tshala muana

La nouvelle de la mort de Tshala Muana nous est tombée comme une foudre. J’ai souhaité même qu’elle soit fausse comme d’autres rumeurs ayant couru dans le temps sur sa mort et plusieurs fois démenties; mais la réalité reste têtue.

Tshala Muana s’en va et laisse derrière elle une œuvre immense; elle qui, dans sa culture n’était pas préparée à l’accomplir, car n’ayant ni diplôme ni préparation professionnelle à la base.

Tshala Muana, très jeune divorcée, était une battante; elle a fait partie de la race de ceux et celles qui se battent au quotidien pour survivre, et elle avait accepté ce combat pour la vie, munie, pour toute arme, de sa beauté, de ses talents de danseuse et de sa voix chaude et sensuelle, qui, plus tard, a conquis le monde.

Guidée dans ses premiers pas par Suzy Kaseya, Tshala Muana que l’on surnommera « la reine de Mutuashi », a su moderniser la musique traditionnelle du Kasai que le monde entier écoute et danse aujourd’hui. Nos petites chansons populaires comme Mpokolo, Kapinga, Tshibola Mulumbayi et autres sont devenues des tubes, écoutés dans le monde entier, grâce à elle. Plus tard, d’autres succès suivront comme Malu, Tshianza, Moyo, Mashala, etc.

Belle des belles et bête de scène, la reine de Mutwashi comme Tina Turner, a rempli des grandes salles de spectacles et fait connaître le Mutuashi du Kasai au Congo, en Afrique et dans le monde. Même les Grands de l’Afrique ont fantasmé sur cette beauté brune, sortie du fond du Kasai, sur ses cuisses fermes qui invitent à l’amour et sur ses coups de reins déroutants, époustouflants et envoûtants, dont elle-même détenait le secret.

Elle qui, sans diplôme aucun, très jeune, affaiblie par le divorce, elle dont l’avenir ne prévoyait rien de solide, car selon sa culture, „bakaji ki bantu, bikala bantu, kabashi nzubu!“ (Les femmes ne sont pas des hommes ; si elles étaient des hommes, elles construiraient des maisons), est allée à l’encontre des mœurs, a brisé les tabous, s’opposant à la soumission à l’homme et aux dieux. Tshala Muana, femme rebelle, a prouvé au monde que les femmes peuvent aussi faire plus, faire mieux que bâtir une maison. Car, elle nous laisse une immense richesse, un grand héritage que nous sommes obligés de soigner et de léguer aux générations futures.

Tshala Muana est aux Congolaises et Congolais ce que Brigitte Bardot est aux Français et ce que Tina Turner est aux Anglais. La fille de Kananga s’est hissée au firmaments des Grands, grâce à ses efforts personnels et à sa détermination. Aujourd’hui, Tshala Muana est entrée dans la cour des Grandes comme Miryam Makeba, Bella Bello, Abeti Masikini, Mpongo Love, etc.

Nous te pleurons, le Congo te pleure et l’Afrique te pleure,Tshala Muana wetu; mais nous savons que les grandes âmes ne meurent pas; car tu en es une!

Waya bimpe, Tshala wetu,
Wa ku bimpe bonso!
Bi wasangana mubi, mmulue kuasa!
Tshala wetu, wa bakatuluka ku makumbi
Wa kwa ba Wapa Cikunda, baba mundedi !

A jamais dans nos cœurs!

Lumbamba Kanyiki