Ces derniers temps, plusieurs organes de presse ont écrit sur la gestion de Marna Yemo qui dit en passant s’illustre par une incurie innommable. Et à tous ces articles, la Direction répond par la négation de tous les faits décrits.
Il est temps que la lumière soit apportée à l’opinion et aux décideurs politiques pour changer la donne. Dans les années 80, l’Hôpital Marna Yemo avait une renommée qui ne se discutait pas.

 Malgré la crise qui commençait déjà. Les choses ne s’étaient gravement pas gâtées. Ses 2.500 lits étaient réellement occupés et la capacité d’accueil était énorme. Les gestionnaires de l’époque faisaient un effort pour maintenir un certain cadre acceptable. Les interventions chirurgicales étaient nombreuses. Et la maternité affichait journellement 150 accouchements. Si nous nous attardons sur le seul volet de la fourniture en électricité, l’Hôpital disposait d’un grand groupe qui était au Pi. Et qu’à la moindre coupure prenait le relais dans la minute qui suivait la coupure et c’est pour tout l’hôpital. Actuellement, avec les coupures de courant intempestives dues à la vétusté du matériel de la SNEL, l’hôpital n’a aucune politique de prévention pouvant amener à acquérir un groupe pouvant suppléer à la carence de la SNEL. On navigue à vue et dire que les conséquences sont énormes quand on prend rien que la situation des prématurés.

