, devenus grands, fuyaient toujours à l’approche du renard. Et ça, on peut encore le remarquer aujourd’hui. A chaque fois que les perdrix remarquent la présence d’un renard, elles prennent la fuite de peur d’être happées par ce dernier.

Nous remercions mamu Adolphine Mushiya, la mère de notre ami Joseph Kassongo, qui nous a envoyé ce conte par le canal de son fils qui était en vacances en RDC. En guise de notre reconnaissance à mamu Adolphine, je vous prie de cliquer sur "J'aime" et de partager ce conte, après l'avoir lu ou de cliquer sur "like" sur facebook. D'avance merci.

Lumbamba Kanyiki

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16 mars 2014

Je n’aime que Mutebu Pierre

Mutokedi Too était fille unique d’une famille très pauvre. En revanche, sa beauté ne laissait personne indifférente.  Elle passait presque toutes ses journées dans sa chambre à rêver ou à lire. Son père misait sur sa beauté pour se faire fortune. C’est la raison pour laquelle il tenait à la marier à un homme riche qui pouvait lui apporter une forte dot. Mais Mutokedi too  aimait un garçon de son âge, de même condition qu’elle. Il s’appelait Mutebu Pierre.  Ce qui énervait beaucoup son père.

Un soir que Mutokedi too se trouvait, occupée dans sa chambre, son père reçut la visite d’un homme riche accompagné de sa famille pour l’épouser. Alors, le père appela sa fille pour rencontrer son prétendant :

Père : Mutokedi Too,
          bàba, kumone balume,
           Mutokedi Too

Ce qui voudrait dire: Mutokedi too, ma fille !
                             Viens voir les hommes !

Alors, Mutokedi too de répondre :

Balume, badi balue ne tshinyi ?
(Qu’est-ce que les hommes ont apporté ?)

Père : Mutokedi too
          Balume badi balwe ne Mbuji
          Mutokedi Too
(Les hommes ont apporté des chèvres !)

Mutokedi Too : Yaku umbambile baya,…
                           Bualu meme tshiena musue balume abu       to,…
                           Wanyi amu Mutebu Pierre,
                           mutokedi too

Dis-leur de rentrer d’où ils viennent
Car moi, je n’aime que Mutebu Pierre !

Le père déçu demanda à l’homme riche et sa famille de rentrer chez eux. Mais il leur promit toute fois de rester causer avec sa fille pour l’amener à la compréhension. Après le départ du prétendant, le père faisant venir sa fille auprès de lui,  lui expliqua du bonheur qui l’attendait si elle épousait un homme riche. Quelques jours plus tard, l’homme riche se présenta de nouveau avec toute sa famille. Comme la première fois, le père appela sa fille :

Mutokedi too
Bàba kumone balume
Mutokedi too
ma fille, viens rencontrer les hommes.

Mutokedi too demanda à son père ce qu’ils avaient apporté
Balume, mbalue ne tshinyi ?

Et le père de répondre :
Balume, mbalue ne Mbuji.
Ils ont apporté des chèvres

Mutokedi too demanda de nouveau à son père de renvoyer l’homme et sa famille, car, elle n’aimait que Mutebu Pierre.

Mutokedi too : Yaku umbambile baya,…
                           Bualu meme tshiena musue balume abu       to,…
                           Wanyi amu Mutebu Pierre

Le père était non seulement triste, mais honteux de revenir annoncer le refus persistant de sa fille à l’homme riche et sa famille. Il leur demanda encore une semaine de patience pour convaincre sa fille. Le jour suivant, il convoqua une réunion de famille. Les oncles et les grands-parents y participèrent. Après avoir écouté le père, ils firent venir Mutokedi too et la grondèrent sérieusement. « Si tu n’acceptes pas cet homme riche, nous te maudirons et tu mourras », la menacèrent-ils de toutes leurs forces.

