kabila devant congrès

Ceux qui attendaient hier  des signaux de décrispation au discours de Kabila devant le parlement réuni en congrès sont rentrés déçus. Car Kabila a donné tous les signaux démontrant qu’il est là et compte y rester. Ce ne sera donc pas une surprise s’il dépose sa candidature le moment venu pour les élections à venir,  si jamais elles auront lieu. En voici les raisons:

1. L'interprétation de la Constitution selon le PPRD

Hier, au moment où les tous les Congolais et la communauté internationale l’attendaient pour qu’il se prononce sur sa non participation aux prochaines élections, il a répondu, comme toujours, qu’il respectera la Constitution. Mais quelques jours avant ce rendez-vous manqué d’hier, certains thuriféraires du PPRD avaient donné leur propre version sur l’interprétation de la dite Constitution. Selon eux, la révision de la Constitution de 2011, ayant remis le compteur à zéro, donnerait à Kabila la possibilité de briguer un autre mandat! Alors, lorsque Kabila affirme aux Congolais et à la communauté internationale qu’il respectera la Constitution, C’est en rapport avec cette version.

2. La création de FCC

Plutôt que de sortir son dauphin pour les élections à venir, Kabila a créé une plate-forme dénommée FCC (Front Commun pour le Congo), dont il est l’autorité morale, en vue des élections du 23 décembre 2018. Pour être sûr de ratisser large, il y a inclus tous les opposants du ventre qui sont dans le gouvernement actuel.

3. La Nomination des membres de la cour constitutionnelle

Le 7 juillet, Kabila nomme neuf membres de la cour constitutionnelle désormais taillée sur mesure. Au cas où il y aurait conflit sur l’interprétation des articles de la Constitution, ils auront l’épineuse mission de trancher si oui ou non le troisième mandat de Kabila est légal.

4. L'investissement massif dans les forces de l’ordre et rappel aux affaires du général John Numbi

Kabila a beaucoup investi dans les armes et dans le recrutement de nouveaux éléments dans l’armée comme dans la police. Il a procédé dernièrement à la restructuration des FARDC et de la police. John Numbi, soupçonné d’avoir tué Chebeya et Mazana, activistes des droits de l’homme de l’organisation la voix des sans voix, réapparaît à la tête des forces armées congolaises. Etant dur des durs et toujours très proche de Kabila, sa mission sera donc de mater toute velléité de soulèvement populaire.

5. L'imposition de la machine à voter et le refus du nettoyage du fichier électoral

Malgré le rejet de la machine à voter (ou à voler) de la part des Congolais, la CENI l’impose à tout prix  aux élections à venir. La même CENI refuse de supprimer les dix millions d’électeurs sans empreintes digitales retrouvés dans le fichier électoral. L’opposition y voit une réserve importante des voix à attribuer au candidat Kabila comme on l’a vu lors des élections de 2011.

6. Le non respect de l’accord dit de la Saint-Sylvestre

Kabila a refusé l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre. Jusqu’aujourd’hui, les mesures de décrispation n’ont pas été prises. Les opposants Diomi Ndongala,  Jean-Claude Muyambo et Franck Diongo croupissent encore en prison et Moise Katumbi voit ses chances de rentrer au pays pour battre campagne presque nulles.

7. Le financement personnel des élections

Kabila dont la fortune est estimée à 15 milliards de Dollars américains clame haut et fort que la RDC dont le budget annuel ne dépasse pas sept milliards de Dollars américains va financer, elle-même les élections dont le coût s’élève à environ un milliard de Dollars américains. D’où viendra tout l’argent si ce n’est de Kabila, lui-même? Et lorsqu’il injecte son argent dans le processus électoral, ce n’est pas pour un autre candidat du PPRD, mais pour lui-même. Et cela étant, ce ne serait pas pour le perdre. Nous connaissons la culture de la classe politique congolaise.

En tenant compte de toutes ces raisons ( bien sûr que la liste n’est pas exhaustive!), nous voyons que monsieur Kabila est dans la logique d’une balle dans la tête comme il l’avait déjà déclaré dans une de ses rares conférences de presse à Kinshasa. L’homme a trop volé et a trop tué. Il sait que plusieurs dossiers de trahison de la nation congolaise l’attendent. C’est pourquoi il ne lâchera pas, de lui-même, le pouvoir. L’avenir nous le dira.

Lumbamba Kanyiki