01 juin 2013

Les dessous de l’économie de la Sape en RDC

Dada Weston dans un ensemble en cuir vieilli signé Jean Paul Gaultier.
Dada Weston dans un ensemble en cuir vieilli signé Jean Paul Gaultier.
RFI/Habibou Bangré
Par Habibou Bangré

Souvent démunis, les sapeurs de Kinshasa multiplient les stratégies pour posséder les plus grandes griffes. Beaucoup font appel à la générosité de leurs proches à l’étranger, mais d’autres s’y refusent et traquent les bonnes affaires jusque sur internet.

« Mon père aimait tellement la Sape… Je me souviens encore comment il se chamaillait avec ma mère parce que dès qu’il avait son salaire, il allait en acheter. Dans la rue, on l’avait même surnommé Weston parce qu’il aimait trop les chaussures de cette marque », raconte Darling « Dada Weston » Mbaki, un cambiste de 29 ans installé à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Hier comme aujourd’hui, les fidèles de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (Sape) vénèrent toujours les grands créateurs, dont les vêtements, chaussures et accessoires peuvent coûter plusieurs centaines ou milliers d’euros. Une fortune pour les deux tiers des 68 millions de Congolais qui vivent avec 1,25 dollar par jour dans l’ex-colonie belge, où le salaire minimum a été revalorisé à 90 dollars.

« Un vêtement n'a pas de prix ! »

Une fortune ? « Un vêtement n’a pas de prix ! », rétorque John Sambi, 27 ans, autoproclamé « Roi de la Sape ». Les sapeurs – qui seraient quelques milliers à Kinshasa, ville de 10 millions d’habitants – ne sont pourtant pas mieux lotis. Junior Kipulu – alias « Maison Rei », une référence à la créatrice japonaise de Comme des Garçons, Rei Kawakubo – reçoit pour l’heure des créations offertes par des proches en Europe.

« La vie est difficile, justifie le céramiste de 28 ans qui, les mois fastes, gagne 350 dollars. J’ai un enfant qui va à l’école et je ne veux pas dépenser le coût des frais de scolarité pour de la Sape ». Pour Mobonda Elabe, connu dans le milieu sous le nom de « Chancelier », c’est une aberration. « Un sapeur qui fait la mendicité des habits n’est pas un vrai sapeur », tonne avec dédain ce cambiste de 37 ans.

Lui est marié et père de trois enfants. « Je gagne environ 800 dollars et, tous les mois, j’en garde 300 pour la sape ». Résultat : des malles et des valises qui débordent de vêtements Marithé et François Girbaud, Cerruti, Jean Paul Gaultier, Yohji Yamamoto, Issey Miyake, Dior, qu’il repère sur internet. Il transfère ensuite la somme nécessaire à ses sœurs en France et en Angleterre.

Des boots en poil de lion John Galliano

Dada Weston se ravitaille aussi grâce au web. « Je négocie les meilleurs tarifs par email avec des Congolais de la diaspora à Paris et, quand ils viennent au pays, j’achète avec les petits 10 ou 20 dollars que j’avais mis de côté ». Il a ainsi acquis, entre autres, des boots en poil de lion de John Galliano et, sans surprise, une paire de Weston : « En Europe, elle coûte 1 100 euros mais je l’ai ai achetées à 220 dollars ».

Acheter des créations d’occasion provenant de l’étranger : une pratique tolérée par les puristes de la Sape. Mais être surpris à fouiner dans les friperies kinoises, c’est prendre le risque d’être déconsidéré, voire méprisé. Reste qu’en secret – faute de moyens – certains s’habillent dans des friperies et que, du coup, « jamais ils ne le diront », affirme Deogracias Kihalu, un photographe qui suit souvent les sapeurs.

Plus c’est cher, mieux c’est ? De plus en plus, on vante dans les shows de Sape les marques de prêt-à-porter H&M ou Zara. « Toute griffe est considérable, tout ce qui est étiquette a de la valeur pour la Sape », justifie Maison Rei. Chancelier acquiesce. « Zara coud très bien. La Sape, ce n’est pas forcément acheter le plus cher, il faut avoir le coup d’œil ».

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30 mai 2013

Une héroine dans l’ombre (suite3)

Plusieurs heures s’étaient écoulées depuis que Ndaya était partie du domicile de sa tante. Elle s’était d’abord rendue automatiquement jusqu’à la salle où elle avait fêté la veille dans l’espoir d’y trouver quelqu’un qui pouvait la renseigner sur l’inconnue qui avait emporté la perruque de ses malheurs. Mais il n’y avait personne ni aux abords de la salle, ni dans la salle qui était d’ailleurs fermée à clé. Elle passa alors le reste de son temps à errer ici et là, en « ville » toute proche, la pluie ayant déjà cessé.

Les jeunes gens, les mains dans les mains, faisaient du lèche-vitrine. Les cafés se remplissaient petit-à-petit, avec des clients. Et des vieilles voitures cabossées roulaient les unes après les autres dans un tintamarre assourdissant. Aux vrombissements des moteurs, s’ajoutaient les cris des chauffeurs qui se lancaient des injures à travers les fenêtres de leurs voitures. Les codes de la route comme les règles de courtoisie étaient inexistants dans une ville qui grouillait du monde comme une ruche d’abeilles énervées.

Perdue dans cette marée humaine, Ndaya s’assit au coin d’une rue, sur un bloc de pierre comme si elle attendait quelqu’un. Un petit enfant ayant échappé au contrôle de ses parents s’approcha d’elle, lui sourit. Ndaya lui rendant son sourire, pensa directement à Mundi, son garcon resté chez les Bashilang aux bons soins de sa mère. Ses yeux se remplirent de larmes. « Peut-être que Mundi marche déjà comme ce petit garcon », pensa-t-elle. Elle se rappela que depuis qu’elle était arrivée à Sashanti, elle n’avait écrit ni à ses parents, ni à ses frères et sœurs. Sûrement qu’ils se disaient que tout allait pour le mieux chez sa tante ! Surtout son père qui répétait toujours que, si un malheur lui arrivait un jour et s’il venait à disparaître de ce monde, ses enfants seraient pris en charge par ses beaux-frères et ses belles-sœurs. Comme il se trompait !

En effet, le vieux Mundi avait toujours des problèmes avec ses frères. Pour lui, tous étaient jaloux de lui parce qu’il avait beaucoup d’enfants et habitait en ville. Plusieurs fois, Ndaya les entendait se disputer, mais elle et sa mère n’intervenaient jamais dans leurs discussions. D’ailleurs, ce n’était pas les problèmes des femmes et des enfants. Chez les Bashilang c’était comme dans la bible. Les femmes ne comptaient pas. Les problèmes de la famille ou du clan n’étaient pas leurs problèmes. D’ailleurs, on disait couramment : « bakaji kabatu basa nzubu » (Les femmes ne construisent jamais des cases). Chaque fois que le père coupait les relations avec ses frères, il interdisait, du même coup, aux enfants de communiquer avec leurs oncles, voire leurs cousins. La mère, bien que, n’entrant pas directement dans ses conflits, se réjouissait de la situation parce que, pour elle, tous les membres de la famille du père étaient des sorciers qui venaient chez eux pour soit les ensorceler, soit les envoûter. Ndaya avait des cousins à Sashanti et un oncle paternel chez qui elle pouvait se refugier. Mais au départ de Bashilang, elle avait recu des ordres clairs : « Tu n’iras jamais chez tes cousins comme chez ton oncle. Car, je ne m’entends pas avec leurs pères. Tu m’as bien compris » avait-il insisté auprès de sa fille. Et maintenant, elle ne savait même pas comment et où les chercher.

Dix-huit heures. Le soleil continuait sûrement et doucement son voyage vers le couchant. La chaleur étouffante de la journée avait laissé la place à une brise légère qui soufflait sur la ville qui commencait, petit-à-petit, à se vider de tous les intrus, travailleurs, clients et badauds. Bientôt, les sentinelles allaient arranger leurs couchettes pour la nuit devant les magasins barricadés comme des forteresses.