Vint enfin le jour que le père avait fixé pour la rencontre de dernière chance. Lorsque l’homme riche arriva avec sa famille, toute la famille du père était là. Le père cria à sa fille :

Mutokedi too
Bàba, kumone balume
Mutokedi too

Mutokedi too sortit de sa chambre et vint rencontrer l’homme riche et sa famille. A la satisfaction de son père et de sa famille, elle accepta de se marier à l’homme riche. Ce dernier remit à son père une forte dot accompagnée de chèvres et de plusieurs cadeaux pour le père, la mère et toute la famille. Ils fêtèrent le mariage pendant trois jours et trois nuits.

Après les festivités, Mutokedi too fut accompagnée chez son mari. Mais comme on pouvait s’y attendre, elle n’était pas heureuse dans son foyer, malgré les présents reçus de son mari et la vie aisée qu’elle y menait.

Après plusieurs jours de vie commune, Mutokedi too, n’en pouvant plus, s’enfouit du toit conjugal et alla rejoindre Mutebu Pierre. Les deux disparurent du village pour une destination inconnue.

C'était le conte tel qu'il m'a été raconté par Ya Bubé.

Lumbamba Kanyiki

 

 

 

 

 

 

 

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08 février 2014

Ô toi, pluie, tu ne toucheras pas à ma mère !

Un soir, une mère laissa ses deux filles en train de jouer devant leur case et descendit au ruisseau pour puiser de l’eau. « Je reviens dans quelques minutes vous préparer le repas du soir », leur dit-elle.

Un long temps s’écoula. Pendant qu’elles jouaient, les deux filles aperçurent un nuage sombre au-dessus de leurs têtes. Annonçait-il la pluie ? Elles se mirent à chanter : 

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Où es-tu ?
Ma mère au cœur généreux ?
Où es-tu,
Ma mère, femme forte, mon rempart ?
Ô toi, pluie,
Tu ne toucheras pas à ma mère !

Les deux filles continuèrent à jouer de plus belle. Elles sentirent un vent souffler dans les arbres. Regardant au ciel, elles remarquèrent que le nuage sombre occupait déjà un grand espace au-dessus d’elles. C’était la pluie sans aucun doute. Inquiètes, elles chantèrent de nouveau :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Le vent se transforma en une très forte tempête. N’en pouvant plus, les deux enfants, prises d’une grande tristesse, se mirent à l’abri sous la véranda. Elles regardaient l’horizon en chantant :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Alors, les éclairs déchiraient le ciel assombri qui libérait des éléments en furie. La pluie tombait en rafales, jetant des paquets d’eau sur le petit village. Les deux filles, découragées, entrèrent dans leur case, se demandant sur le sort de leur mère. Elles explosèrent en larmes en chantant :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

La pluie cessa aussi vite qu’elle avait commencé. Il faisait déjà sombre et les brouillards couvraient lentement le petit village. Les deux filles, prises de peur, se serraient l’une contre l’autre, dans leur case dont elles avaient laissé la porte ouverte pour scruter l’horizon. Tout à coup, elles virent sur le sentier, qui menait au ruisseau, une silhouette qui s’approchait dans le noir. C’était leur mère qui apportait de l’eau pour le repas du soir.

C’était le conte tel qu’il m’a été raconté par Ya Bubé.

Lumbamba Kanyiki

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01 février 2014

Baaba wa Bakwa Tshipamba

(Ma mère du village de Bakwa Tshipamba)

Une veuve vivait avec ses deux enfants, une fille et un garcon, dans un village en guerre. Son mari venait d’être tué. Le village se vidait de tous les habitants à l’approche des ennemis, chacun emportant ses enfants et ses maigres biens. Comme la veuve n’était pas en mesure d’emmener ses deux enfants en même temps, il se décida de prendre la fille et d’abandonner son fils au village.  

