Un soir, une mère laissa ses deux filles en train de jouer devant leur case et descendit au ruisseau pour puiser de l’eau. « Je reviens dans quelques minutes vous préparer le repas du soir », leur dit-elle.

Un long temps s’écoula. Pendant qu’elles jouaient, les deux filles aperçurent un nuage sombre au-dessus de leurs têtes. Annonçait-il la pluie ? Elles se mirent à chanter : 

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Où es-tu ?
Ma mère au cœur généreux ?
Où es-tu,
Ma mère, femme forte, mon rempart ?
Ô toi, pluie,
Tu ne toucheras pas à ma mère !

Les deux filles continuèrent à jouer de plus belle. Elles sentirent un vent souffler dans les arbres. Regardant au ciel, elles remarquèrent que le nuage sombre occupait déjà un grand espace au-dessus d’elles. C’était la pluie sans aucun doute. Inquiètes, elles chantèrent de nouveau :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Le vent se transforma en une très forte tempête. N’en pouvant plus, les deux enfants, prises d’une grande tristesse, se mirent à l’abri sous la véranda. Elles regardaient l’horizon en chantant :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

Alors, les éclairs déchiraient le ciel assombri qui libérait des éléments en furie. La pluie tombait en rafales, jetant des paquets d’eau sur le petit village. Les deux filles, découragées, entrèrent dans leur case, se demandant sur le sort de leur mère. Elles explosèrent en larmes en chantant :

Bee bee !
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa kabwa mukoyi,
Tshimonyi mamu !
Mamu mwa katala salimbwa,
Tshimonyi mamu
Wewa mvula, wewa mvula,
kukwatshi mamu.

La pluie cessa aussi vite qu’elle avait commencé. Il faisait déjà sombre et les brouillards couvraient lentement le petit village. Les deux filles, prises de peur, se serraient l’une contre l’autre, dans leur case dont elles avaient laissé la porte ouverte pour scruter l’horizon. Tout à coup, elles virent sur le sentier, qui menait au ruisseau, une silhouette qui s’approchait dans le noir. C’était leur mère qui apportait de l’eau pour le repas du soir.

C’était le conte tel qu’il m’a été raconté par Ya Bubé.

Lumbamba Kanyiki