kabilie

L’imbroglio et le désarroi dans l’air au sein de la plateforme régnante sont tels qu’une vache n’y trouverait pas son veau, qu’une poule n’y retrouverait pas ses poussins. On dirait désormais une pétaudière, où l’on n’entend plus dire en chœur  » Alléluia amen  » ! Ceux qui ne sont pas obnubilés par les préjugés, le vertige de l’exercice du pouvoir et les vapeurs enivrantes de l’orgueil, scrutent l’horizon où ils voient accumulés les nuages sombres annonciateurs d’un dévastateur. Ils sentent le vent du boulet, prennent leur distance et crient au loup.

C’est le cas notamment de l’état-major du MSR (Mouvement social pour le renouveau) et de certains personnages éminents des partis membres de la mouvance présidentielle qui n’ont pas froid aux yeux pour tirer la sonnette d’alarme, et mettre en garde contre une démarche osée visiblement très dangereuse visant à torturer la constitution ou à solder témérairement la IIIème République encore à son stade expérimental de deux mandats seulement et dont le bilan de moins en moins reluisant est justement au propre passif des éperviers révisionnistes.

Quelle manière ironique pour les animateurs d’un système de reconnaitre implicitement leur échec, sans pourtant se résigner à en tirer la conséquence logique et jeter l’éponge, au lieu de s’accrocher en menant désespérément un combat d’arrière-garde, contre vents et marées ?

On pond laborieusement des ouvrages intéressés et insipides abusivement présentés comme des réflexions intellectuelles de scientifiques, et dont l’objectif inavoué et inavouable est de préparer la voie à l’autocratisation du pouvoir en RDC, les auteurs de ces élucubrations étant eux-mêmes d’éminents membres de la plateforme au pouvoir qui prêchent pour leur saint. On papillonne d’un concept spécieux à l’autre se couvrant de ridicule pour prétendre justifier la révision de la constitution, dans un raisonnement tissu d’un assemblage de mots creux, vides.

On vilipende tous ceux qui ne se conforment pas à la pensée unique, tous ceux qui ne souscrivent pas au culte de la personnalité, dans un langage puant l’arrogance, l’insolence et l’agressivité. On a dit pis que pendre des princes de l’Eglise, tout simplement parce qu’ils ont dénoncé les ténébreuses machinations destinées à replonger le pays dans un chaos indescriptible, plus épouvantable que la fameuse  » congolisation  » des années 60.

On a vu pas plus tard que la semaine passée, se dérouler à Kinshasa un spectacle cocasse d’une poignée d’énergumènes autonomes  » jeunes catholiques « , qui se dirigeaient vers la nonciature pour déposer un document de protestation destiné au Vatican contre  » l’immixtion de l’Episcopat congolais  » dans les affaires politiques en RDC !

Le crépuscule d’un règne

Ce spectacle comique n’avait rien de spontané ni de sérieux. Tous les observateurs honnêtes, dépourvus de préjugés, pouvaient sans peine se rendre compte que ces  » prétendus jeunes catholiques  » étaient des éléments qu’ils voyaient toujours évoluer et ramper autour des structures du pouvoir et de la plateforme  » Mouvance présidentielle « .

leurs faits et gestes avec désinvolture cris et slogans excessifs, montraient à n’en pas douter qu’ils étaient instrumentalisés et manipulés à souhait par des thuriféraires apparatchiks du système qui se sentent gêne aux entournures par des prises de position patriotiques de la CENCO, dont l’ascendant sur toutes les couches populaires est indéniable.

Le courant d’opposition à la révision de la constitution et à la représentation du président Joseph Kabila pour un troisième mandat à la tête du pays est si dynamique, si croissant et si tentaculaire que les sphères du pouvoir ont de quoi être angoissées.

Tous les nomenklaturistes à tous les échelons de la hiérarchie ont peur de la traversée du désert en perspective. Ils en sont réduits à présent à multiplier des gesticulations de résistance, se sachant impuissants à empêcher ou à retarder encore longtemps le crépuscule d’un règne qu’ils entrevoient déjà poindre.

