TSHITSHI 1

Etienne TSHISEKEDI était un NON CATEGORIQUE aux antivaleurs et LE PLUS GRAND COMBATTANT pour l’Etat de droit dans l’histoire de la RD Congo

 Il avait consacré sa vie au service de notre peuple et à la lutte pour l’avènement d’un Etat de droit démocratique dans notre pays. Jeunes, étudiants, vieux, hommes et femmes, nous avons tous été influencés par son combat pour la dignité humaine. Dans un environnement corrompu marqué par la dépravation des mœurs, le vagabondage, la transhumance  ou l’inconstance politique, Etienne Tshisekedi avait cru comme Nelson Mandela qu’il y avait des valeurs pour le respect desquelles nous devrions être prêts à sacrifier nos vies s’il en était besoin. Comme Madiba, il avait compris que notre vie ne valait la peine que si elle était mise au service de notre peuple et que l’objectif primordial de la politique était de servir et non amasser des biens matériels du reste éphémères pour soi-même, ses membres de famille, et ses courtisans. Alors que l’amour de l’argent et du pouvoir pour le pouvoir ainsi que la migration permanente s’imposaient comme une manifestation flagrante de l’immoralité du plus grand nombre des politiciens congolais, il était le symbole même de la constance et de la moralité en politique. Premier congolais docteur en droit, il aura donné des leçons à plusieurs générations de professeurs, maîtres, avocats, magistrats, et étudiants en droit qui avaient vendu leurs âmes au Léviathan.

Etienne Tshisekedi est entré « debout » dans l’histoire de la RDC comme le plus grand leader politique de notre temps. Il était incontestablement le père mais aussi la sentinelle de la démocratie au Congo. Je me souviens encore de l’honneur qu’il m’avait fait en me recevant à l’hôtel Sunnyside  de Johannesburg en Afrique du Sud pour échanger avec lui sur l’Etat de droit dans notre pays à quelques heures de son entrée triomphale à Lubumbashi où il entamait sa campagne pour l’élection présidentielle de 2011 qu’il avait gagnée sans avoir pour autant exercer l’imperium qui lui était dénié par la force des armes. Comme Gandhi, il était apôtre de la non-violence et jusqu’au soir de sa vie terrestre, il était resté sourd à ceux qui avaient cherché à le convaincre du contraire. C’est en rassembleur qu’Etienne Tshisekedi prend place aux côtés d’autres illustres filles et fils que la Nation congolaise aura enfantés.

Le NON d’Etienne Tshisekedi était un NON CATEGORIQUE à toutes les antivaleurs, à toutes les formes de corruption morale, et à toutes les compromissions contre son peuple alors les deux doigts de sa main droite levés en signe de V (victoire) demeureront à tout jamais un symbole populaire de détermination et d’assurance de la victoire éternelle contre la dictatureEtienne Tshisekedi était une icône. Entré dans l’éternité avec son emblématique « moniéré», il est devenu lui-même un dieu qui non seulement nous regarde mais aussi nous accompagne dans notre lutte inexorable pour un Etat congolais debout, prospère,  démocratique et social.

Nous avons eu le rare privilège d’être des contemporains de cet homme né au centre  du pays alors que Kimbangu avait déjà commencé sa lutte qui avait été formé plus tard à l’école de Patrice-Emery Lumumba qui comme un météore avait éclairé et mis un terme à la longue nuit de la dictature coloniale. Etienne Tshisekedi n’était absolument pas un saint, mais un homme en chair et en os, capable du bien et du mal. Il savait reconnaître ses erreurs et les corriger. Comme Moïse qui était d’abord à la cour du Roi Pharaon, il avait su se soustraire lorsqu’il avait reçu l’appel et abandonner tous les privilèges auxquels il avait droit durant le règne du Maréchal Mobutu pour se rapprocher de son peuple. Le « Leader Maximo » était notre « Moïse national » et comme celui de la Bible, il nous aura fait traverser la « Mer rouge » sans pour autant entrer lui-même dans la « Terre promise » qu’il aura sûrement vue de loin.

Il était une référence pour les valeurs de constitutionnalisme, d’Etat de droit et des droits humains que nous avons toujours défendues. Jamais un homme ne se sera battu autant que lui pour la démocratie au Congo indépendant. Ni l’or, ni l’argent, ni les avantages matériels n’auront réussi à le détourner de son idéal de changement et d’Etat de droit démocratique dont il rêvait pour son peuple. Le Sphinx de Limete était inflexible et s’est élevé comme une pyramide pour apprendre aux générations présentes et futures l’attachement aux valeurs éternelles.