Après des années, la guerre prit fin et le garçon survécut. Quelques déplacés de guerres revinrent au village, mais la mère et sa sœur ne revinrent pas. Le pauvre garçon grandit dans la souffrance, vivant de l’aumône et de la bonne volonté des villageois.  Pour survivre, il devint griot et allait de village en village pour agrémenter des soirées et louer les prouesses des notables.  Ses chansons avaient beaucoup de succès auprès de la population. Son répertoire contenait une chanson fétiche intitulée « Baaba wa Bakwa Tshipamba » (ma mère du village de Bakwa Tshipamba) qu’il réservait toujours pour la fin.  C’était, en fait, une chanson dans laquelle il racontait l’histoire de sa vie.

Baaba wa Bakwa Tshipamba
tekenya-tekenya
Baaba wakangata mwana mukaji,
tekenya-tekenya
Baaba wanshiya meme mwana mulume,
tekenya-tekenya
Meme mumuteyedi wa mpuku,
tekenya-tekenya
meme mumuashidi wa nzubu,
tekenya-tekenya
baaba wanyi wa Bakwa Tshipamba,
tekenya-tekenya

En voici la traduction :

Ma mère du village de Bakwa Tshipamba
ma mère choisit sa fille
Ma mère m’abandonna, moi son garçon
Moi, son vaillant chasseur
Moi, son grand bâtisseur
Ô ma mère du village de Bakwa Tshipamba !

Pendant l’une de ses tournées, le garçon arriva un jour dans un autre village, très loin de chez lui. Il chanta comme d’habitude devant une foule très émerveillée. Arriva enfin le moment où il entonna « Baaba wa Bakwa Tshipamba ». Après des applaudissements frénétiques et bien nourries de l’assistance, une femme d’un certain âge, touchée par la chanson, vint le voir. C’est sûr que, comme toutes les vedettes, il jouissait d’un grand succès auprès de nanas, mais celle-là n'avait pas l'intention de lui faire la cour. Elle l’attira à part et engagea une conversation avec lui.

Lorsque le garçon eut déclinée toute son identité, la pauvre femme se mit à pleurer de plus belle. « Mais madame, pourquoi vous apitoyez-vous sur mon cas ; il y a des plus malheureux que moi ! » lui dit-il. « Arrêtez donc de pleurer comme ca ! Vous allez me faire pleurer aussi», la supplia-t-il.

La pauvre femme, qui croyait que son garçon avait péri comme son père dans la guerre, eut la bonne surprise de le retrouver après de longues années pendant lesquelles elle gémissait sur sa couche des nuits entières, se demandant ce qu’il lui était arrivé.

Elle ferma les yeux et revit ce moment pathétique où elle avait emporté sa fille et abandonné son fils, condamné à son propre sort.

« Ndi mamuebe wa Bakwa Tshipamba ! » (Je suis ta mère de Bakwa Tshipamba que tu pleures toute la vie, de village en village).  Elle tomba à genoux devant son fils, fondit en larmes et lui demanda pardon pour ce qu’elle avait fait. Et tout le village apprit la vraie histoire de « Baaba wa Bakwa Tshipamba »

C’était le conte tel qu’il m’a été raconté par Ya Bubé.

Lumbamba Kanyiki

 

 

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23 janvier 2014

Lèche, lèche! Ceux qui lèchent n’en sont pourtant pas morts ! (suite et fin)

La jeune femme ferma les yeux et se mit à réfléchir un long moment. Puis, elle ouvrit les yeux pour contempler la vieille dame dont les blessures béantes, non seulement, laissaient couler les pues, mais aussi dégageaient des odeurs nauséabondes. Elle aimait son mari, le père de ses enfants et déplorait ce qui était arrivé. Mais de là à lécher les plaies puantes ! Ô Seigneur Dieu !

Quelle décision allait-elle prendre ? Une voix intérieure lui dit de ne pas lécher les pues de la vieille femme et de rebrousser chemin sur le champ. Une autre voix lui dit de fermer les yeux et de lécher les pues des plaies de la vieille femme. La récupération de son mari était à ce prix.