Ndaya fut prise de peur: Où est-ce qu’elle allait passer la nuit? L’idée lui vint de se rendre à la gare d’où partent les camions vers Bashilang. Celle-ci se trouvait à deux rues derrière le marché central. A bout de nerfs, elle avait décidé d’en finir avec son aventure à Sashanti. Mieux valait rentrer chez ses parents. Mais là aussi, un problème se posait : Comment allait-elle affronter les railleries de ses voisins ?

Lorsqu’elle arriva à la gare, elle trouva un camion à moitié plein avec des cartons et des sacs bruns. Du sucre certainement. Elle s’entretint avec le jeune homme qui, un carnet à la main, était en train d’enregistrer les passagers qui l’entouraient. Il inscrivait des noms dans son carnet, exigeait de voir leurs marchandises, discutait des prix de transport, etc. Elle eut la confirmation de la destination du camion : Bashilang. Puisqu’il fallait négocier, elle choisit d’attendre que le jeune homme termine son enregistrement pour poser son problème.

Elle alla se mettre au coin de la rue, non loin du camion pour mieux contempler pour la dernière fois cette ville grouillante, pleine de mystères.

Seulement trois mois et son rêve était brisé. Elle pensa de nouveau à son fils et son cœur se brisa. Mais pendant que les torrents des larmes coulaient de ses yeux qu’elle essuyait avec le revers de sa main, Ndaya ne remarqua pas une femme d’un certain âge qui s’était arrêtée près d’elle. Très étonnée, elle la regardait pleurer. « comment les gens peuvent se ressembler de la sorte, bon Dieu », se dit-elle. Elle fit encore quelques pas vers Ndaya.

Finalement, elle prit son courage et s’adressa à elle calmement : « Pourquoi pleures-tu de la sorte, jeune fille ? As-tu des problèmes ? » Surprise et gênée par la question, elle regarda l’inconnue sans répondre. Elle baissa la tête comme si elle n’avait pas entendu la question. La dame insista : « Tes parents t’ont chassée de la maison ou quoi? » Ndaya lui répondit enfin que sa tante l’avait chassée de chez elle. Ne sachant où aller, elle voulait solliciter l’amabilité du chauffeur du camion pour la ramener chez ses parents, au pays des Bashilang.

Prise de pitié et de compassion, la dame lui demanda de la suivre. Un long silence et puis : « Je m’appelle Eyenga. » Lui dit-elle. C’était une dame d’une cinquantaine d’années. Elégante, habillée en pagnes superwax, elle portait une chaînette en or avec un médaillon en forme de cœur autour du cou et de grandes boucles d’oreilles. Tout son être respirait une richesse insolente. Un sac en cuir avec des parures en or pendait à son bras gauche. Elle jeta rapidement un coup d’œil à sa montre, puis sur son interlocutrice. « Et toi, comment tu t’appelles ? », lui demanda-t-elle ? « Ndaya ! » lui répondit celle-ci d’une voix lasse et fatiguée.

Il était environs 19 heures ce soir-là lorsque Ndaya s’en alla avec madame Eyenga. Un taxi les ramenait à travers les rues de la capitale déjà éclairées vers Limete, un quartier huppé de la capitale. Lorsqu’ils y arrivèrent, tout était calme, à part quelques passants par-ci, par-là. Ndaya regarda autour d’elle. Des belles maisons entourées de fleurs. La lumière des réverbères se confondait à celle de la lune qui brillait dans un ciel étoilé. Madame Eyenga, lui ouvrit le portail et lui souhaita la bienvenue chez elle. (A suivre)

Lumbamba Kanyiki

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28 mai 2013

L'album collège Bandayi réactualisé

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Grâce à notre ami Jacques Kapanga, cet ancien du collège bien connu dans les milieux des Kanangais, nous avons réactualisé notre album du collège Bandayi. Personnellement, la photo de la classe de 6ème scientifique m'a fait énormément plaisir parce que j'y ai reconnu certaines têtes dont Muamba Bakole, Tshinanga Adelard, Ntumba Tuffé (je ne sais pas si j'ai bien écrit le surnom), Jacques Kapanga, etc...Du côté du corps professoral, nous nous rappellerons du père Mubengayi Luakale (Kaseya, il ne faut pas dévergonder les enfants de Kambala!), le père Mambo, Wilfried, etc...

Je prie à certains qui ont encore ces images de notre jeunesse de bien vouloir nous les envoyer pour publication sur notre blog de Kasai Direct. Bravo et grand merci à Jacques.

Lumbamba Kanyiki

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La Dot chez les Luba du Kasaï

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  1. 1.      La signification de la Dot

 

Mpuila-1La Dot comporte la signification suivante :

1)      L’officialisation, la légalisation, l’acceptation, la reconnaissance, la légitimation et l’intégration du lien du mariage

Un lien, une cohabitation entre un jeune homme et une jeune fille est considéré comme une prostitution, un lien « libre », individuel, anarchique, mauvais, non intégré, non accepté dans les deux familles ni dans la société et non reconnu par les deux familles, le clan et la société ni par la loi coutumière s’il n’est pas précédé par la Dot.

La fille est considérée comme une étrangère, une intruse, une prostituée et traitée avec mépris par la famille du jeune homme. Et le jeune homme est considéré comme un voleur, un usurpateur par la famille et le clan de la jeune fille et son clan tout entier.

Les enfants nés d’un tel lien sont considérés comme le fruit de la prostitution et appartiennent à la famille de la jeune fille. Le jeune homme et sa famille n’ont aucun droit sur ces enfants. 

C’est par la Dot que s’effectuent l’officialisation, la légalisation, la reconnaissance, la légitimation et l’intégration du lien du mariage au sein de deux familles concernées, du clan et de la société.

Les enfants deviennent alors les membres de la famille de la lignée paternelle.

2)      La solidité et la stabilité du foyer : la Dot solidifie et stabilise le mariage et elle est une source de solidarité au sein d’une famille et d’un clan :

 -          Celui à qui la Dot est destinée habite souvent au village ou loin : il n’est donc pas facile de rembourser la dot en cas de rupture du mariage.

 -          La Dot est une source de solidarité dans une famille : elle aide souvent l’un des membres de la famille de la fille à se marier : une fille qui se marie part de sa famille pour appartenir désormais à la famille de son mari. Mais elle fait entrer une autre fille dans sa famille d’origine et la fait ainsi grandir. Dans ce cas aussi, il n’est pas facile de rembourser la Dot en cas de rupture du mariage d’où la première Dot était issue.

Dans les deux cas donc, la fille doit beaucoup réfléchir avant de s’engager dans un mariage.

3)      La Dot scelle les liens de famille entre les mariés et entre les deux familles et les deux clans et inaugure les liens de respect mutuel.

Une fille qui cohabite avec un homme sans que cet homme ne soit venu verser la Dot pour elle dans sa famille est une source de honte pour ses parents et elle fait l’objet de mépris et de moquerie dans toute la famille et tout le clan.

Les enfants nés d’un lien sont méprisés et déconsidérés sont souvent l’objet de moquerie et d’injure : ils sont considérés comme le fruit de la prostitution.

Dans ce cas aussi, une fille luba ne peut pas rompre facilement son mariage ni accepter d’affronter quotidiennement l’opprobre et vivre en concubinage avec un homme qui n’est pas venu se présenter dans sa famille et verser la Dot pour elle. Elle se place elle-même, place ses parents, sa famille et ses enfants dans une situation très inconfortable et jamais traditionnellement ni coutumièrement souhaitée.

4)      La Dot relie les Vivants et les Ancêtres

La Dot permet aux Ancêtres à reconnaître ce lien de mariage, à venir y habiter au milieu des époux, à en être fier, à le bénir, à en être les boucliers, à le préserver, à le sauvegarder, à le protéger, à l’accompagner de tous leurs meilleurs souhaits de bonne santé et de bonheur et à y intervenir pour faire obstacle aux mauvais esprits et aux esprits malveillants désireux de jeter un mauvais sort sur le mariage et sur les époux.

Le mariage n’est pas dans la rubrique des contrats. Il est un don de soi, un engagement qui implique les mariés, les familles et les clans ainsi que les Ancêtres et assure la continuité, la survie et le progrès de la famille, du clan et de la tribu.

