Annoncé  depuis la clôture des Concertations Nationales, en octobre 2013, le Gouvernement de cohésion nationale se fait toujours attendre.

L’on avait pourtant cru, au lendemain de ce forum et surtout de la démission de l’équipe Matata, que les choses iraient très vite. Le décor d’un remaniement ministériel imminent semblait davantage planté après la sortie de la circulaire adressée par le Premier ministre aux ministres et mandataires publics, leur interdisant toute initiative en rapport avec des dépenses non courantes ou des mesures administratives portant nouvelle mise en place, promotion ou révocation de cadres ou agents.

Quatre mois après, les spéculations succèdent aux supputations aussi bien au sujet du non moins sûr « Informateur » ou « Formateur » que de la composition même du futur gouvernement. Mais, au regard des ambitions qui s’expriment au niveau de la Majorité Présidentielle, de l’Opposition institutionnelle et non institutionnelle ainsi que des différentes sensibilités de la Société Civile, les candidats ministrables semblent plus animés par l’intention de « se servir » que de « servir ».

Au regard des bousculades qui s’observent du côté du Comité de Suivi des Concertations Nationales, animé par le tandem Kengo-Minaku, l’on a la nette impression que la famille politique du Chef de l’Etat se trouve engagée dans d’interminables tractations avec les plateformes de l’Opposition et de la Société civile ayant pris part aux Concertations Nationales pour se partager le « gâteau national » en attendant les échéances électorales. Des promesses de partage équitable et équilibré des postes circulent avec force à travers la « Ville haute », tant et si bien que le mot d’ordre pour calmer les esprits n’est pas loin du fameux « Je mange… tu manges ! ».

Lorsqu’un ministre en poste ou un candidat ministrable sent le parfum de son élimination de la liste de nouveaux futurs « élus », il se met à secouer à la fois les médias et ses parrains politiques, de manière à ne pas rater le train du Gouvernement de cohésion nationale, censé apporter à tous des dividendes financiers suffisants pour les campagnes électorales de 2014, 2015 et 2016. Le concept de « cohésion nationale » s’apparente sous cet angle à celui de la participation du plus grand nombre des représentants de la Majorité Présidentielle, des « Oppositions » et des « Sociétés civiles » à la gestion des portefeuilles ministériels.

A l’école de Louis Michel

A ce sujet, Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires Etrangères, avait montré le mauvais exemple aux Congolais lors du Dialogue Intercongolais, en soutenant la thèse du partage équitable et équilibré des responsabilités entre ex-belligérants comme gage de la réconciliation nationale, de l’unité nationale, de l’unification administrative et territoriale, de la stabilité des institutions de la République, de l’émergence d’une armée républicaine, du retour à une paix durable, etc. Véritables génies du mal, les nouveaux maîtres de la Transition n’avaient pas trouvé mieux que de multiplier par deux, trois, quatre voire cinq les effectifs de leurs ex-combattants, ce qui leur a permis d’engranger d’importants fonds publics pour la paie des fantômes et de se faire millionnaires en quelques mois. Point n’est besoin de rappeler que la période de Transition a été celle du pillage organisé des ressources nationales.

         En principe, la possibilité laissée aux ex-belligérants de « s’installer » et d’ « installer » aurait dû avoir pour retombées positives d’engager effectivement le pays dans la voie de la paix durable et de la prospérité. Mais, contrairement aux attentes, l’insécurité s’est installée dans la durée, jusqu’aujourd’hui, dans plusieurs parties du territoire national, engendrant des situations de « non-Etat ». Tous les mécontents politiques et économiques qui en ont les moyens n’hésitent pas à prendre les armes pour revendiquer leur part du gâteau national. Les vrais faux accords de paix et les deals politiques entre le pouvoir en place à Kinshasa et des seigneurs de guerre que l’on caresse dans le sens du poil ne se comptent plus.

Social : espoirs éternellement déçus

Depuis la chute de Mobutu, en mai 1997, les Congolais des catégories défavorisées assistent à la montée au pouvoir de nouveaux bourgeois politiques, sans que leurs conditions sociales et économiques ne changent positivement. La misère généralisée qui s’abat sur la majorité d’entre eux contrastent avec les richesses potentielles dont l’exploitation ne profite qu’à une infime minorité. Cela fait ainsi 17 ans que les espoirs d’amélioration du social sont éternellement déçus. A ce titre, d’aucuns sont tentés de ne plus croire aux promesses électorales annonçant un Congo émergent d’ici 2030 car en 2014, tous les paramètres sociaux et économiques indiquent que l’objectif ne sera pas atteint, en raison de la prédation érigée en mode de gestion des affaires publiques.

         Aussi, lorsque l’on parle de gouvernement de cohésion nationale, les Congolais d’en-bas pensent non pas à l’arrivée aux affaires de nouveaux serviteurs des autres mais plutôt à celle d’une nouvelle caste de citoyens mus par la recherche de leur confort personnel.

Kimp