A chaque fois, c'était toujours la même scène. Triste départ. Des torrents des larmes. Bak et Isabelle se trouvaient sur le pont du bateau qui allait emporter Bak vers l'Afrique. Le vent d'octobre soufflait sans arrêt charriant les gros nuages de pluie en direction de l'océan. Bak, 23 ans était deuxième officier sur le  bateau Kananga et il était à son troisième ou quatrième voyage en mer. Ça faisait quatorze mois qu'il s'était lié pour le meilleur et pour le pire à Isabelle Bak, née Bercier, une jeune fille belge de 22 ans. Des fois, il maudissait ce métier qu'il avait choisi d'exercer depuis son jeune âge. La sirène gémit longuement. Le capitaine Bak accompagna sa bien-aimée à la rampe qui menait sur la terre ferme. Ensuite, il se dirigea vers la cabine, en évitant à tout prix de regarder derrière lui. Les premières gouttes de pluie précipitèrent Isabelle à l'abri d'où elle pouvait  voir le bateau s'éloigner jusqu'à devenir un point minuscule dans l'océan atlantique.  Elle s'engouffra dans sa petite Corolla qui prit la direction de leur appartement...

Quelques instants plus tard dans le bateau. La porte de la cabine s'ouvrit précipitamment sur un matelot en sueur:  " Nous avons remarqué de la fumée noire sortir d'un de moteurs, commandant, mais nous ne pouvons pas déterminer avec exactitude de quoi il s'agit". Le premier officier se retourna doucement et regarda le matelot, incrédule. " Mais ce bateau sort de l'entretien, mon ami! Comment expliquer cela?", lui demanda-t-il. "Je ne sais pas, mon commandant" rétorqua le mécanicien pour toute réponse. Alors, le commandant disparut de la cabine pour quelques minutes. Lorsqu'il y revint, sa décision était prise. Il prit le téléphone, s'entretint avec le port pour communiquer la situation et annonça sa décision de retourner immédiatement au port pour contrôle.

En ce moment, il pleuvait des cordes. On dirait que le bon Dieu déversait des seaux d'eaux des cieux sur la terre! Le bateau rentra au port sans gros problème. Tous les membres d'équipage en sortirent, valises en mains. Le commandant informa Bak que son épouse était en route pour le reprendre. Alors il proposa à Bak de le ramener à la maison. En effet, le domicile de ce dernier se trouvait sur son passage, donc ça ne le gênait nullement de le prendre à bord de leur voiture.

Lorsque Bak descendit de la voiture, il courut vite, poussa la porte d'entrée de l'immeuble et s'engouffra dans l'ascenseur, songeant déjà aux gros yeux de bonheur que son Isa, comme il aimait l'appeler, allait faire en le voyant entrer par surprise à la maison. Mais poussant la porte du salon, il ne vit personne. Peut-être qu'elle se repose après avoir trop pleuré sur le bateau. Vite, il se débarrassa de ses chaussures et marcha sur la pointe de pieds vers la porte. Il voulait que la surprise fût totale lorsque, en se réveillant, elle l'apercevrait à côté d'elle. Tout doucement, il saisit le poignet de la porte, le tourna et ouvrit. La chambre était dans la pénombre, éclairée seulement par des petites bougies rouges. Isa était bien là, sur le lit, la tête enfouie dans un oreiller et un mec musculeux était sur les genoux derrière elle. Les yeux de Bak voyaient, mais sa tête refusaient de croire. Alors, il s'écria: "Isa, dis-moi que je rêve!". A ces mots, les deux amoureux sursautèrent, pris de panique.

Dehors, la pluie tombaient de plus belle avec un vent violent qui soufflait dans les arbres dans un chant lugubre. Les éclairs déchiraient le ciel tout gris, suivis de tonnerres qui faisaient vibrer toutes les vitres de leur appartement. La bouche de Bak s'était séchée. Il tira sur la cravate pour la desserrer un peu. Il sentait comme si une boule de feu lui brûlait la gorge. Il tituba et manqua de s'effondrer.  Alors, il alla dans la cuisine, se versa un verre d'eau avec des glaçons et revint s'asseoir au salon, la tête entre les mains.  Quelques instants plus tard, la porte d'entrée claqua. Mais il resta impassible. A quoi bon? Il connaissait son rival. Un cousin à Isa. Le fils de son oncle maternel. 22 ans comme elle. Isa,elle, n'eut pas le courage de sortir du lieu de son adultère.

Après un temps qui dura comme une éternité, Bak alla vers elle et la trouva déjà moulée dans un peignoir rose. "J'ai cru rêver, mais la réalité est têtue" commença-t-il. "Tu as déjà fait ton choix que je respecte aussi. Désormais, il n'y a rien entre nous deux. Prends toutes tes affaires et suis ton amant". Plus tard, il cria dans un souffle plein de désespoir "Si j'avais écouté ma mère!" ´En effet, il se rappela les discussions interminables qu'il avait toujours eues avec sa mère en rapport avec son mariage. "Choisis-toi une fille de chez nous!" Ne cessait-elle de lui dire "Je ne suis pas la première à l'exiger, mon fils; lis au moins genèse 24 et tu me donneras raison".

Eh oui! La voix d'Isa le sortit de ses pensées. "Je m'excuse de ce que tu as vu, Bak. Sache seulement que mon amour envers toi n'était pas feint. Dans la vie, il y a des choses qu'on ne sait pas expliquer facilement, mais sache tout de même que je t'aime ". Elle étendit la main pour caresser sa joue, hésita et la laissa tomber finalement. Puis, comme une automate, elle remplit une valise avec des robes qu'elle tirait pêle-mêle de la garde-robe. Elle ramassa quelques paires de chaussures, vida les tiroirs les uns après les autres. Enfin les yeux remplis de larmes, elle prit la direction de la sortie et sans un regard derrière elle, elle disparut dans l'obscurité qui enveloppait petit à petit la ville. La pluie venait de cesser, mais le vent impétueux soufflait encore sans relâche et dépouillait les arbres de leurs feuilles mortes. 

Lumbamba kanyiki