Un système miné par des contradictions et paradoxes, des incohérences et excès, en butte aux feux croisés de dedans et de dehors, rassemble à un navire en instance de naufrage, et l’on remarque cela par la précipitation des rats à le quitter, pris de panique dans un sauve-qui-peut prémonitoire du chaos.

Malgré les apparences d’union trompeuses, la plateforme au pouvoir est plus en porte-à-faux que ne l’est l’Opposition qu’elle infiltre de sous-marins à sa solde. Faute de leadership doté d’ascendant en dépit de l’autorité morale dont tout le monde se réclame hypocritement pour la plupart parmi eux, chacun conçoit sa partition et la joue comme bon lui semble, d’où il s’en suit des sons discordants et des querelles de clocher. La révision de la Constitution pour le maintien jusqu’ici inavoué et inavouable de Joseph Kabila au pouvoir à vie, semble être la préoccupation du seul PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et le développement).
 
Il y a des alliés qui répugnent à manger de ce pain-là mais ne sont pas encore résolus à se prononcer publiquement. Ce n’est pas le cas du MSR (Mouvement social pour le renouveau) qui ose se détacher du lot, Il vient de mettre le PPRD en difficulté pour avoir décidé de la révision de la Constitution, sans qu’il y ait au préalable un débat à ce sujet avec tous les alliés de la plateforme Mouvance présidentielle (MP).
 
Deuxième force politique de la MP par ordre d’importance et de représentativité, le MSR dénie pratiquement au PPRD le droit de s’ériger en commandant de bord de tous les alliés de la plateforme, qu’il croit lui être aveuglément soumis et manipulables à la baguette. Il a écrit au Secrétaire général de la MP exigeant l’organisation d’un débat regroupant tous les alliés pour se pencher en commun sur cette question de révision de la Constitution. Cette prise de position du MSR a été concertée au cours d’une réunion de son bureau politique à l’opinion au cours d’un point de presse.
 
La convocation d’une réunion à la ferme plaque tournante de Kingakati, de tous les partis membres de la MP sous la houlette de l’autorité morale en personne le week-end dernier serait-elle en marge du coup de gueule du MSR ? Probable. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le scénario qui serait imaginé là- bas pour la consommation extérieure, le système comme tel est désormais gêné aux entournures. L’explosion de colère du MSR n’est pas le fait du hasard. C’est signe qu’il y a des alliés qui deviennent conséquents et réfléchis et renoncent à être considérés comme des moutons au sein de la plateforme au pouvoir. Ces alliés ne sont pas sourds au grondement de l’orage, ni aveugles aux signes des temps du crépuscule d’un règne qui se dessinent à l’horizon.
 
Des intendants obligés
 
Ces alliés refusent de laisser encore le PPRD jouer le rôle de père fouettard à leur égard, au risque de les entraîner tous dans un gouffre. Les apparatchiks du système peuvent bien se foutre de l’opposition et de la Société civile qui ont déclenché et soutenu avec constance le front de refus de la révision de la Constitution à l’intérieur, plus particulièrement à Kinshasa la capitale, mais ils se cachent derrière leur petit doigt étant donné que l’entrée dans la danse de la communauté internationale complique davantage la donne et constitue un mauvais présage pour eux qui s’entêtent dans une entreprise visiblement périlleuse. La plupart des chefs d’Etat en Afrique sont des intendants soumis parachutés à la tête de leurs pays respectifs par les maîtres de ce monde qui agissent sous le couvert de la nébuleuse communauté internationale. S’ils trouvent qu’une nouvelle ère de la politique planétaire est apparue, ils n’hésitent pas à enjoindre à ceux qui abusent de leur confiance de s’apprêter à débarrasser le plancher, mais en cas de résistance ou d’insoumission caractérisée, ils les débarquent sans ménagement. Ceux qui tentent de se draper dans le concept de souveraineté le font tout simplement pour amuser la galerie, car ils savent bien dans leur for intérieur que ce sont ces décideurs du monde qui ont cautionné leur accession au pouvoir la faveur des élections sciemment bidouillées au détriment des rivaux nationalistes patriotes.
 