  1. 2.      La procédure :

 1)      Présentation :

a)      Rencontres discrètes entre les deux intéressés

Le jeune homme et la jeune fille se rencontrent d’abord en toute discrétion et se parlent de leur intention de se marier. L’initiative de cette intention et des rencontres viennent du jeune homme et non l’inverse.

b)      Informations portées au niveau des parents

 Si l’acceptation mutuelle est conclue entre eux deux, les deux en parlent à leurs familles respectives.

c)      Prospections discrètes

Chaque famille procède par une prospection discrète sur l’éducation et l’état civil du prétendant et de la prétendante.

Cette prospection peut aller jusqu’à des invitations discrètes adressées par le jeune homme, en accord avec ses parents, à la jeune fille à participer à certains événements organisés dans la famille du jeune homme (fêtes d’anniversaire…). La jeune fille tient ses parents informés de ces invitations et de ces déplacements. Après ces événements, la jeune fille ne passe jamais la nuit dans la famille du jeune homme et tout le monde veille à la ramener immédiatement, pendant qu’il fait encore jour, chez ses parents ou ses tuteurs.

Le jeune homme est aussi invité de la même façon dans la famille de la jeune fille.

d)      Annonce officielle

La fille annonce à ses parents ou à ses tuteurs qu’un tel jeune homme l’a abordée et lui a fait part de son intention de l’épouser ; qu’elle est d’accord et qu’elle lui a demandé de venir se présenter officiellement dans sa famille.

Les parents annoncent à la jeune fille la date qui leur convient. Et la jeune fille transmet le message à son futur époux.

e)      Présentation officielle du prétendant

Le jeune homme vient, accompagné de deux ou trois de ses amis et d’un des membres de sa famille. Ils sont accueillis par le père ou le tuteur de la jeune fille. On leur sert à boire. Le beau-père leur demande alors qui ils sont et pourquoi ils sont venus.

Le jeune homme entouré de ceux qui l’accompagnent prend la parole se présente (sa famille, ses études, son lieu de résidence) ; présente les personnes qui l’accompagnent et annonce officiellement au beau futur beau-père son intention de venir naître dans sa famille en épousant sa fille telle. La fille est dans sa chambre et ne participe ni à l’accueil ni aux premiers moments de l’entretien.

Le beau – père demande à l’intéressé si sa famille est au courant de sa démarche ou si cette démarche individuelle.

Si le prétendant répond oui, le beau-père appelle alors sa fille et lui demande si elle connaît les personnes venues et si elle sait pourquoi ces personnes sont venues. Il demande à sa fille si elle est d’accord. Si la fille dit oui, alors elle prend part à la suite de l’entretien ; le père appelle la belle-mère et lui parle de l’entretien ; la belle-mère entend le oui de deux intéressés ; puis elle s’efface pour aller à apprêter les mets à la cuisine.

Le beau-père est en train d’approfondir avec les concernés le sujet, les autres sujets… Et on sert à manger.

Le prétendant et tous ceux qui l’accompagnent restent quelque moment après le repas, puis ils annoncent leur intention de partir. C’est alors qu’ils se conviennent avec le beau-père sur le jour de la présentation officielle pour les deux familles.

Le beau-père annonce aux intéressés qu’il leur fera part du contenu de la dot après avoir contacté les autres membres de la famille, et surtout celui à qui la dot est destinée.

f)       Communication du contenu de la Dot

Et dans un avenir très proche, le beau-père appelle l’intéressé, ses parents ou ses tuteurs pour une rencontre discrète afin de leur faire part du contenu de la Dot.

Et ensemble ils se conviennent sur le jour de la Cérémonie.

La Cérémonie de la remise de la Dot se déroule dans la famille de la belle-famille. (Au Domicile du beau-père).

Le jour de la Cérémonie, les deux familles réunies ont leurs porte-paroles. Les présentations usuelles de deux familles sont faites et les questions habituelles d’amour et d’engagement sont posées aux deux prétendants.

Tout ce qui vient de la belle-famille passe par le père du prétendant. Celui-ci en signe d’engagement le donne au porte-parole de la sa famille. Le porte-parole de sa famille le donne à son tour au porte-parole de la famille de la fille. Cette dernière s’avance vers son père, le lui tend et le prie humblement d’accepter. Le père avant de l’accepter s’adresse publiquement et solennellement à sa fille en lui demandant si elle est pleinement consciente de ce qui est en train de se dérouler et lui rappelle qu’à ce moment précis elle est en train de s’engager elle-même définitivement et d’engager la responsabilité et l’honneur de toute la famille, de tout le clan et tous les Ancêtres. Si la fille répond qu’elle en est consciente et qu’elle tiendra définitivement à cet engagement, alors le père accepte ce qu’elle lui tend.

 Toute l’assistance applaudit.

  1. 3.      Le contenu de la dot :

 1)      Une somme d’argent déterminée par le destinataire de la Dot.

 

2)      La chèvre des Ancêtres appelée « Mbuji Wa Bakishi » : Elle est offerte aux Ancêtres de la Lignée paternelle de la fille pour que ceux-ci daignent reconnaître ce mariage, venir s’y installer le bénir, le protéger et l’accompagner de leur bienveillance et sollicitude. Cette Chèvre est mangée par le beau-père avec les autres membres de la lignée paternelle.

 3)      La chèvre pour la belle-mère appelée « La chèvre du sein » : c’est une chèvre offerte par le jeune marié à sa belle-mère pour avoir nourri de son sein sa fille et l’avoir fait grandir et l’avoir bien éduquée. Dans un mariage, la belle-mère est non seulement honorée, elle est même considérée comme la personne centrale et le ciment d’un mariage : elle ne peut en aucun cas être insultée par le beau-fils : « Muntu yonso kena ne Mfumuende, kadi Mfumuende M-Muku wende » (Vous pouvez vous considérer comme étant au-dessus de tout le monde et même manquer de respect envers tout le monde, mais jamais envers votre belle-mère). Un écart de langage, des propos irrespectueux, une insulte faite par le beau-fils contre la belle- mère lors de leurs disputes internes entre époux est la caractéristique extrême d’une mauvaise éducation qu’il a eue et est très souvent la signature immédiate du divorce. La belle-mère mange cette chèvre avec les autres femmes de sa famille et avec ses amies.

 4)      La chèvre de la virginité est exigée dans certains clans des Luba : si la fille est vierge jusqu’au mariage. C’est une chèvre destinée à honorer la fille et la belle-mère pour la bonne éducation. C’est la belle-mère qui la mange avec les femmes de sa famille et avec ses amies.

 5)      L’habillement de la belle-mère : de la tête jusqu’aux pieds (mouchoir de tête, pagne, souliers, bijoux, sac à main…). Souvent le beau-fils offre au-delà de ce qui est demandé pour montrer son amour et sa reconnaissance envers la belle-mère.

 6)      L’habillement du beau-père : chapeau, costume, chemise, cravate, souliers, montre… Souvent aussi, le beau-fils peut ajouter plus.

 7)      Les autres exigences venant de la personne à qui la Dot est destinée : habillements…

 8)      La belle-famille peut accessoirement amener les boissons, les mets…

 9)      Le porte-parole de la belle-famille rappelle au prétendant et à sa famille que la Dot dure toute la vie : « Ku Buku nku Diala »… La belle-famille est comparée à un champ qui entoure le foyer. Quand on a quelque chose et on mange, on y envoie ce qui reste. Chaque fois quand on a un surplus, on songe à la belle-belle, on partage avec elle, on y envoie un colis, un paquet…

  1. 4.      Les conséquences de la Dot

Le mariage coutumier est scellé. Les deux mariés s’embrassent devant l’Assistance de leurs deux Familles. La fille quitte sa chaise qui était jusque-là du côté de sa famille et va s’asseoir sur une chaise aux côtés de son mari dans le camp de la belle-famille.

La famille du jeune marié a le droit de réclamer, séance tenante, par la bouche de son porte-parole, le départ de la fille avec eux à la fin de la Cérémonie. La famille de la fille se met à négocier : elle demande à la famille du jeune marié la grâce d’accepter l’organisation de la Cérémonie religieuse – si les deux familles sont des croyants – et de rassembler les approvisionnements nécessaires (« Kupaya Muana Wa Bakaji ne Kuya kumushindikija kua Bayenda ») et de désigner les personnes qui devront accompagner la fille chez son mari.

