Lorsque j’étais jeune, les gens me disaient que je ressemblais à ma mère. A l’âge de cinquante ans, j’entrai un matin dans la salle de bains. En me regardant dans la glace,  j’étais surpris de voir mon père en face de moi ! C’est que mon visage avait épousé tout son profil, jusqu’à son regard !

Les années se sont passées, plus d’une décennie. Ce matin, je me suis regardé dans la même glace; la même tête ressemble curieusement à celle de mes amis avec qui j’ai grandi : mêmes cheveux grisonnants, clairsemés, brûlés par nos pensées dans le fourneau de nos cerveaux en feu; mêmes fronts larges, traversés des rides comme des rigoles laissées par des multiples pluies de nos soucis, de nos joies et nos souffrances ; mêmes sillons profonds creusés par des torrents de sueurs de nos peines, isolant le nez saillant comme une île déserte ; et ce même regard doux, vaincu par les atrocités de la vie, mais assagi maintenant, sortant du lac de nos yeux tranquilles.  

Oui, je me suis regardé longtemps dans la glace ce matin ; et j’ai vu les ravages des années passées, les traces des moments qui nous caractérisent, nous rassemblent et nous rapprochent dans une même grande famille, unie et unifiée par les mêmes conditions de la vie : la famille humaine.

 

Lumbamba Kanyiki