Durant la décennie 80, l’hôpital a été dirigé par les différents médecins que voici : Dr BANGALA, Dr MWENDY, Dr JANSEGERS. L’onde de choc venue de l’Est avec la pérestroïka et le glasnost va se sentir â la République du Zaïre. Et quand la démocratisation de la vie politique est annoncée en avril 1990, une bourrasque sévit dans le pays et dans tous les secteurs y compris celui de la santé. Ainsi, une longue grève des médecins pour exiger des meilleures conditions de vie va s’observer dans les hôpitaux publics surtout les grands comme Marna Yemo et les Cliniques Universitaires. Durant l’année 92, c’est une véritable descente aux enfers. Tout l’hôpital était dans le noir la nuit. Le hall central n’avait aucune lampe. Les longues herbes ont poussé partout. Il ne restait plus que les fauves pour envahir les espaces. Tous les agents, du balayeur au médecin touchaient 1.000 Zaïres indistinctement. Durant l’année 93, les médecins ont pris conscience de la situation et ont exigé et obtenu la départementalisation. Le mode de gestion va permettre de remonter la pente péniblement en rendant la gestion surtout financière plus orthodoxe. Ainsi, à la fin de l’année 1993, le Dr MBUTUKU, actuel Président du CNOM (Conseil National de l’Ordre des Médecins) sera nommé Chargé de mission parce que depuis lors, l’hôpital avait été érigé en entreprise.
En 1996, c’est autour de Dr MODIA d’être nommé Médecin Directeur. On était donc à la recherche de plusieurs formes de gestion pour redorer le blason terni du plus grand hôpital du pays avec ses 2.500 lits. Le Dr MANONO KATOTO sera appelé à conduire les affaires de l’hôpital à partir de 1999. Durant ce mandat, l’établissement a repris à fonctionner selon les normes. En 2000, le Dr MODIA sera de nouveau appelé à la tête de l’hôpital durant un bref intermède. Il faut attendre le mois de juillet 2001, pour voir arriver au sommet de l’hôpital le Dr DIABENO TOMBE appelé « Diable » par les intimes. La véritable descente dans le bas fond commence avec l’arrivée de ce médecin. Soit dit en passant, ce médecin venait de trôner à la tête du Conseil National de l’Ordre des Médecins où il avait succédé à feu Dr NUMBI, après son décès à la fin de 1991. Autant l’ancien Président du CNOM décédé était respectueux des textes autant son remplaçant va briller par le non respect de ces mêmes textes. En 1995, les médecins attendaient des élections pour renouveler le bureau CNOM. NENNI. De même en 2000, il va organiser des élections sans vraiment y croire. Pour preuve, ceux des médecins élus en 2000 n’ont jamais siégé. Ce n’est qu’en août 2008, que devant’ la grogne qui commençait à devenir très grande que ces élections de CNOM vont intervenir. Voilà l’homme qui venait de prendre la tête du plus grand hôpital du pays. A son sujet, deux historiettes sont racontées: ces deux historiettes remontent à l’année 2009 :
- Lors de la tournée entreprise par le Premier Ministre de l’époque au mois de juillet dans les grandes formations médicales, les observateurs vont remarquer que la situation était présentée par les différents N° 1 de ces hôpitaux sauf à Marna Yemo où c’est le N° 2 en la personne de Monsieur LUKU, ADF qui fait le job au grand étonnement des présents;
- Suite aux propos tenus par le Premier Ministre sur la gestion des hôpitaux, le Secrétaire Général, du SYNAMED va au nom de ses membres aller présenter l’indignation des médecins pour des propos jugés injurieux à l’endroit des médecins. Tous les autres médecins directeurs qui accompagnent le Secrétaire Général du SYNAMED abondent dans le même sens à l’exception du Dr DIABENO qui trouvera que le Dr MANKOY, Secrétaire général n’avait pas raison de parler ainsi parce qu’il ne voyait pas le mal fait par le Premier Ministre et dire que les deux médecins venaient du même coin.
Il y a un adage qui dit que le poisson pourrit par la tête ou encore il n’y a pas de mauvaise troupe, il n’y a que de mauvais chef.
Que se passe-t-il réellement sur la gestion de l’hôpital à proprement parler :
1) Gestion des stagiaires
Dans les autres formations médicales de la ville, les responsables tiennent compte de la capacité d’accueil des stagiaires, mais par le goût de lucre, l’Hôpital Provincial Général de Référence de Kinshasa ne tient compte que des montants payés par les stagiaires. Ainsi, un seul département peut en accueillir 200 voir 300 pour des salles des réunions faites pour accueillir 50 personnes. Quant à savoir ce qui est fait des montants exorbitants, c’est une autre question;
2) Gestion de l’environnement
Faites un tour à l’entrée de l’hôpital. Tous les espaces entourant l’hôpital sont exploités par des bistrots de tout genre (Eglises de fortune, boutiques transformées en bars dès la nuit tombée et autres vendeurs des effets funéraires. Devant l’entrée principale dorment des indigents qui ont trouvé l’hôpital comme leur dernier refuge.
3) Gestion du personnel
L’hôpital Marna Yemo est le seul où la Direction ne s’implique pas dans l’organisation de la paie des fonctionnaires, permettant ainsi aux différents comptables mandatés sur le terrain de faire ce que bon leur semble au grand dam des bénéficiaires;
A l’époque, le Staff Médical jouait un rôle important dans la marche de l’hôpital et la discipline du corps médical. Aujourd’hui, il est devenu l’ombre de lui-même ne pouvant même pas s’imposer sur les tous puissants chefs de département pourtant sou sa tutelle. Ses attributions ont été avalées par la Direction Générale. Si on prend rien que le problème des logements des médecins, le Staff Médical faisait un dosage intelligent selon la possibilité. Mais depuis que le Médecin Directeur s’est accaparé de tout, il loge qui il veut selon des critères clientélistes. La préférence va aux médecins de son département d’origine, qu’est la Chirurgie. Se permettant de loger des célibataires au détriment d’autres engagés bien avant et pères des familles.
Le clientélisme est tellement élevé qu’il y a des médecins qui n’habitent pas le local leur attribué mais que ce dernier est occupé par des membres des familles durant des longues années au moment où d’autres sont sous le joug des bailleurs à la cité.
4) Gestion des Finances
C’est le noeud gordien C’est le ventre mou de tout le dispositif administratif.
Pendant les années 80, l’hôpital avait des ressources financières que voici :
- Les frais de fonctionnement versés mensuellement par le Trésor public;
- Les recettes cash des malades après les prestations;
- Les créances recouvrées auprès de l’Etat pour les soins médicaux des fonctionnaires, des policiers et des militaires;
- Le recouvrement des prestations auprès des sociétés conventionnées. A noter qu’à l’époque, il y avait environ 200 conventions avec des sociétés de la place.
Pour le moment, la plupart de ces ressources ont disparu par la mal gouvernance des années Mobutu. Les différentes directions qui se sont succédée ne ses ont pas adaptées aux nouvelles situations cela par manque d’imagination dans le chef des dirigeants. Au contraire, l’hôpital se signale plus par des scandales comme dernièrement celui du Département de la Radiologie où l’ancien chef de Département se remplissait les poches au détriment de toute la communauté ou celui d’un ancien chef de Département qui s’est permis de laisser dans la caisse 40.000 Fc.
D’autres scandales en rapport avec les détournements des créances de certains malades dont les factures sont honorées par les sociétés.
La Direction actuelle se contente des recettes des payants cash. Or tout le monde sait que la catégorie des malades qui fréquente l’institution est la plus démunie.
Poser la question au Médecin Directeur à quand remonte le paiement des créances des policiers, des militaires ou des fonctionnaires. Qu’est-ce qui empêche l’hôpital de recourir aux conventions? La réponse est simple. Trois quart des médecins de l’hôpital disposent des polycliniques. A longueur des journées, ces médecins ne font que détourner les malades pour leurs centres privés. Et comme le Médecin Directeur n’échappe pas à la règle, parce que lui- même propriétaire d’un centre dans la périphérie, allez lui demander de relancer les conventions, c’est scier l’arbre sur lequel il est assis.
La Direction navigue à vue.
Pas d’initiative pour changer la situation. Et la fréquence des prestations sanitaires au rabais parce que l’institution ne peut offrir les soins adéquats avec comme conséquence les morts en cascade. En raison de la crise qui ne s’arrête pas, il faut que les pouvoirs publics songent à changer les animateurs du Comité de Gestion et mettre une équipe qui s’adapte et qui ne se contente pas de la routine. Un Directeur à même de revoir tout le système de fonctionnement et qui a la capacité de frapper aux portes de ses différents créanciers.
Et pour illustrer tout ce qui vient d’être dit, il suffit de compter le nombre d’agents qui meurent chaque semaine. En effet, on compte au moins un décès toutes les deux semaines. Le tout est à mettre sur le manque d’esprit managérial. Et pour ne pas refaire la même chose en nommant les mêmes personnes et recommencer, ne faut-il pas que l’Etat propriétaire puisse avant tout changement faire un état des lieux et diligenter un audit général (y compris la gestion des départements).
C’est la seule façon de sauver ce peuple qui n’a que trop souffert de l’irresponsabilité de ses propres fils. Agir autrement signifie une complicité avérée des responsables et de la hiérarchie médicale. Tout ce qui est dit ici n’est ni calomnie, ni médisance. Les faits sont vérifiables.

PAUL MULAND