Avec une extrême violence, l’ouragan Véronique venait de s’abattre sur la ville. Le vent qui l’accompagnait créait un désordre indescriptible : les arbres comme des fous agitaient leurs branches dans tous les sens, envoyant au loin leurs feuilles. Les maisons, secouées par la puissance du monstre furieux, craquaient ; leurs toits, comme frappés par un coup de pattes invisible, volaient aux éclats. Sur les routes désertée une scène de désolation : des arbres tombés de travers, des voitures montant les unes sur les autres ; les conduites d’eau, débordées en quelques minutes par des tonnes d’eaux venues du ciel en colère, éclataient, laissant jaillir l’eau sur les routes transformées en rivières.

Dans une maison quelque part, un jeune couple, Marc et Mireille, se tenait serré l’un contre l’autre, au milieu du canapé, devant la bougie qu’il venait d’allumer. Marc et Mireille n’avaient pas d’enfants et s’aimaient comme au premier jour de leur rencontre. Ils étaient inquiets pour leur maison qu’ils avaient achetées trois ans auparavant, après leur mariage, dans un quartier très huppé avec vue paradisiaque sur les montagnes. De l’intérieur, ils entendaient la scène d’apocalypse qui se déroulait dehors.

Mireille, sentant par intuition qu’ils vivaient leurs derniers moments, dit à son jeune époux : « Je sens qu’une catastrophe va s’abattre sur nous; mais j’ai un seul souhait : s’il me faut mourir aujourd’hui, que ça soit dans tes bras. » Marc, incrédule, lui dit en souriant comme pour la calmer : « Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ? Ce n’est pas notre premier ouragan ; tu verras, ça va bien se passer. De toutes les façons, nous avons pris toutes les dispositions possibles : les fenêtres sont barricadées, nous avons suffisamment de nourritures, nous avons des bougies pour la lumière et Dieu merci, il ne fait pas froid. »

Mireille fit sourde oreille aux explications de son mari. Elle vint s’agenouiller devant lui, le débarrassa de son short et de son slip. Toujours sans mot dire, elle enleva son T-shirt ample et le jeta sur le fauteuil à côté. Puis, elle s’empara de son membre flasque qu’elle se mit à masser de bas en haut. Marc, d’abord passif, la regarder tranquillement faire. Mireille, abandonnant momentanément le sexe de son mari, se remit debout, ôta la robe beige en lin qu’elle portait, enleva sa petite culotte et vint s’asseoir à califourchon sur les cuisses de son mari. Elle plongea son regard dans le sien, prit sa tête entre ses mains, enfouit les doigts dans ses cheveux bouclés, ses lèvres vinrent se presser contre celles de Marc dans un baiser à couper le souffle. Ce dernier gémit de plaisir. Ses mains parcoururent le dos de Mireille, le caressant de haut en bas. Comme si elle défiait le monstre qui hurlait au-dessus de leur toit, les lèvres de Mireille lâchèrent celles de Marc ; « Laisse-moi mener la dernière danse, veux-tu ? », lui dit-elle dans un souffle. Elle prit alors dans sa main droite le bâton de pèlerin qui avait suffisamment gonflé et le dirigea vers l’ouverture de son jardin de vie. Elle y frotta doucement le bout de la crosse dans des mouvements circulaires. Marc, dont le corps fut traversé par des sensations électriques, frémit et gémit encore une fois de plaisir. Il lui prit la tête entre les mains, pressa sa bouche contre la sienne, puis enfonça le bout de sa langue entre les lèvres charnues entre-ouvertes dans un baiser fulgurant qui dura une éternité. Mireille s’empala sur lui, et, d’un coup de rein sec, l’engloutit entièrement. Marc se cambra sous elle! Alors, elle se mit à faire des rondes sauvages d’abord tout doucement, se cramponnant de deux mains à son cou. Puis, elle accéléra la cadence, imprimant un rythme endiablé des va et vient. Marc lâcha un soupir de plaisir, l’enserra dans ses bras, oubliant le monstre qui rugissait dehors et sa fureur. Leur coït se prolongea ainsi pendant plusieurs minutes. Le corps cherchait le corps, la sueur de Mireille se mêlant à la sueur de Marc. Ils s'enivraient ainsi de baisers au goût salé et du parfum excitant de coit qui remplissait le salon. Aux hululements de Mireille suivaient les feulements de Marc dans une véritable symphonie des corps et des sens. Enfin, les deux tourtereaux, désormais unis pour l'éternité, explosèrent en même temps; leurs cris se mêlèrent aux craquements de la maison; ils furent ensevelis en quelques secondes par les murs et le toit qui s’écroulaient.

Le monstre en furie rugit toute la nuit. Partout où il passait, il continua son carnage dans un roulement lugubre de tonnerre. Au matin, il était déjà très loin, et avait laissé derrière lui une pluie fine, interminable.

Le service de secours, qui arriva un peu plus tard, trouva une ville en ruines avec des dégâts importants tant matériels qu’humains. Accompagnés du chien renifleur, les secouristes passaient des ruines en ruines, à la recherche des survivants éventuels en détresse. Le chien vint à flairer dans les décombres de la maison de nos amoureux. Il fit plusieurs tours sans rien découvrir d’anormal ; mais au moment où les secouristes étaient déjà sur le point d’abandonner leurs recherches et de les poursuivre ailleurs, ils virent le chien, par des coups de griffes donnés dans les débris et par ses aboiements, donner l’alarme. Aussitôt, ils se mirent avec précaution, à déblayer les débris à la recherche des survivants ou des corps ensevelis. En quelques minutes, ils tombèrent sur les deux corps nus enlacés sous le canapé, sauf qu’en tombant, ils avaient changé de position, Mireille en bas et Marc sur elle. Le médecin qui  accompagnait les secouristes s’en approcha, prit leurs pouls et cria aussitôt au chef de pompiers : « vite un hélico ! Ils sont encore vivants ! »

Marc et Mireille passèrent une semaine à l’hôpital, en soins intensifs. Plus tard, lorsqu’ils racontèrent leur histoire, Mireille disait qu’en sortant du coma, elle était très nerveuse et demandait aux infirmiers de la retourner dans sa vallée aux mille fleurs où Marc et elle se nourrissaient de baisers au goût de miel et se désaltéraient aux sources d’eau pure et limpide !


Lumbamba Kanyiki