Il y a quelques jours, nous nous retrouvons dans un cimetière de la place, non pas pour visiter les morts, mais plutôt pour y enterrer un des nôtres. Une foule nombreuse et compacte s'est amassée autour de la tombe: 99% des Noirs et quelques amis blancs, amis du défunts. Sous le soleil de plomb qui brille et nous empêche de bien respirer, je choisis de me mettre un peu à l'écart, à l'ombre d'un grand arbre. Les chansons et les je-vous-salue-Marie vont bon train. 

Tout à coup, tout devient calme, silencieux. C'est l'heure des derniers adieux. Le cercueil gît déjà au fond de la tombe. La grande soeur du défunt avance, s'incline devant son frère et l'interpelle: " Bien aimé..." commence-t-elle en français châtié. "J'ai prié Jésus-Christ pour te guérir et t'accorder encore son souffle de vie. Je sais qu'il m'a écouté parce que tu as encore survécu pendant quatre mois...". J'entends encore sa voix d'une oreille distraite. D'ordinaire, les moments comme ceux-là sont très pathétiques. C'est le moment où tout le monde est en pleurs. Mais là, je reste de marbre. Aucune larme ne coule de mes yeux. La soeur du défunt  continue son monologue pour terminer par "Je demande à la vierge Marie que tu aimais tant prier pour qu'il t'accueille au paradis auprès de son fils Jésus. Amen".

Irrité, gêné, je me tourne vers mon voisin débout à ma droite: "As-tu bien observé cette scène? Une foule de Noirs à un enterrement d'un Noir, en train de chanter en français et dire un dernier adieu à un des leurs en français. Et où est notre part là dedans?"  Et nos ancêtres? Ne méritent-ils pas d'être honorés?" Mon jeune frère me regarde étonné, ne sachant pas où je veux en venir. Je lui pose encore une question: "As-tu déjà vu ou entendu en Afrique ou ailleurs un Blanc ou une Blanche dire un dernier adieu à un des siens en tshiluba, lingala, swahili ou en wolof?".

C'est sûr que là, Mon jeune frère me prend pour un fou. "Tudi ba mayi tshiowesha ba bende" je lui dis avec tristesse. Tant que nous renierons nos racines, elles nous renieront aussi et nous continuerons toujours à tournoyer, ne sachant où aller". Je m'en vais à pas pressés, déçu, n'ayant pas écouté le "kasala" de nos mères.

Tshiamba ya Bende