  1. 5.      Les cas où la Dot n’est pas remboursable s’il y a le divorce :

 -          Si la décision du divorce vient du mari alors que sa femme n’a pas commis une faute qui exige le divorce ;

 -          Si le mari a commis une faute qui exige le divorce alors que sa femme a été correcte et irréprochable ;

 -          Si la femme a donné naissance aux enfants, sa famille ne rembourse pas la Dot en cas de divorce.

Fait le 26 Mai 2013.

Dr François Tshipamba Mpuila

E-mail : tshipamba.mpuila@yahoo.fr

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17 mai 2013

Une héroïne dans l’ombre (suite2)

Il pleuvait ce matin-là sur la capitale. Toutes les rues étaient inondées. Les passants, parapluies en mains ou sachets en plastiques sur la tête, marchaient en sautant des flaques d’eau boueuses et interminables sur des voies en terre mal entretenues. Dans les caniveaux non couverts, qui n’avaient jamais été curés depuis les départs des colons, l’eau débordait et emmenait toutes les immondices et les matières fécales que les Sachantais y jetaient à chaque fois que la pluie tombait de jour comme de nuit. Et les odeurs ! Les odeurs pestilentielles planaient pendant des jours et des jours, empoisonnant l’atmosphère, ce qui donnait  à la capitale le surnom de Sashanti, la poubelle.

Comme s’était dimanche, la plupart des habitants s’étaient terrés chez eux en ce jour dominical. Souvent c’était une bonne occasion de faire la grasse matinée, bercé par la « musique » douce des gouttes de pluie tombant sur les toits en tôles ou des fenêtres en vitres. A Sashanti, les gens n’étaient pas aussi croyants que dans les provinces pour se rendre obligatoirement à l’église.

Le cadet de la tante de Ndaya, un petit garçon d’une dizaine d’années se réveilla vers six heures, poussé par un besoin pressant de se rendre aux toilettes. Il tourna rapidement la clé dans la serrure, tira sur les cales et hop une petite course sous les cordes de pluies, vers les toilettes, derrière la maison. Lorsqu’il poussa la porte, il se retrouva devant une forme humaine endormie dans le coin. Pris de panique, il rebroussa chemin en criant : « Une personne dort dans les toilettes, maman, maman ! ». Alertée par les cris de l’enfant, toute la famille sortit en courant, le père en tête.  

Ndaya se réveilla du même coup et se frotta les yeux. Elle voulut sortir des toilettes, mais fut arrêtée dans son mouvement à la vue de la pluie qui tombait maintenant en rafales dehors. Juste en ce moment, apparut son oncle, le mari de sa tante, suivi de sa fille aînée avec qui Ndaya était sortie la veille au soir. « Qu’est-ce que tu fais là à cette heure, toi ? » lui demanda-t-il, étonné.  Avant que Ndaya n’ait répondu, sa cousine expliqua à son père tout ce qui s’était passé la veille. Alors, il demanda à Ndaya si elle avait retrouvé la perruque. Mais en voyant la mine qu’avait celle-ci, il n’insista pas et lui indiqua la direction de la maison.

Lorsque l’oncle se retourna, il se trouva, nez à nez avec son épouse. " Cette fille est très impolie et mal éduquée." commença-t-elle "Comment peut-elle avoir le courage d'échanger ma perruque sans ma permission ? Tant qu’elle ne me l’a pas ramenée ici, elle n’entrera plus dans ma maison ! " Conclut-elle.  Mais la cousine prenant sa défense, réagit sèchement : « Maman, elle n’a pas fait express ; elle a tout simplement oublié de reprendre la perruque. D’ailleurs, ce n’est pas elle qui avait commencé, mais plutôt l'autre qui voulait un peu l'essayer ! » Mais sa mère en colère lui cria : « tu la boucles ! ».

L’oncle qui, jusque-là n’avait pas parlé, fit remarquer à sa femme que Ndaya était la fille de sa sœur. « Peut-on jeter un enfant dehors pour une histoire de perruque ? » lui demanda-t-il calmement. Alors, la tante, perdant tout contrôle, demanda à son mari : « Où est ton problème là dedans ? Cette fille est devenue ta concubine ou quoi ? Pourquoi prends-tu ainsi sa défense ? De toutes les façons, ma décision est prise. Pas de perruque, plus de séjour chez moi ! ». Elle se tourna sur ses talons et rentra dans la maison.

Finalement, Ndaya, impuissante, demanda à sa cousine de lui apporter une robe afin de se changer. Elle enleva la perruque qu’elle portait encore sur la tête et la remit à sa cousine. « Je ne pourrai pas retrouver cette fille-là ; tu le sais bien. Garde quand même sa perruque. On ne sait jamais. Elle se débarbouilla le visage et nettoya la bouche au robinet qui trônait dans le coin de la parcelle sous les yeux de ses cousins et de son oncle. Lorsqu’elle eut terminé, Elle demanda à sa cousine de lui remettre quelques effets personnels dans un sachet pour pouvoir se changer au cas où elle ne retournerait pas à la maison. Ensuite, elle prit la direction du portail de la parcelle. Sa cousine, prise de pitié, voulut la suivre, mais fut arrêtée dans son élan par sa mère qui lui intima l’ordre de ne pas la suivre. Ndaya tira sur le portail de la parcelle, l’ouvrit lentement et s’en alla comme une vulgaire voleuse.  Ses empreintes furent rapidement englouties par l’eau de pluie. (A suivre)

Lumbamba Kanyiki

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01 mai 2013

Adaly dans ses oeuvres

Je viens de découvrir une vidéo qui m'a fait énormément plaisir. Je vais la partager avec vous. Nous avons beaucoup de talents encore cachés en nous. Ce n'est pas Adaly qui me contredira. Suivez!

Adaly et Yannick

Lumbamba Kanyiki

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22 avril 2013

Une héroïne dans l'ombre (Suite)

Il faisait très sombre dans la fourgonnette de la police sans fenêtres. Lorsque Ndaya y fut jetée, elle tomba sur d’autres corps, assis pêle-mêle sur le plancher du véhicule. Un des policiers alluma sa lampe-torche à la recherche de la nouvelle venue qu’elle reconnut très vite. « Eh toi, montre tes papiers ! » Ndaya lui répondit qu’elle n’en avait pas. Il s’approcha d’elle et lui assena une forte gifle dans la joue. Elle vacilla, perdit l’équilibre et tomba sur les jeunes garçons assis derrière elle. La lampe-torche s’éteignit de nouveau.

Des longues minutes s’écoulèrent et la fourgonnette roulait toujours. Bientôt, elle s’arrêta et les policiers commencèrent à sortir, un à un, les jeunes qu’ils avaient arrêtés et les emmenèrent au cachot du commissariat ; seule Ndaya resta derrière la fourgonnette. Les policiers revinrent quelques instants plus tard, refermèrent les battants et le véhicule repartit. Les quatre murmuraient et parlaient en code pour que Ndaya ne comprît ce qu’ils disaient.

Comme ils l’avaient laissée tranquille, prise de fatigue, elle s’endormit aussitôt, adossée à la paroi de la fourgonnette. Un coup de pied à la jambe gauche la réveilla brutalement. Aussitôt deux mains très fortes la souleva du plancher et l’entraîna au dehors.  

Un vent frais la frappa comme une gifle. Tout était noir autour d’elle mais elle entendait les clapotis de l’eau s’écrasant aux rochers, ce qui mit tous ses sens en éveil. Lorsque ses yeux s’habituèrent à l’obscurité,  elle constata avec surprise que, effectivement, elle se trouvait au bord du fleuve Nzadi. Les reflets de la lumière des réverbères au loin sur la surface d’eau amenaient un peu d’éclairage. Le vent soufflant sur le fleuve roulait les nuages grisâtres au-dessus des cimes des arbres.  Ndaya se retourna cherchant ceux qui l’avaient emmenée là de son regard perdu. Ils étaient là, cinq silhouettes qui l’observaient avant les dernières explications.