La vieille encouragea la jeune femme en lui répétant les mêmes mots : « Laka, laka ! Balaka-laka ki mbafu ! ». (Lèche, lèche ! Ceux qui lèchent n’en meurent pas pour autant !)

Voyant l’heure qu’il faisait, la distance qu’elle avait effectuée jusqu’au château et les dangers encourus en chemin pour retrouver son mari, elle s’avança lentement vers la vieille, ferma les yeux et commença à lui lécher d’abord les yeux, puis les joues, les débarrassant des sécrétions gluantes et jaunâtres séchées à certains endroits.

Toujours les yeux fermés, elle lui prit les bras et lécha les pues puantes qui coulaient des plaies de ses bras. Lorsqu’elle eut terminé, elle descendit aux jambes et lécha toutes les plaies qu’elle rendit très propres avec sa langue.

La vieille, très satisfaite, se mit débout, prit la jeune fille par la main et l’entraîna  à l’intérieur du château. Elles traversèrent plusieurs salles pour se retrouver finalement  devant une grande porte fermée. La vieille femme dit une phrase dans une langue inconnue de la jeune femme et la porte s’ouvrit aussitôt. Elles entrèrent ensemble dans une salle spacieuse et la jeune femme fut très ravie d'y retrouver son mari.

Pour leur voyage retour, la vieille femme leur indiqua un autre chemin qui ne présentait pas de danger pour eux.

C’était le conte tel qu’il m’a été raconté

Lumbamba Kanyiki

 

 

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21 janvier 2014

Lèche, lèche! Ceux qui lèchent n’en sont pourtant pas morts !

Laka, laka ! Balaka-laka ki mbafu !

Pour une sauterelle, un couple faillit mettre sa vie en danger.  Femmes, sachez donc partager tout ce que vous avez avec vos maris !

L’histoire commence  au milieu d’une journée dans un village. Une jeune femme venait d’attraper une sauterelle qui volait près de sa case. Elle la grilla au feu et se mit à la manger. Son mari qui était à côté d’elle lui en demanda un morceau. Mais la femme refusa. Pris de colère, l’homme quitta son épouse et s’en alla se promener.

Le soir approchait. Ne voyant pas revenir son mari, la femme se mit à sa recherche. Elle fit, d’abord, la ronde de tous ses amis au village. Puis, elle se rendit au village voisin et demanda à ceux qui le connaissaient s’ils l’avaient vu par hasard. Sans succès. Elle se retrouva finalement, seule sur la route, en pleine brousse.

Elle marcha pendant longtemps sans rencontrer âme qui vive. Brusquement, un gros vieil homme lui apparut sur son chemin. Elle lui demanda :

Tshilume tshikulu wetu’awu,
ku mmweneneku mbayany’awu,
nakudia kapasu tshimupeshi,
tshinji tshia kapasu tshia mukwata !

Mon cher vieil homme,
N’auriez-vous pas vu mon mari,
Amour de ma vie ?
Fâché, il s’en est allé,
Pour une sauterelle que je lui ai refusée !

Alors, une conversation s’engagea entre le vieil homme et la jeune femme.

- Nwa kutanda anyi ? (Vous êtes-vous disputés ?).
- Nansha kakese !  (Nullement !).
- Nwakulwangana ? (Vous êtes-vous battus !).
- Too nansha kakese ! (Nullement)
- Amu tshinji tshia kapasu ? (Seulement une colère pour une sauterelle ?)
- Hm eyowa ! (Eh oui !)

Le vieil homme réfléchit un moment pour lui dire finalement qu’il n’avait pas vu son mari. Mais lorsque la jeune femme voulut se séparer de lui, il la retint en lui prenant la main.

- Cette route que tu as empruntée est réputée très dangereuse. Lui dit-il. Prends ces deux calebasses que je te donne. Si tu rencontres un danger, tu casseras d’abord celle-ci par terre, lui dit-il en indiquant l’une des calebasses, et tu verras ce qui va t’arriver. Si un deuxième danger se présente, tu casseras cette deuxième. Tu as compris ? La jeune femme prit les deux calebasses, remercia le vieil homme et se remit en route.