La politique se définissait pour lui suivant son slogan de campagne électorale de 2011: « Le peuple d’abord ». Si les sud-africains chantent « Mandela, akekho afana naye » (Mandela, nul n’est comme toi), nul n’est certainement pas comme Etienne Tshisekedi et nul ne sera comme lui. Tantôt arrêté, tantôt renvoyé dans son village, tantôt déclaré fou,  il avait mené une vie de luttes et de privations. Tant d’années en prison, en relégation ou en résidence surveillée n’auront pas réussi à entamer le moral du « Combattant suprême pour la démocratie et l’Etat de droit au Congo ». La lutte était devenue sa propre vie, convaincu qu’il était qu’aucun système injuste, corrompu, et autoritaire qui prive les droits à tout un peuple ne pourrait durer pour toujours.

Décédé à 84 ans, un âge souvent choisi pour la retraite éternelle des prophètes, Etienne Tshisekedi n’a pas droit à un deuil, mais plutôt une fête nationale dans tous les sens des mots. C’est une nation unie qui doit remercier Dieu pour ce don prestigieux qu’il lui avait fait et en même temps rendre hommage à un homme dont la lutte a été étroitement liée à celle de son peuple. En même temps, les Congolais devraient en profiter pour s’interroger sur ce qu’ils auront fait individuellement et collectivement pour bâtir un Congo plus beau qu’avant au cœur de l’Afrique suivant le serment fait à la postérité et consigné dans l’hymne national.

Sa simplicité était étonnante et déconcertante. Il n’aura pas passé son temps à construire des palais, des hôtels, des fermes ou à amasser des biens pour lui-même et sa famille pendant que son peuple vivait dans la misère. Il combinait l’intégrité absolue, l’amour de la liberté, la justice et le respect des droits de tous. Son nom et son « moniéré» resteront liés pour toujours au combat contre l’oppression de son peuple et toutes formes d’injustices.

Il est difficile de trouver des mots justes pour rendre justice à Etienne Tshisekedi tant les superlatifs ne suffisent plus. Il n’était pas seulement l’une de plus grandes figures politiques congolaises, mais il surpassait de la tête et des épaules tous les autres politiciens des temps actuels. La RDC et l’Afrique ont perdu un héros. En l’affranchissant de la peur, Tshisekedi était devenu le plus grand libérateur de son peuple. En outre, comme un véritable leader, il avait compris qu’il n’avait pas à se laisser bercer par les sirènes ni les chants de djalelo ou de wumela entonnés par des courtisans et autres thuriféraires ou tambourinaires du pouvoir. Sa mort est une immense perte non seulement pour la RDC, mais aussi pour  l’Afrique et le monde. Il nous a appris à poser des actes et aussi à prendre des risques pour défendre nos idéaux.

En décidant d’entrer dans l’éternité le premier jour du mois de février, Etienne Tshisekedi aura choisi une manière bien solennelle d’inaugurer les activités programmées par l’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique (IDGPA) pour commémorer le 11eme anniversaire de la Constitution adoptée par notre peuple les 18 et 19 décembre 2005 et promulguée par le Président de la République le 18 février 2006.

Au-delà des discours de tous bords, que ce soit dans les rangs de ses  fidèles, de ses adversaires, de ceux qui l’auront vilipendé ou trahi au cours de sa carrière politique de plus d’un demi-siècle ou ceux qui se sont toujours réclamés de lui ou porté son « moniéré» sans vraiment épouser ses valeurs et son combat, la meilleure façon de lui rendre hommage sera de continuer son combat pour l’Etat de droit démocratique et l’alternance politique attendue par l’ensemble de notre peuple à la suite des élections libres devant être organisées en décembre 2017 suivant la loi que les politiciens congolais au pouvoir et dans l’opposition s’étaient imposée dans l’Accord conclu le 31 décembre 2016 sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale congolaise (CENCO).

Déjà trouvée est la réponse à la question de savoir qui lui succédera à la tête du Conseil national du suivi de l’application de l’Accord (CENSA). C’est le peuple lui-même à qui il avait toujours demandé de se prendre en charge qui le fera désormais dès lors que chacun dira : « Je suis Tshisekedi. J’exige la restauration de l’ordre constitutionnel et l’alternance en 201 ». Le peuple ne le fera pas dans le cadre de l’Accord tout comme il ne siègera pas dans un bureau quelconque offert par la CENCO. Par des moyens pacifiques lui reconnus par la Constitution, il le fera dans les écoles et les universités disséminées à travers le pays. Il le fera dans les rues et sur d’autres places publiques. Il le fera dans les villes tout comme il le fera dans les villages et dans la Diaspora.

Tout en le remerciant pour l’ouverture solennelle des activités du « Mois de la Constitution » et de son 11eme anniversaire, l’IDGPA se joint à sa famille et au peuple congolais tout entier pour rendre hommage à cet homme exceptionnel.

André Mbata Mangu

Directeur exécutif de l’IDGPA

Professeur des Universités E-mail : amangu@idgpa.org