Les signes avant-coureurs de ce crépuscule sont pourtant perceptibles à l’intérieur comme à l’extérieur de notre pays. Les cris de détresse, les avertissements et les mises en garde retentissent de toutes parts, auxquels demeurent dramatiquement sourds ceux qui sont enivrés d’orgueil et de délices du pouvoir.

Ils se sont mis tout le monde à dos, les couches sociales qui ruminent leur grogne, autant que les partenaires extérieurs qui ne sentent pas nos dirigeants exhaler l’odeur de sainteté.

La conjugaison des forces hostiles permet de dire que la révision de la constitution ou la production d’une nouvelle charte sont des vues de l’esprit qu’on projette dans l’opinion comme des ballons d’essai, dont l’environnement national et international hostile rend pratiquement impossible la concrétisation.

Les barrières érigées par les forces internes et externes combinées sont solides et infranchissables et il est difficile de pouvoir imaginer les contourner impunément. Les révisionnistes en sont bien conscients, même s’ils font semblant de tenter Dieu pour amuser la galerie.

La fortune peu heureuse connue par les concertations nationales avec des résolutions multiples désormais reléguées à jamais dans les rayons des archives, préfigure pour ainsi dire celle qui attend aussi la révision de la constitution ou la production d’une nouvelle charte. C’est la résultante des barrières.

L’enfantement d’un nouvel ordre

D’ailleurs, même l’organisation des élections avec le pouvoir actuel et la CENI de Malumalu Apollinaire se révèle irréalisable, en dépit du tapage et de l’agitation qu’on fait inutilement de part et d’autre pour donner faussement l’impression qu’on y travaille. On n’est nulle part, alors que le temps presse.

Tout est complètement bloqué. Devant cet immobilisme et les déficiences officielles avérées, c’est l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et la Résolution 2098 du conseil de qui vont s’imposer avec comme toile de fond un dialogue inclusif réunissant le pouvoir, l’opposition et la société civile.

Ce dialogue que le conseil de sécurité de l’ONU et la classe politique considèrent comme l’ancre de miséricorde pour tirer le pays du merdier où il s’enfonce de plus en plus désespérément, fait très peur aux prébendiers du système, pressentant que ce serait le commencement de la fin scellant alors leur traversée du désert. Et si l’on en arrive la en désespoir de cause, c’est la preuve et la conviction partagée par tous que les dirigeants rd congolais ont irrémédiablement atteint leurs limites et les capacités d’assumer les charges publiques.

En tout état de cause, ceux qui feignent de bouder le dialogue n’ont pas le choix. Ils y seront finalement la mort dans l’âme, car le président Joseph Kabila est lié sans appel par sa signature apposée sur l’Accord-cadre.
Le climat politique et social n’arrête de se détériorer.

Les présages annonciateurs du déclin d’une époque et de l’avènement d’une ère nouvelle sont discernables pour ceux dont les yeux ne sont pas aveuglés par des passions, des préjugés l’adoration du veau d’or. C’est pareil pourrissement qui souvent précède partout l’écroulement d’un état de choses révolu et l’enfantement d’un nouvel ordre social. Seulement dommage qu’au Congo-zaïre-RDC, des gens semblent avoir la mémoire courte.

Et le chien retourne à son vomissement. Parmi les acteurs politiques viscéralement hostiles à l’alternance démocratique, se retrouvent curieusement des néomobutistes qui n’auraient tiré aucune leçon des tribulations qu’ils ont dû endurer consécutivement à la chute du règne du maréchal pendant leur traversée du désert. Ils se comportent dans le système actuel comme si de rien n’était ! Ils se font plus kabilistes que kabila. Trop zélés, vils flatteurs, hypocrites comme dans le passé.

Seuls quelques sages parmi eux, effrayés par le jeu qu’ils les voyaient jouer, ont eu néanmoins le courage de dire à la cantonade qu’ils ne souhaiteraient plus, reprendre encore le chemin de l’exil. Les mêmes signes prodromiques de la décadence de l’ordre précédent sont encore aujourd’hui nettement discernables. Malheureusement, ils n’inquiètent pas ceux qui ont conclu un pacte avec le diable.

Par Jean N’saka wa N’saka/ journaliste indépendant