Jean-Pierre Mukuna

Je viens partager avec vous l'homélie de monsieur l'abbé Jean-Pierre Mukuna prononcée au dix-huitième dimanche du temps ordinaire. Bonne lecture!

18e dimanche du temps ordinaire
Livre du prophète Isaïe (55, 1-3)
Psaume 144 (145)
Lettre saint Paul apôtre aux Romains (8, 35.37-39)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (14, 13-21)
Nous vivons dans une société de repus. La plupart d’entre nous n’avons pas fait, heureusement, l’expérience de la faim pendant une longue durée. Cette expérience douloureuse est celle de millions d’êtres humains. Mais il ne faut pas oublier que sur notre terre, aujourd'hui, il y a plus de la moitié de l'humanité pour qui c'est LE problème : manger à sa faim tous les jours. Combien d’hommes, de femmes, d’enfants, aujourd’hui même, et ici chez nous, se demandent comment trouver à manger. Je me rappelle la parole de Mao Tse Tong qui énonçait comme un lieu commun : « Quelle est la chose la plus importante ? La chose la plus importante est d’avoir à manger chaque jour. » Avec la souffrance et la mort, la faim est la plus grande des préoccupations des humains.
Jésus a compris cela. En lui, c’est Dieu qui voit la misère de son peuple affamé. En plein désert, Jésus fait face à une grande foule. Victime de son succès, les foules veulent l’écouter, le voir et bénéficier de tout le bien dont il a la réputation. Dans cette foule, il n’y a pas d’anonyme pour lui, chacun est important, chacun mérite son regard, son attention, son amour. Et devant cette foule, l’évangile nous dit qu’il est « saisi de pitié » c’est-à-dire qu’il est « bouleversé jusqu’aux entrailles », pour ces hommes, ces femmes avec leurs faims, avec leurs besoins, avec leurs maladies.
Jésus ne leur dit pas : « Écoutez, j'ai mes problèmes, j'ai besoin de réfléchir, j'ai besoin de prier ». Ce qui prime pour lui, c'est cette grande foule qui lui fait pitié. « Il se mit à guérir leurs malades. » Il est primordial de soigner et de guérir. Même si le temps passe et que vient le soir. Ce sont alors les disciples qui s'inquiètent : il faut donc renvoyer ces gens qui n’ont rien à manger, qu'ils se débrouillent avant la nuit pour aller acheter de quoi manger dans les épiceries et dépanneurs des villages voisins. La riposte de Jésus ne se fait pas attendre: « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». D’ailleurs, n’a-t-il pas faim lui aussi au terme d’une journée bien remplie? Ce soir-là Jésus s’est associé à la détresse humaine. En lui Dieu n’est pas indifférent aux faims de l’humanité.
Les disciples envisageaient une solution de commerce, et Jésus leur oppose une solution de partage. Même si ce qu'ils ont à partager est peu de chose, rien que « deux poissons et cinq pains », en présence de cette foule. Mais pour Jésus c’est suffisant parce qu’il sera multiplié dès que leur partage va commencer. Dans un monde où tout s’achète et se vend, Jésus vient nous parler de don gratuit et de partage.
Jésus opère le signe de la multiplication des pains. Toute la foule est rassasiée. Le danger serait de ne voir que le côté merveilleux de cette histoire. Car le plus important est reconnaître Celui qui se révèle. Aujourd’hui comme autrefois, il est celui qui prend soin de son peuple, le nourrit gratuitement. En lui et par lui, c’est tout l’amour du Père qui se donne.
Nous qui avons tendance à nous décourager devant toutes les misères du monde. Nous disons facilement que nous ne pouvons pas répondre à tous les besoins, nos moyens sont dérisoires par rapport aux besoins de nos frères et sœurs, et nous sommes tentés de dire comme les apôtres : « Renvoie-les ! Qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger. » Mais ne suffit-il pas de faire confiance à Jésus? La suite du récit ne nous en donne-t-il pas la preuve?
Jésus demande à ses disciples de lui apporter ce qu’ils ont comme nourriture, de nous présenter devant lui avec le peu dont nous disposons. Sans cela, rien n’est possible. Dieu a besoin des humains. Pour le salut du monde, il a besoin de notre collaboration. Il a besoin qu’on lui donne tout. Sans cela, pas de partage possible. Même si ce qu’on a n’est rien. Presque rien : cinq pains, deux poissons.
Cette nourriture, ce sont les disciples qui la distribuent à la foule affamée. C’est ainsi qu’ils deviennent serviteurs. C’est Jésus qui le leur demande. Il ne veut rien faire à leur place. Il les provoque pour qu’ils deviennent serviteurs de cette foule immense. A travers eux, c’est aussi à chacun de nous qu’il s’adresse pour aider les plus pauvres à sortir de leur misère. C’est avec nous, avec nos gestes de partage et de solidarité, que tout devient possible. Prenons conscience des petits pains dont nous disposons, soit nos aptitudes et nos talents, notre écoute, notre accueil, notre bonté, notre temps et remettons-les-lui. Il les multipliera et comblera les cœurs affamés au-delà de leurs attentes.
Mais aujourd’hui, il nous faut faire un pas de plus : Jésus a été envoyé pour nourrir l’homme affamé de Dieu. Ce récit nous renvoie à l’Eucharistie. Les gestes de Jésus sont les mêmes qu’à la Cène : « Il prit les cinq pains, il prononça la bénédiction, il rompit les pains, il les donna. » Ce pain qui est annoncé dans l’Évangile, c’est celui de la Vie éternelle ; c’est son Corps livré pour nous et pour la multitude.
Le signe de la multiplication des pains nous enseigne que Dieu nous donne une nourriture qui développe en nous notre capacité d’aimer. Car tous les humains sont « invités au festin des noces ». Jésus n’est pas venu pour quelques privilégiés mais pour la multitude. Quand le prêtre dit : « Heureux les invités au Repas du Seigneur », il ne s’agit pas seulement de ceux qui sont présents physiquement mais de tous les humains sans distinction. Tous sont invités à partager le don de l’Eucharistie, le don que Jésus fait de sa vie et qu’il fait totalement sans rien garder pour lui.
À la fin de la messe, où Jésus multiplie le pain de sa présence, de son amour, de sa vie, sacrement où il continue de nourrir les foules, nous sommes envoyés vers les autres avec un panier plein. Comme autrefois, Jésus continue à nous dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Donnez à ceux et celles qui ont faim de pain, faim d’amour, faim de reconnaissance. Si nous unissons nos forces humaines à celles du Christ, le miracle pourra se reproduire et notre monde changera.
Ne refusons pas nos cinq pains. N’oubliez pas. Jésus dira au dernier jour : J’ai eu faim et m’avez-vous donné à manger?
Seigneur restaure nos forces et rassasie nos faims. Donne le pain à ceux et celles qui ont faim, toi qui nous dis « donnez-leur vous-mêmes à manger » ; et donne faim à ceux et celles qui ont du pain. Amen.
Jean Pierre Mukuna
27Rose Kanku, Vincent Tshipamba und 25 weitere Personen
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