Après voir parcouru un long chemin, elle entendit un grand bruit dans un buisson très proche. Prise de panique, elle se retourna aussitôt pour se retrouver, nez à nez, avec un grand lion. Ce dernier rugit et se lança sur la femme qui esquiva, de justesse, l’attaque du fauve en poussant  un grand cri. Le lion chargea de nouveau. Lorsqu’il voulut l’attraper, la jeune femme cassa la première calebasse par terre.

Aussitôt, les fourmis se répandirent entre la femme et le lion. Pendant que le lion cherchait à se débarrasser des fourmis ayant investi toute sa fourrure, la femme courut du mieux qu’elle pouvait afin d’échapper au prédateur. Ce dernier connut un grand retard sur la jeune femme, mais n’abandonna pas pour autant.

Après avoir couru plusieurs minutes et ne voyant plus le lion derrière elle, la jeune femme se remit à marcher. Il lui restait encore une calebasse, mais elle ne savait pas combien de kilomètres elle allait encore avaler avant de retrouver son mari. L’inquiétude était très grande en elle.

Soudain, elle entendit un ricanement derrière un arbre. Se retournant aussitôt, elle aperçut de nouveau le lion auquel elle venait d’échapper. Celui-ci sortit de sa cachette et se mit à la poursuite de la jeune femme. En ce moment précis, la jeune femme cassa la deuxième et dernière calebasse qu’elle avait en main.

Aussitôt, jaillit une grande rivière qui la sépara du lion. Et au milieu de la rivière, des crocodiles, sortant leurs têtes sur la surface des eaux, firent peur au lion qui abandonna toute poursuite.

La femme put continuer sa route en toute tranquillité. Très tard le soir, elle arriva à un grand château construit sur une colline verdoyante. Elle y rencontra une petite vieille dame assise devant le portail. Elle était très sale, habillée de haillons. De ses yeux infectés coulaient des sécrétions jaunâtres jusqu’aux joues. Ses bras et ses jambes étaient couverts de très grandes blessures d’où sortaient aussi des pues plus puantes que jamais. On ne pouvait la regarder deux fois, sans éprouver de la nausée.

La jeune femme eut naturellement du dégoût pour la vieille. Mais toute fois, elle lui posa la même question :

Kakaji kakulu wetu’awu
Kumweneneku mbayany’awu
Nakudia kapasu tshimupeshi
Tshinji tshia kapasu tshia mukwata!

Chère belle Madame,
N’auriez-vous pas vu mon mari,
Amour de ma vie ?
Fâché, il s’en est allé
Pour une sauterelle que je lui ai refusée !

Une conversation s’engagea de nouveau entre la vieille femme et elle.

- Nwa kutanda anyi ?
- Too nansha kakese
- Nwa kulwangana?
- Too nansha kakese
- Amu tshinji tshia kapasu?
- Hm eyowa!

La pauvre vieille femme regarda tranquillement la jeune femme et lui donna ses conditions.

Tu peux voir ton mari, mais à une seule et unique condition : Tu devras, d’abord, lécher mes plaies.  Laka, laka ! Balaka-laka ki mbafu ! (Lèche, lèche ! Ceux qui lèchent n’en meurent pas pour autant !) (A suivre)

Lumbamba Kanyiki

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05 janvier 2014

Pour le meilleur et pour le pire

Deux tourtereaux squatters du cerisier - - Les oiseaux dans votre objectif

Il faisait tard dans la nuit au village de Ndemba. Pour une raison connue d'eux-mêmes, un homme et sa femme discutaient dans leur case. L'homme s'appelait Sha Ntumba et son épouse Mwa Ntumba. Ntumba était le nom de leur fils aîné. Sha Ntumba voulait dire "le père de Ntumba" et Mwa Ntumba, c'est la mère de Ntumba. Il était de coutume de nommer les parents en associant les noms de leurs filles ou leurs fils aînés.

