Le numéro 47 de la rue Boma, quartier 3, Ndjili connaît une ambiance inhabituelle. Ebahis, élèves,   amis, membres de famille et proches du couple  Nona Makululu et Ntepele affluent depuis mardi soir à cette adresse pour en savoir plus sur les circonstances du décès tragique de la petite Eldad Ntepele, inscrite cette année en sixième primaire à l’EP Mpese. Eldad a été tuée le mardi 13 mai 2014 au coin de la rue Zongo, à un jet de pierres de l’avenue Boma, toujours au  quartier 3,   peu après 18 heures,  par un policier affecté au container de police placé juste à côté de l’EP Kifuma, quartier 10  Ndjili. Du sang coagulé était encore visible hier mercredi 14 mai 2014  à l’endroit où Eldad a perdu la vie. L’une des paires des sandales  qu’elle portait traînait encore là. Le meurtrier a   blessé grièvement aussi  l’élève Chris Kuyo, domicilié sur l’avenue Zongo 21 et  élève en 3 ème commerciale au Lycée Sainte Germaine.

Atteint d’une balle à la main droite et  acheminé d’urgence à l’hôpital de référence de Ndjili, Kuyo a été opéré quelques heures plus tard. Ses jours ne sont pas en danger. Tenant en respect deux jeunes-gens qui voulaient lui barrer la route, le meurtrier a pris la fuite. Son supérieur hiérarchique a été interpellé le même soir. La dépouille mortelle de la victime  est gardée à la morgue de l’hôpital du quartier 7. Comme ces incidents se passaient dans le périmètre des quartiers 3, 10 et 11 ,  les Ndjilois de ce coin de Tshangu   ont saccagé et incendié la même nuit de mardi  le container de la police placé juste à côté de l’EP Kifuma, quartier 10.

Le bourgmestre de Ndjili, Senghor Biya, et le numéro un de la police de Tshangu, sont descendus sur les lieux aux environs de 21 heures.  Biya Kikwama est revenu sur l’avenue Boma hier mercredi 14 mai 2014.

Parents, jeunes gens ayant vécu en live le drame de mardi soir ont retracé à notre intention le film des événements.

Pressentiment

Mardi 13 mai 2014 : il est 18 heures passée. Une demoiselle d’une vingtaine d’années habillée d’une tenue peu décente  dénommée « climatiseur »  attire l’attention d’un policier visible souvent au sous-ciat de Kifuma. Intrigué par sa tenue légère, il se lance à sa poursuite. Arrivé à la hauteur de l’avenue Zongo, il met la main sur la demoiselle et tient à l’arrêter. Des jeunes gens en conversation non loin de là s’interposent efficacement.  La fille en profite pour prendre le large et se réfugier dans la chambre de Mpia Nsele, la sœur jumelle de la mère de Kuyo.

A quelques mètres de là, Ntepele, qui a horreur des feuilles de manioc et n’en consomme pas, se dirige vers la rue Zongo pour acheter un morceau de poisson salé frit. On la supplie de ne pas sortir mais l’écolière s’entête, ne sachant pas qu’elle va au devant de  la mort.

Eldad,  accompagnée d’une de ses amies, fait sa course et  s’apprête à regagner la maison.

Au même moment, l’agent de l’ordre,  probablement fou furieux de voir  la fille à la tenue « climatiseur » s’échapper, tire  une balle en l’air. Peu après, il appuie de nouveau sur la gâchette à quelques mètres de l’endroit où se trouve Ntepele. L’obscurité aidant,  la balle atteint l’élève de l’EP Mpese tout près de l’œil droit, causant un trou béant au niveau de la tempe. Le sang gicle  et coule en abondance.  C’est le sauve-qui-peut.

Ayant entendu le premier coup de balle, le neveu de Mpia sort  pour savoir ce qui se passe. Il fait alors un mouvement de hanche  et ce geste va lui sauver la vie. La seconde balle tirée par l’agent de l’ordre frappe mortellement Ntepele,  et va se loger dans la main droite de Kuyo.

Cadette d’une famille de 4 enfants, Ntepele quitte brusquement la terre des hommes, victime innocente du geste incontrôlé d’un policier.

Jean-Pierre Nkutu