Les ayant aperçus, elle comprit que son heure était arrivée. Lorsqu’elle était chez ses parents, au pays des Bashilang, elle entendait toujours son père commenter les informations qu’il entendait à sa radio qu’il écoutait chaque soir. Elles faisaient état, presque chaque semaine,  des cadavres qu’on retrouvait soit aux bords des routes, soit aux bords du fleuve, soit jetés dans des caniveaux. Certains décapités, éventrés ou les sexes arrachés. Alors, il disait sans cesse : « Sashanti est un enfer. Il ne pouvait en aucune façon accepter de vivre dans un endroit comme celui-là, où on tue gratuitement ». Mais jamais, elle ne pouvait s’imaginer qu’un jour, elle allait se retrouver dans la même situation. Les mains levée au ciel, elle se mit à monologuer dans sa langue:

« Hei, Mundi wa Ngandu, nkadi mfua, nshiya muan’anyi kayi mukole.
Mundi wa Ngandu, nkadi ndua kufua mu tshisuku bua perruque.
Perruque umvua tshiyi mulombe,
Mundi wa Ngandu, kua kumona tshitalu tshianyi.
Ntumba wa Kabongo, mamu wanyi musuibe
Nkadi mfua ne buana buanyi bonso!
Kuakummona kabidi!
Mvidi Mukulu wa Tshiame, Maweja nangila, angata moyo wanyi »

L’un des policiers vint lui asséner une gifle très violente sur la joue. « Tais-toi, pute ! Remonte ta sale robe et descends vite ta culotte pour ton dernier plaisir ! » Ndaya ne pleura pas. Elle tomba sur ses genoux, les bras tendus vers son assaillant, implorant sa pitié. A ce moment, un des policiers sauta du lieu où il se trouvait et vint s’interposer entre son collègue et Ndaya. « Assez », cria-t-il « Vous ne comprenez pas ce qu’elle est en train de dire. Cette fille est de chez moi, de Bashilang. » Alors, il se mit à leur traduire ce qu’il venait d’entendre du monologue de la jeune fille. « Elle dit qu’elle va mourir pour une perruque. Elle parle aussi de ses parents et de son enfant qu’elle ne verra plus grandir. Alors, Arrêtez ! Cette gamine est, peut-être, une parente à moi ». Les autres protestèrent et ne voulurent pas le comprendre. « Tu vois ? Maintenant qu’il s’agit d’une fille de chez toi, tu veux intervenir pour que nous la laissions tranquille. Pourquoi ne l’as-tu pas fait avec les autres ? »

Pour toute réponse, le policier Mushilang (oui, appelons-le ainsi) prit Ndaya par le bras et, la faisant passer devant lui, s’adressa aux autres: « Avant de faire tout ce que vous voulez avec cette gamine, vous devez d’abord me tuer ». Lorsqu’il arriva avec elle à la fourgonnette, elle la fit monter dans la cabine, contourna la fourgonnette par devant et s’installa au volant. Quelques instants plus tard, il entendit les autres policiers s’engouffrer dans la fourgonnette et donner le départ.

Il faisait environs trois heures du matin lorsqu’ils quittèrent le bord du fleuve. Ils roulèrent ainsi pendant une quinzaine de minutes dans un silence complet. Ce fut le policier chauffeur qui brisa, le premier, le silence : « qu’est-ce que c’est que cette histoire de perruque ? » demanda-t-il à la jeune fille, d’un ton curieux. Ndaya commença à lui raconter de la préparation de la fête, de la fête, elle-même, des échanges des perruques avec l’inconnue et l’oubli de la récupérer, etc…jusqu’au moment où sa tante l’avait renvoyée pour la chercher.

Lorsqu’elle termina son récit, elle fondit en larmes, la tête entre les mains, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait. Le chauffeur, très touché, ne manifesta aucune émotion apparente. Sous la lumière des routes, Ndaya pouvait, par moment, l’observer furtivement. C’était un homme dans la trentaine. Une casquette de policier enfoncée sur la tête laissait apparaître des cheveux de style Afro. Il était d’une stature de boxeur avec ses biceps saillants et des bras musclés qui tournaient le volant avec aisance. Ndaya se dit intérieurement que, sans sa tenue grise de policier, il devait être très beau. Son sauveur.

Lorsque la fourgonnette arriva à l’endroit où les policiers l’avaient embarquée quelques heures plus tôt, le policier chauffeur lui demanda où elle habitait. Ndaya lui indiqua l’avenue. « Tu peux maintenant partir. J’attends jusqu’à ce que tu entres dans la parcelle. Plus jamais, tu n’oseras te traînailler sur la route à des heures tardives de la nuit. Allez, va !» Ndaya lui dit merci avec deux mains jointes sur la poitrine comme pour une prière et sortit de la fourgonnette. Elle courut du mieux qu’elle put jusque dans la parcelle de sa tante. Arrivée devant la porte, elle tambourina, avec force, sur la porte en criant: "Ouvrez-moi vite, s'il vous plaît!" Quelques secondes plus tard, la tante ouvrant la porte d'un mouvement sec, se planta,  le bras croisés, devant Ndaya: « Tu as ramené ma perruque ? » lui demanda-t-elle. Ndaya voulut lui expliquer du danger auquel elle vient d’échapper. Mais sa tante resta de marbre. « Je t’ai dit que tu n’entreras pas dans ma maison sans ma perruque ! ». Elle claqua la porte au nez de la jeune fille qui fondit de nouveau en larmes. Ndaya passa le reste de la nuit derrière la maison, dans la toilette.  (A suivre)

 

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11 avril 2013

Une héroïne dans l'ombre

Ndaya était d'une beauté rare. Sa peau d'ébène lisse brillait au soleil et ses rondeurs de guêpe n'étaient en rien affectées par une maternité précoce. Lorsqu'elle se mouvait en balançant innocemment ses hanches de dix-sept ans, tous les regards mâles se tournaient vers elle avec admiration. Par contre les filles de son quartier étaient très jalouses. Lorsqu'elle avait décidé de quitter son mariage  où elle était troisième femme, elle ne pouvait plus sortir de la maison parentale pour, ne fut-ce que faire un tour dans le quartier ou aller au marché. Car, les autres filles se moquaient d'elles sur son passage.

Un jour, elle dit à son père: "Père, j'ai suivi tes conseils. Je me suis mariée. Je viens de divorcer avec un enfant sur les bras. En tant que fille-mère, les chance d'un deuxième mariage sont très minimes dans cette région. Je voudrais bien, avec ta permission, me rendre à Sashanti, chez ma tante. Peut-être, y trouverai-je l'homme de ma vie."  Puis, elle se tut un moment, attendant la réaction de son père. Celui-ci le regarda tranquillement, sans rien dire. C'est que le problème de Ndaya travaillait beaucoup le pauvre homme. Ndaya était sa première fille, aînée d'une famille de neuf enfants, quatre filles et cinq garçons. Le pauvre paysan avait pensé à l'époque tirer profit du mariage de sa fille avec un riche diamantaire qui avait plusieurs immeubles, une entreprise de transport et un hôtel-bar. Mais hélas!  Fermant les yeux, il revoyait cette nuit où sa fille enceinte, vint, sous une pluie battante, frapper à sa porte pour y chercher refuge. Trempée jusqu'aux os et grelottant comme une poule mouillée, elle était incapable de raconter à ses parents ses déboires du foyer à quatre. Quel que fût ce qui s'était passé, le père avait décidé de ne plus laisser sa fille, son premier sang, retourner chez cet homme, si riche fût-il. Quelques mois plus tard, Ndaya donna naissance à un petit garçon qu'elle nomma Mundi...

Lorsque le père rouvrit les yeux après ce long silence, il dit à sa fille: "Ma fille, ton problème me préoccupe beaucoup. J'ai déjà eu tort en te mariant très jeune à cet homme qui était déjà marié. Je n'aimerais pas commettre une deuxième faute. Si telle est ta volonté de te rendre chez ta tante, à Sashanti, je ferai le nécessaire. Je vendrai mes chèvres pour te payer ton voyage par train. Mais tu me jureras une chose: Tu ne tomberas pas dans la prostitution, quoi qu'il arrive!" Ndaya, prise d'une joie inattendue, répondit à son père: "Je le jure, père!".  Les préparations du voyage se firent dans la discrétion la plus totale. Ndaya prit son train à la gare de Bashilang un soir du mois de mars, laissant son fils d'à peine un an dans les bras de sa mère. Tous l'embrassèrent en pleurant avant qu'elle monte dans le train. Si tôt entrée, elle fut happée dans le wagon bondé de passagers, entassés les uns à côté des autres. Le train, donna un dernier coup de sifflet lugubre. Les vieux wagons gémirent dans un grincement des ferrailles, emportant Ndaya vers cette terre inconnue où elle avait pris rendez-vous avec son destin.