Tout à coup, le ton monta, suivi de coups et de bruits des ustensiles qui tombaient en désordre. Les cris et les pleurs de Mwa Ntumba s'entendaient au loin dans le village endormi. Comme personne ne venait au secours de la pauvre femme, celle-ci ne pouvait trouver son salut que dans la fuite. Elle parvint, donc, à ouvrir la porte de leur case et hop! La voilà dehors en train de courir dans la nuit noire. Sha Ntumba qui tenait, coûte que coûte, à la corriger, se lança à ses trousses. La course-poursuite continua ainsi pendant un long moment dans le village paisible.

Mwa Ntumba, qui était à une bonne distance de son mari, aperçut un puits devant elle. Elle sauta et cria aussitôt à Sha Ntumba qui la suivait: " Sha Ntumba, Sha Ntumba, wamanya! Tshiina tshidi apa!". Le père de Ntumba, fais attention au puits qui est à cet endroit! Et elle continua à courir pour lui échapper. Au bout d'un long moment, Mwa Ntumba, voyant que son mari ne l'attrappait pas, s'arrêta et tendit l'oreille. Rien. Etait-il tombé dans le puits? Prise d'une inquiétude soudaine, elle appela son mari pour se rassurer: "Sha Ntumba, Sha Ntumba!" ce dernier lui répondit aussitôt par une question: " Tu te caches où?". "Je suis ici, derrière cet arbre", répondit anxieusement Mwa Ntumba.

Son mari la rejoignit dans sa cachette, la prit amoureusement dans ses bras et les deux rentrèrent dans leur case, la main dans la main. Liés pour le meilleur et pour le pire.

Lumbamba Kanyiki

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19 décembre 2013

Le léopard et le pangolin

Il était une fois…

Le léopard et le pangolin  étaient des amis. Mais comme nous allons le voir, leur amitié n’était pas du tout sincère. Un jour, le léopard invita le pangolin. « Passe chez moi, cher ami ! Car j’aimerais me réjouir avec toi ! »

Le jour suivant, le pangolin laissa femme et enfants et se rendit tout doucement chez manseba Nkashama, oncle léopard, comme il aimait l’appeler.  Apercevant le pangolin à l’entrée de sa parcelle, le léopard qui était assis avec son épouse en–dessous d’un arbre, souffla à cette dernière à l’oreille : « Aujourd’hui, on va se régaler ». Le pangolin, ayant une ouie très fine, capta cette déclaration de mauvais goût, mais fit semblant de n’avoir rien entendu. Arrivé près de son ami, il lui dit aussitôt : « Manseba Nkashama, permets que je monte à l’arbre, car c’est là que je prends mes repas lorsque je suis chez  mes amis. Le léopard laissa le pangolin grimper lentement mais sûrement jusqu’au sommet de l’arbre.

A l’heure du repas, le léopard cria à son ami : « Descends, fils de ma mère, car la bouffe est prête. » Le pangolin, qui ne se doutait pas des intentions de son ami, avait déjà rassemblé une botte de feuilles arrachées des branches de l’arbre. Il la jeta donc au sol pour observer la réaction de son ami. Le léopard se jeta aussitôt dessus, croyant que c’était le pangolin qui répondait à son appel. Il réussit, en quelques secondes, à mettre la botte en miettes.  

Alors, le pangolin prit la parole et lui dit : Tu as fait ça, des feuilles que je t’ai lancées. Mais si j’étais descendu personnellement, qu’aurais-tu fait de moi ? (Mabeji anakuela mwuinshi wa enza mushindu'eu, kadi bu meme mulue mwuinshi, mwena dianyi, se lufu lulelela, mwan'a baba!)

Moralité : « A malin, malin et demi ! »

Lumbamba Kanyiki

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