bébé orphelin sous sa moustiquaire

Chers compatriotes,

C'est la troisième fois que je reprends ce message. J'essaie par tous les moyens de me contrôler, mais l'émotion est grande, vous me comprendrez. En rapport avec le projet qui me tient à coeur, à savoir les deux Euros pour les orphelins de Mikalayi, je vous ai informé du transfert de 300 Dollars effectué le 25 octobre . Je vous ai aussi montré les photos reçues de la révérende soeur responsable de cet orphelinat qui s'occupe de plus de vingt enfants dont plusieurs sont des bébés, donc des êtres fragiles. Mais quelle n'a pas été ma déception lorsque la trésorerie de notre organisation m'apprend que personne n'a cotisé, à part les quatre compatriotes qui ont donné leur domiciliation pour des virements automatiques.

Chers frères et soeurs, chers compatriotes, Je manque des mots. Je m'adresse plus particulièrement à vous de la diaspora: ne voyez-vous pas comment se comportent les autres peuples avec qui nous vivons? Je m'en vais vous dire ce que je vous ai toujours dit: "Lufu, ntupu tua ku nshingu" comme disent nos ancêtres. La mort, c'est comme les furoncles. Elle peut frapper n'importe qui et n'importe où. Nous qui avons la grâce de vivre, nous n'avons rien fait de spécial pour continuer à respirer. Demain, pourra être notre tour. Comment alors voudrions-nous que nos enfants soient traités en notre absence? A moins que nous nous disions comme des insensés: je suis déjà parti; ce qui reste derrière moi ne me concerne pas!

Veuillez souffrir que je vous raconte cette petite histoire vécue à Kinshasa: un soir, j'étais à Lemba rendre visite à un beau-frère, père d'une famille nombreuse. Pendant que nous causions le soir sous la paillote, en train de nous la couler douce, son épouse est venue se plaindre de son neveu, fils de son feu frère aîné qui n'aurait pas fait la vaisselle après le repas.Il devait avoir douze ou treize ans. Et pourtant, dans cette famille, il y avait aussi ses cousins et cousines, les enfants de ce couple, de même âge qui pouvaient aussi faire la vaisselle. Le beau-frère en question a fait venir son neveu et a commencé à le menacer: "Toi, j'en ai marre de toi, tu me fais toujours parler, sorcier ! Un jour, je te foutrai à la porte ! " Il est inutile que je vous dise que j'étais écoeuré d'entendre cela. Mais l'ironie du sort, des années après mon arrivée ici en Europe, j'ai appris la mort de ce beau-frère et son épouse à plus ou moins deux ans d'intervalle. Ils ne savaient pas qu'ils allaient aussi laisser des orphelins sur la terre !

Apprenons le sens de responsabilité. Dans le cadre de ce projet, j'ai causé avec plusieurs compatriotes et surtout les ressortissants du Kasai, la plupart sont chrétiens et pasteurs. Chaque dimanche, ils vont au culte; chaque dimanche, ils nous souhaitent bon dimanche "au nom de Jésus." sur facebook. Personne ne pourra me dire qu'ils manquent deux Euros pour se cotiser. Comme d'autres peuples, nous devons savoir cultiver le sens de responsabilité et mettre en pratique l'évangile de Jésus-Christ qui nous enseigne de nous occuper de nos orphelins et de nos veuves. Il ne sert à rien de faire de longs prêches avec éloquence et manquer à ce devoir élémentaire: mettre en pratique l'évangile de Jésus-Christ, aimer son prochain. Et  il est malheureux et honteux de voir les Blancs se cotiser pour nos enfants, nos cas sociaux tandis que nous, nous sommes incapable du moindre geste de compassion. Comment comptons-nous développer le Congo si nous sommes incapables du moindre sacrifice? 

Pour ce mois de novembre, nous enverrons peut-être le tiers de ce que nous espérions, une centaine d'Euros. Je vous invite à vous regarder dans vos miroirs et de vous juger à partir du reflet que celui-ci vous renvoie. Tuakashala ba bundu!

Vous m'excuserez du ton de ce message; je n'ai pas trouvé mieux.

Cordialement


Lumbamba Kanyiki