Si ces princes impérialistes de la terre ordonnent d’autorité à certains dirigeants africains de dégager, c’est parce qu’ils savent qu’ils sont leurs protégés, leurs obligés. Nul ne peut leur tenir tête impunément. Souvent ils adaptent leurs stratégies aux circonstances locales en rapport avec l’environnement international. Ceux qui sont des cas pathologiques, incapables de scruter l’horizon et de décrypter les signes des temps, font les frais de leur jusqu’au-boutisme suicidaire.
 
Le MSR a pris l’initiative visiblement embarrassante de secouer le cocotier à la plateforme au pouvoir dont il est l’un des membres de premier plan, comme s’il voulait tirer la sonnette d’alarme, réveiller les consciences assoupies ou subjuguées par une rhétorique mensongère des bravaches du sérail qui se font plus royalistes que le roi. On dirait que le MSR a peut être pressenti la tournure que prenaient les événements, alors que les autres seraient irrémédiablement grisés par les délices du pouvoir, insensibles au tourbillon ambiant qui menace de les emporter tous sans exception. Le climat politico-social en RDC est tel qu’il s’avère très difficile voire impossible pour le pouvoir de prétendre triompher de toutes les forces internes et externes désormais liguées contre le système.
 
L’éveil donné par le MSR
 
Le débat est exclu au sein de la MP sur un sujet aussi délicat et qui fâche comme celui de la révision de la Constitution, l’objectif sous-jacent étant le maintien de Joseph Kabila au pouvoir à l’expiration de son second et dernier mandat en cours. Comme c’est un objectif de vie ou de mort pour ses promoteurs zélés et extrémistes, le débat est impossible selon l’exigence du MSR. Tous les membres de la MP devraient impérativement batailler pour concrétiser cet objectif. On ne peut pas dire que l’autorité morale va clamer le jeu parce que ce jeu n’existe même pas, l’autorité morale étant elle- même juge et partie. Au pis aller, les membres du MSR se verraient contraints à l’omerta à leur corps défendant. Mais le ver qui est déjà dans le fruit y restera à jamais jusqu’à la pourriture totale du fruit. On ne peut pas arrêter l’effondrement \en cours d’un édifice dont les fondations ne sont plus solides. La catastrophe est inévitable pour ses cooccupants. L’éveil donné par le MSR est comme un cri de détresse et on aurait tort de s’imaginer que c’est un cri dans le désert. Loin de là. C’est un signal d’alerte conscient et responsable. Des néomobutistes et des kabilistes conservateurs demeurent imperméables à ce signal d’alerte. La question fondamentale maintes fois posée et à laquelle les révisionnistes n’ont jamais répondu de façon plus ou moins convaincante, est celle de démontrer l’opportunité de cette révision de la Constitution à la veille d’une grande échéance électorale. Ils s’empêtrent souvent dans un assemblage d’arguments creux, futiles, incohérentes, qui dissimulent mal leur objectif, à savoir la conservation indéfinie du pouvoir par Joseph Kabila au terme de son second mandat en cours. Même si quelqu’un a bien travaillé, après ses deux mandats constitutionnels, il doit se retirer. Il n’est pas question de s’accrocher par ruse ou par des procédés déloyaux de révision de la Constitution.
C’est le cas actuellement en RDC et dans d’autres pays africains où l’on n’est pas en mesure de se prévaloir d’un bilan reluisant. On tient à se cramponner au lieu de s’en aller, de peur d’être enfin rattrapé par des abus et des crimes monstrueux qu’on aurait commis durant l’exercice du pouvoir sans partage. La voie obligée en l’occurrence étant inéluctablement la Cpi. Cela donne le frisson et des sueurs froides à ceux qui se sentent déjà morveux.
Jean N’SAKA wa N’SAKA