Trois mois s'écoulèrent sans incident chez sa tante,  petite-soeur de sa mère. C'était une femme , pas très belle, mais de stature imposante, une mastodonte qui dominait sur toutes ses quatre filles et son mari, un bout d'homme trapu qui lui arrivait presque à la hanche. Mais à la différence de sa femme, il était d'un coeur d'ange, incapable de faire du mal à une mouche. Il travaillait comme cuisinier dans un restaurant de la place. C'est, sûrement, la raison pour laquelle il était souvent absent de la maison. Lorsque Ndaya arriva chez lui, munie seulement d'un brevet de cycle d'orientation, il la conseilla de faire neuf mois de coupe et couture dans un centre de formation de la place. En effet, à dix-sept ans, le temps de continuer le cycle normal était déjà passé, lui avait-il dit. Comme l'année scolaire avait déjà débuté, il lui fallait attendre la prochaine session qui allait démarrer six mois plus tard, au mois de septembre. Ndaya ne put atteindre cette échéance chez sa tante. Car, les événements se passèrent autrement et de façon dramatique.

Un samedi soir, Ndaya devait accompagner sa cousine qui avait presque même âge qu'elle à une fête. Cette dernière lui prêta l'une de ses belles robes de soirée et la maquilla. La tante lui prêta aussi sa perruque "afro"qu'elle portait rarement. Ndaya ne se reconnut pas lorsqu'elle se contempla dans le miroir que tenait sa cousine devant elle. "Tu es belle et ravissante comme une star américaine", lui dit sa cousine avec une pointe de jalousie dans la voix. "Tous les regards ne seront que pour toi, ce soir! Tu vas nous voler la vedette!

Effectivement, lorsque les deux filles entrèrent dans la salle, les sifflements et les cris d'admiration fusèrent de partout. Les amis de la cousine accoururent et voulaient mieux connaître la nouvelle venue, belle comme une âme du bon Dieu. "C'est ma cousine; elle s'appelle Ndaya" leur répondait-elle sans plus. Et tous ces regards et marques de sympathie rendaient Ndaya encore plus timide, elle, cette "Mowuta" (habitante d'une province!) qui prenait part, pour la première fois, à une fête dans Sashanti, la capitale de Nzadi, grand pays du grand fleuve! N'ayant pas la maîtrise du lingala, la langue parlée dans la capitale, elle répondait toujours par des phrases courtes du genre: "Sango te!, Kombo na ngai Ndaya, merci mingi" et ajouter un peu de français.

La fête commença enfin. Ndaya fut entraînée sur la piste par un jeune homme très élégant dans un abacost de superwax fleuri. Bien que timide au début, elle n'eut aucune difficulté à adapter ses pas sur ceux de son cavalier. En effet, elle dansait à merveille. Après environs trois heures de danses et de rires, les filles se retirèrent dans les toilettes pour se refaire leur beauté. C'est en ce moment que l'une des filles s'intéressant  à Ndaya,  lui retira sa perruque qu'elle essaya sur sa tête. Elle lui allait très bien, épousant les contours de son visage comme ses propres cheveux. Attirée par la même curiosité, Ndaya prit aussi la perruque de la fille qu'elle avait déposée sur le lavabo et l'enfonca sur sa tête. Celle-ci était lisse, de type européen. Lorsque Ndaya se regarda dans le miroir, elle émit un petit soupir de satisfaction et se fit un clin d'oeil.

Tout à coup, quelqu'un frappa à la porte de la toilette. C'était son cavalier qui voulait que Ndaya l'accompagne sur la piste. "Fais vite, Ndaya! Mon morceau préféré risque de passer sans que j'aie dansé avec toi"lui cria-t-il. Ndaya courut après lui sur la piste, haussant le bas de sa robe sur les genoux pour ne pas tomber, dévoilant, en même temps,des longues jambes bien bâties. Aussitôt sur la piste, elle se glissa dans ses bras. Son corps souple épousa le sien, la tête couchée sur sa poitrine musclée et les bras noués autour de son cou  dans un slow à couper le souffle. Ils dansèrent longuement, très longuement même, les slows se succédant les uns après les autres. Ils ne se rendirent même pas compte que tous les couples s'étaient retirés de la piste, tellement ils étaient concentrés comme transportés dans un autre monde, un paradis quoi!

Le temps passa très vite et la cousine oublia l'heure limite que lui avait donnée sa mère. Lorsqu'elle jeta un coup d'oeil sur sa montre, elle cria à Ndaya: "Oh nous devons rentrer très vite; si non, nous aurons des problèmes sérieux avec ma mère." Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux filles dirent rapidement au revoir à leurs amis et se mirent à courir sur la route de retour comme des folles.

Il faisait environ une heure lorsqu'elles arrivèrent à la maison. Malheureusement, ce fut la mère qui vint leur ouvrir la porte lorsqu'elles s'annoncèrent. "Pourquoi vous rentrez si tard? Qu'est-ce que je vous avais dit?  Quelle heure fait-il maintenant?" Et avant que les filles n'aient placé un mot, elle se tourna vers Ndaya: " Où est ma perruque?" Celle-ci toucha la perruque qu'elle portait sur la tête, la retira et la porta devant ses yeux hagards. C'était la toute première fois qu'elle voyait sa tante dans cet état. "Excuse-moi, ma tante, c'est... c'est-à-dire que .. Prise de panique, elle ne pouvait pas expliquer à sa tante qu'une fille était restée avec par oubli. Enivrée, comme elle l'était, par la magie de la danse, elle ne s'était pas rappelée de reprendre la perruque de sa tante." Tu sors maintenant et tu vas vite chercher ma perruque. Si non, tu n'entreras plus dans cette maison." lui cria-t-elle. Sa fille voulut l'accompagner, mais la mère la stoppa net. " Et toi là-bas, tu reviens ici tout de suite et tu vas dormir. Lorsqu'elle osa protester, sa mère l'empoigna par le bras et la poussa d'autorité vers sa chambre.

Prise de panique, Ndaya sortit de la maison et s'enfonca dans l'obscurité de la nuit. Dans ses pensées, elle voulait corriger son erreur, c'est-à-dire retrouver la perruque, la remettre à sa tante et enfin se jeter sur le lit qu'elle partageait avec sa cousine pour dormir.  Elle allait rapidement sur une route déserte à cette heure de la nuit, se maudissant d'avoir commis un oubli aussi grossier et maudissant, par la même occasion, son cavalier d'un soir qui lui avait fait connaître la magie du slow. source de ses malheurs. Et si la fille était déjà partie, elle aussi? se dit-elle.  Oh mon Dieu, quelle catastrophe! Elle chassa cette idée de sa tête. Il allait bientôt arriver à la salle, trouver la fille et récupérer la perruque. Les choses devaient se passer ainsi. Pas de si. Mais pendant que Ndaya était prise dans ses pensées, elle ne remarqua pas tout de suite la fourgonnette qui venait de la dépasser et s'arrêter un peu plus loin. Ce ne fut que lorsqu'elle aperçut quatre policiers venir à sa rencontre qu'elle réalisa ce qui allait se passer. Elle voulut courir, mais il était trop tard. Ils s'emparèrent d'elle, deux de chaque côté, la jetèrent à l'arrière de la fourgonnette et puis sautèrent dedans après elle. Le véhicule démarra en trombe. (A suivre)

Lumbamba Kanyiki

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10 avril 2013

RDC: «Atalaku» ou l’urgence du témoignage

Une scène du film "Atalaku" de Dieudo Hamadi.
Une scène du film "Atalaku" de Dieudo Hamadi.
DR
Par Antoinette Delafin/RFI

Le film du Congolais Dieudo Hamadi, Atalaku, a obtenu le prix Joris Ivens au Cinéma du Réel 2013, le célèbre festival du documentaire qui s’est achevé fin mars à Paris. Il s’agit de son premier long-métrage, qu’il a effectivement tourné tout seul, caméra à l’épaule.

