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Plus de trois semaines après les actes d’insécurité perpétrés par le chef coutumier Kayenga Kamukenji et ses miliciens, le recteur du Grand Séminaire de Kabwe, monsieur l’abbé Martin Bayamba sort de son silence et dénonce l’absence de l'autorité de l’Etat dans ce coin du Kasai Central. Dans une lettre dont nous nous sommes approprié une copie, il s’explique sur le climat d’insécurité créé par ce chef coutumier et dans lequel il a failli laisser sa peau. Le Grand Séminaire a été pendant cette période le camp de réfugiés pour tous ceux qui avaient fui les exactions du chef Kayenga. Le séjour de ces réfugiés a causé certains dégâts dans les installations du Grand Séminaire. Le recteur Martin Bayamba lance un appel aux gens de bonne volonté et aux organisations pour leur aide substantielle afin de faire face aux travaux de réfection. Ci après la lettre du recteur Martin Bayamba.
Lumbamba Kanyiki
Merci de vos prières
par l’abbé Recteur Martin Bayamba
Chers amis,
Certains d’entre vous se demandent pourquoi nous n’avons pas eu de contact en ce début d’année. J’étais obligé par les circonstances à rester en permanence à Kabwe à cause d’ une situation sécuritaire très difficile depuis le 31 décembre 2016. Vous savez que depuis quelques mois, il y a des conflits armés dans notre province du Kasaï Central. Les affrontements sont réguliers entre les forces de l’ordre et les miliciens du Chef traditionnel Kamwena Nsapo. Les médias n’en ont pas fait grand cas au départ. Aujourd’hui, cela a pris de l’ampleur et on ne connaîtra le nombre réel des victimes que quand la situation redeviendra plus calme. Une des conséquences de cette situation, c’est l’absence de l’Etat dans les différents coins de la Province. C’est le cas aussi à Kabwe, d’où la police est partie depuis plusieurs mois. Alors, il y a des gens qui profitent de la situation pour régler leurs conflits en toute impunité. D’autres décident de mener leur politique en fonction de leurs intérêts. Monsieur Kayenga Kamukenji, un chef de village qui habite à environ 7 km du séminaire s’en prend à ceux qu’il considère comme étrangers ( dans ce coin où depuis 1927, les étudiants de presque toutes les provinces du pays sont venus faire leur formation pour devenir prêtres) dans son groupement. Mais il s’en est pris aussi aux villages voisins qui contestent ses méthodes de gestion et son comportement singulier.  Que s’est-il passé?
Du 31 décembre 2016 au 7 janvier, le Centre où se trouve notre maison du Grand Séminaire Philosophicum de Kabwe a connu, après menaces et provocations, les incursions des miliciens de ce Chef de village qui s’en prenaient aux « étrangers ». Ils sont arrivés armés de fusils, machettes, gourdins, bars de fer, etc. Des gens ont été molestés. D’autres ont perdu leurs biens. Nous avons compté trois cases brûlées, et des tentatives d’assassinats parce qu’on les a vus ouvrir le feu sur des paisibles citoyens. Moi même, j’ai risqué ma vie le dimanche 1er janvier quand je suis allé intervenir pour qu’on mette fin à ce comportement irresponsable. Je me suis retrouvé encerclé par ces dizaines de jeunes qui donnaient l’air des gens drogués et envoyés pour accomplir leur besogne. Ils m’ont pris à partie et menacé de m’achever. Je ne sais pas comment je me suis tiré du milieu d’eux. Je suis tout de même allé jusque chez leur chef pour exprimer ma protestation au nom de ma foi et des valeurs auxquelles je crois fermement. Mon crime était d’être intervenu en faveur de toute cette population malmenée de manière injuste et gratuite. Le chef qui a semblé tout ignorer de la situation ne s’est pas empêché de dire dans un discours public devant les habitants de son village qu’il me voulait seulement mort. Mais je continue ma mission à Kabwe en me confiant au Seigneur.
L’attaque du lundi 02 janvier avait mis en fuite toute la population. Nous avons accueilli des centaines de familles au séminaire devenu pour la circonstance, un camp pour réfugiés (je vous envoie quelques photos dès que la connexion le permet).
Nous nous sommes battus pour convaincre les jeunes de ce Centre Kabwe Grand Séminaire et leurs amis des villages environnants de ne pas chercher à aller venger les victimes. C’est ainsi que jusqu’à ce jour, nous avons pu éviter une tragédie aux conséquences incalculables.
Avec nos « réfugiés »,Nous avons dû gérer des situations auxquelles nous n’étions pas préparés. Et cela a laissé des traces dans nos installations : des biens perdus, des vitres cassées, des murs salis, des meubles cassés… C’était le prix à payer pour sauver des vies. Nous comptons sur l’aide de chacun pour réparer ce qui le peut, afin de continuer notre année de formation dans des conditions convenables pour nos séminaristes. Nous comptons surtout sur votre prière pour que le Seigneur continue à veiller sur notre maison et sur toute la population de Kabwe. Que l’esprit de paix et de fraternité revienne entre ces jeunes que l’on a cherché à opposer pour de petits intérêts que nous ignorons. Encore une fois, nos meilleurs voeux pour cette année que nous vous souhaitons heureuse et pleine de la présence de notre Seigneur Jésus-Christ.
Abbé Martin Bayamba