Les contraintes du Cinéma du réel, Dieudo Hamadi les a respectées à la lettre. Plutôt qu’un candidat, il a choisi de filmer des jeunes d’un quartier populaire de Kinshasa, ceux qui servent de « petites mains », pour filmer la campagne électorale de 2011 en République démocratique du Congo. Ces élections, législatives et présidentielle, ont eu lieu à l’issue du premier mandat du président Joseph Kabila, précise un carton d’entrée de jeu. C’est la deuxième fois depuis 1960 que des élections libres ont lieu dans ce pays-continent, y explique-t-on, rappelant au passage le coup d’Etat de Mobutu, resté trente-deux ans au pouvoir avant d’être renversé en 1997.

Gaylor loue ses services au plus offrant
 
Pasteur « dans le civil », Gaylor, le personnage principal de ce film de 60 mn, loue ses services au plus offrant, battant campagne pour l’un ou l’autre des candidats en lice à la députation. Publicité pour les meetings, recherche de groupes de musiciens pour les animer… Gaylor s’est transformé en « Atalaku » (le titre du film), qui signifie « crieur » en lingala. On le voit passer de l’Eglise, où il incite ses fidèles à faire des dons pour la paroisse, aux étals des marchés où il cherche à convaincre les « mamans » de se rendre au meeting de « son » candidat, une Bible dans une main, des liasses de billets dans l’autre, distribuant parcimonieusement les précieuses devises.
 
La démarche de Dieudo Hamadi s’apparente-t-elle, comme le signifie son prix au Cinéma du réel, à celle de Joris Ivens, ce cinéaste néerlandais, mort en 1989 à Paris, qui a fait école en parcourant le monde, caméra à l’épaule ? Sans doute par l’urgence qu’il ressent de témoigner. Un« concours de circonstances », dit-il, a fait qu’il a été retenu après la première élection de 2006 (avait-il déjà l’envie de tourner ?) pour suivre une formation de cinéma, d’abord à Kisangani, sa ville natale, à l’est de la RDC, puis à Kinshasa. Cet ancien étudiant a arrêté ses études de médecine deux ans avant la fin pour devenir cinéaste…
 

Une scène du film "Atalaku" de Dieudo Hamadi.
DR

Au total : 30 heures de rushes
 
Ce n’est sans doute pas anodin, le sujet de son premier film (Dames en attente) porte sur une femme séquestrée dans une maternité de Kinshasa parce qu’elle n’a pas les moyens de payer ses frais d’accouchement... Une « pratique courante » qu’il a voulu montrer. Sensible à la sécurité des femmes de sa région d’origine, il a tourné son second court-métrage à l’est du pays, dans la ville de Bukavu, où il a suivi une commissaire de police chargée de lutter contre les violences sexuelles…

Atalaku
est son premier long-métrage, qu’il a effectivement tourné tout seul, caméra à l’épaule (voir interview ci-dessous). Au total : 30 heures de rushes. Et personne pour avancer les financements… Pourtant, en faisant vivre ces élections comme si on y était, chaque scène – même approximative - fait travailler l’imaginaire. Quand l’échéance approche, et que les fraudes pourrissent l’ambiance dans les bureaux de vote, la relation des Congolais des quartiers populaires à leur classe politique ne semble pas aussi dépourvue d’enjeux qu’il y paraît. Et réciproquement.

Dieudo Hamadi: «Les élections, ça ne peut pas attendre»
Le réalisateur congolais Dieudo Hamadi, auteur du documentaire "Atalaku", prix Joris Ivens au Cinéma du Réel 2013.
DR

Vous filmez les élections de 2011, censées élire des représentants du peuple. N’était-ce pas aussi le moment de tous les dangers ?

Le contexte était assez tendu. Personne ne savait à quoi s’attendre. On sentait bien que le candidat en place, Joseph Kabila, n’était pas prêt à perdre. Et son challenger principal, Etienne Tshisekedi, le « père » de l’opposition congolaise, savait, vu son âge, que c’était sa dernière chance. Ils étaient déterminés à en découdre. Kabila, s’il perdait, c’était fini. Et Tshisekedi, s’il ne réussissait pas, ce serait compliqué pour plus tard.

Le film se termine par leurs deux discours qui s’entremêlent. Chacun dit qu’il a gagné...

A la fin du scrutin, deux présidents se sont déclarés élus. C’était important de rendre cela. Dans le film, j’ai choisi de le montrer comme ça : d’avoir leurs voix, sur des images du cimetière, qui disent quasiment toutes la même chose.

Ces élections ne mettent-elles pas aussi en danger ceux qui entrent dans la danse pour défendre un candidat.

Oui. Il y avait beaucoup de tensions entre les militants de chaque parti ou de chaque candidat. Les politiciens se sont servis des kuluna, ces bandits qu’on voit dans le film, des jeunes désœuvrés qui ont grandi dans les rues et qui ravissent leurs affaires aux passants. Ils s’en sont servis comme main-d’œuvre pendant la période électorale, pour aller « foutre le bordel » dans la campagne de l’autre et vice versa. Ce n’était pas le sujet de mon film, mais, oui, c’était assez tendu de ce point de vue là aussi.

Quand le pasteur Gaylor sort de son Eglise pour aller embaucher un groupe de musiciens pour le prochain meeting du candidat qu’il soutient, il a intérêt à aligner l’argent pour convaincre…

L’argent est partout. C’est un peu ce qui m’a poussé à lier dans ce film l’Eglise et la politique. L’enjeu, principalement, c’est l’argent. On le voit dans la scène d’ouverture où les fidèles doivent en donner pour le carburant, le transport des serviteurs de Dieu, un Coca-Cola pour le pasteur... Et c’est pareil de l’autre côté. Pour se faire élire, les politiciens promettent de l’argent, ils le distribuent pour être sûrs qu’ils vont être « votés ». Cela m’a paru intéressant de montrer cette similitude au Congo entre le monde religieux et la vie politique.

A un moment, Gaylor est pris à partie par des femmes du quartier qui lui disent de ne plus ramener « son » candidat qui ne leur a rien donné…

Quand j’ai commencé à filmer Gaylor, il était déjà en train de mener sa campagne. Il avait amené la veille un candidat qui avait promis à chacun 5 dollars, des pagnes et des tee-shirts. C’est comme ça que ça se passe. Mais, à la fin, quand ils se sont retrouvés « à boire du jus », comme ils disent, le candidat était déjà parti… Je suis tombé juste quand il se faisait un peu sermonner. On lui rappelait qu’on est fatigué des promesses.

Les candidats sont-ils adoptés ou rejetés selon l’argent qu’ils ont distribué ?

On l’avait beaucoup vu lors des premières élections de 2006, où seuls les candidats « riches » ont été massivement élus. En 2011, la population savait que les politiciens allaient lui donner de l’argent en promettant tout ce qu’on connaît si elle acceptait de voter pour eux. Et elle a joué le jeu. On voyait beaucoup de monde dans les meetings du candidat qui avait le plus de moyens et donnait beaucoup de vivres. Mais après, il est arrivé que ces candidats échouent. C’était la surprise de ces élections. Il ne suffisait plus d’être riche, de distribuer l’argent à la population pour se faire élire.

 
Ne croit-on pas du tout aux candidats ?
 
Vous savez, il y avait 19 000 candidats-députés [pour 740 députés, ndlr]. Personne n’a eu le temps de tous les connaître. Ce qui intéressait la plupart des gens à Kinshasa, c’était qui pouvait offrir le plus. Mais beaucoup de politiciens s’en sont mordu les doigts. C’est ce que j’appelle une bonne surprise. C’est vrai, les gens espéraient avoir un peu d’argent pendant un ou deux jours, mais en réalité, ils ont aussi appris la valeur de ce fait de voter. Et que, même si l’on reçoit de l’argent, une fois seul dans l’isoloir, on peut voter pour la personne qu'on veut… J’ai entendu beaucoup de gens dire cela.

Selon vous, on se moque des partis de Tshisekedi, de Kabila ou d’autres…

Dans mon film, en tout cas, mes personnages, oui. Et (avec eux) beaucoup de Congolais. Ils n’ont pas beaucoup d’intérêt à savoir qui va gagner. Mais ce sont mes personnages. Je ne pouvais pas être partout en ville et filmer toutes les situations. Il y avait aussi cet enjeu assez important que vous évoquiez tout à l’heure, entre les partisans du président Kabila et de Tshisekedi. Eux savaient vraiment pourquoi ils se battaient. Il fallait absolument que leur candidat puisse être élu.

Pourquoi n’abordez-vous pas du tout le contenu dans ce film ?

Parce que pour beaucoup de gens, mais aussi pour les personnages que j’ai choisi de suivre, cela n’avait pas d’importance, le contenu. Cela ne servait à rien. C’était courant d’entendre un Kinois dire : de toute façon, qu’est-ce qu’ils vont dire de plus que ce qu’on connaît déjà ? En plus, beaucoup de Congolais ne parlent pas convenablement ou ne comprennent le français et les politiciens s’adressent à la population en français dans des discours assez techniques…

Pourtant, vous dites qu’il y a de vrais enjeux entre les uns et les autres.

Entre les principaux challengers, oui. Il y avait même une question idéologique.

L’idéologie ne concerne-t-elle pas aussi la rue ?

Oui. Ou au contraire, la rue est juste instrumentalisée par ces gens-là qui se battent pour de vraies idéologies. Mais la masse ne comprend pas grand-chose.

Autre épisode violent, c’est l’émeute dans le bureau de vote. Est-ce à cause de la caméra ou parce qu’il y a eu fraude ? Ou les deux mêlés ?

C’est vrai, personne n’est pareil quand il y a une caméra. Il y a toujours quelque chose qui change un tout petit peu. Mais, juste après cette scène-là, j’ai appris que ça s’était mal fini. Il a fallu que l’armée intervienne pour faire sortir le Monsieur accusé des tricheries... Bien loin des caméras, la tension a continué de monter. Donc, il y avait une vraie frustration. Ce que j’ai pu « capter » dans le film, c’est qu’il y avait des « gentils » ce jour-là. Des gens ont été tabassés. Il y a eu des blessés et même des morts, des bureaux de vote incendiés...

On dirait que vous vous autocensurez.
 
Non, non. Ce sont juste des images que je n’ai pas pu filmer, tout simplement parce que mes personnages n’étaient pas allés là-bas. Moi, je suivais des personnes et c’est eux qui me conduisaient. On l’a suivi dans des émissions de télé… Mais je me suis limité à montrer ce que j’ai pu filmer avec mes personnages.

Vous portez un regard critique sur le pouvoir d’en haut dont les gens d’en bas ne bénéficient pas. Est-ce le message du film : donner plus de pouvoir à la base ?

Déjà, j’ai filmé ce que j’avais envie sans avoir pour autant nécessairement de message à faire passer. J’ai juste voulu montrer une réalité. Je me suis limité à montrer ce que j’ai vu, à ma manière. Je n’avais pas de préméditation. J’avais juste envie de témoigner d’un moment important de l’histoire de ce pays qui se trouve être le mien.

Dans le film, des militants de la société civile apprennent aux gens comment voter...

Quand je pensais à ce film, des mois avant les élections, j’avais suivi une émission à la télé animée par les représentants de la société civile. Leur combat m’a plu et j’ai décidé de les associer.
 
On a l’impression d’un film fait dans l’urgence, et en même temps intemporel. N’est-ce pas un peu ça l’écart ?

J’en suis ravi. C’est un film fait dans l’urgence. Les élections, c’est ce que j’ai voulu filmer, et ça ne peut pas attendre. Je n’ai pas attendu, par exemple, d’avoir les sous pour engager une équipe. J’ai filmé à l’arrache avec une caméra Sony Z7 qu’on m’avait prêtée pour des journées bien définies. Pendant le tournage, il est arrivé qu’on me la reprenne. Je devais attendre le lendemain pour la récupérer. J’ai filmé tout seul. Au début, je voulais vraiment avoir une équipe, un cadreur qui filmait mieux que moi. Mais la réalité, c’est que je ne pouvais pas me l’offrir. Du coup, je me suis décidé à y aller tout seul. Là, maintenant que le film est fini, je me dis que c’était peut-être la meilleure façon de filmer tout ça.

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08 mars 2013

Quand le pasteur drague

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GROUPES DE PRIERE OU AGENCES DE DIVORCE ?

Ces derniers temps en europe, en Afrique du sud ou aux... USA...nous assistons à un phénomène bizarre qui se développe dans la communauté congolaise : la prolifération tous azimuts des sectes religieuses nébuleuses connues plus sous le vocable de « Groupes de prière ». La quasi-totalité de ces sectes est dirigée par des « Charlatans » qui galvaudent la réputation des véritables « Pasteurs ».

Exploitant la crédulité de leurs fidèles, ces faux « Pasteurs » se permettent souvent d’organiser des veillées de prière soi-disant d’expiation, auxquelles sont conviés les Frères et Sœurs en Christ.

C’est pendant ces veillées que nos « Pasteurs » font des révélations surprenantes à l’endroit de certaines Sœurs en Christ de mœurs légères ; du type : « Nzambe apesi ngai vision, alobi ete yo ozali mwasi oyo mpenza atindelaki ngai. Mobali oyo ozali kovanda na ye akoki na yo te ». (Dieu m’a donné une vision, tu es la femme qu’il m’a envoyée, ton mari n’étant pas l’homme qu’il te faut).

Naïve et déstabilisée par cette fausse révélation, la Sœur en Christ n’a pas d’autre choix que de céder aux avances de notre « Pasteur Kinsekwa ». En rentrant chez elle, c’est la dispute avec son mari légitime et quand ce dernier , irrité par la conduite de sa femme, porte la main sur elle, c’est le moment choisi par Madame pour quitter le foyer et aller squatter chez notre divin Pasteur. Celui-ci, qui profitant de la situation, n’hésite pas à engrosser la Sœur en Christ pour faire le Christ. En plus de ces abus sexuels, nos « Pasteurs » n’hésitent pas à truander leurs fidèles en leur exigeant des Mabonza, toujours au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, alors que celui-ci n’a rien demandé.

Quel mari pourra tolérer que sa femme puisse fréquenter ces Temples du Mal ?

Parmi les femmes congolaises mariées qui fréquentent régulièrement ces groupes de prière et leurs différentes veillées de prière, certaines profitent du laxisme de leurs maris pour se livrer à la débauche en allant passer la nuit avec ou chez leurs amants abusant ainsi de la confiance de leurs maris qu’elles traitent de « de vrais yuma ». « Vrais yuma, ils ne se donnent jamais la peine de vérifier si réellement madame est partie à la veillée de prière ou ailleurs.

Aujourd’hui en europe par exemple, ces groupes de prière sont devenus des véritables agences de divorces ! Dans la quasi-totalité de couples où seule la femme fréquente ces groupes de prière, les disputes conjugales sont monnaie courante et les problèmes tournent toujours autour de « notre pasteur a révélé ceci ou cela. Soit notre maison est envoûtée ou que la famille du mari ne veut pas de notre mariage. Donc, il faut faire appel à notre « Pasteur » pour le désenvoûtement…. Et quand le mari refuse d’accueillir le Pasteur charlatan, à la maison il est alors taxé de « Ndoki ou sorcier et de complice avec sa famille ».

Ces « Pasteurs » qui prétendent être détenteurs des pouvoirs divins et qui trompent leurs fidèles avec des fausses prédications sont-ils conscients des dégâts qu’ils causent dans plusieurs foyers ?

Ce n’est pas en mémorisant quelques passages bibliques que l’on peut se faire passer pour un Pasteur ou « Papa mokambi » dans le but d’abuser sexuellement des femmes d’autrui… et de recueillir l’argent sous forme de « Mabonza ou offrande et collecte » qui ne sert pratiquement qu’au Pasteur et à sa famille.

Le temps est venu que les véritables représentants de Dieu se mobilisent pour mettre hors d’état de nuire ces brebis galeuses.
 
Denis Kabiona Kaseke Mukulungu
 

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