En faisant de la RDC « un problème » dans les Grands Lacs:
Le passage la semaine dernière du président rwandais sur la célèbre chaîne américaine CNN alimente encore la chronique politique nationale. S’étant investi dans un vaste travail de lobbying pour se faire blanchir après de graves accusations portées contre lui en rapport avec son soutien avéré aux rebelles du M23, Paul Kagame joue aujourd’hui à la défensive. C’est finalement sur la RDC qu’il juge constituer un « problème » autant pour son pays que pour la région des Grands Lacs qu’il s’est déchargé. Comparé à tous les malheurs lui attribués depuis plus d’une décennie dans la partie Est de la RDC, les déclarations du président rwandais est une insulte non seulement aux dirigeants congolais mais surtout aux Congolais eux-mêmes. Jusques à quand le Congolais supportera-t-il que l’opprobre lui soit jeté par le même voisin ?

Lomme un diable dans un bé-nitier, le président rwandais, Paul Kagame, joue son va-tout pour rallier la communauté internationale à sa cause. Indexé par le groupe des Nations unies pour son soutien aux rebelles du M23, Paul Kagame a déployé une impressionnante machine médiatique internationale en vue d’inverser la tendance qui tourne à sa défaveur, depuis un temps.

Rendu responsable du nouveau drame dans l’Est de la RDC, ses traditionnels soutiens, notamment la Grande-Bretagne et les Etats-Unis n’ont plus d’estime pour l’homme fort de Kigali. Ils ont, tour à tour, mis fin à leur aide au développement en faveur du Rwanda. Pris de panique et dans un contexte de ralentissement de l’activité économique interne dans son pays, Paul Kagame est convaincu que la terre est en train de se dérober sous ses pieds.

Ce qui l’oblige à déployer ses dernières cartouches dans l’espoir de rebondir du jour au lendemain. Sa dernière sortie médiatique internationale sur la célèbre chaîne américaine, CNN, tiendrait à cette logique. Le choix n’a pas été non plus anodin. Il a été dicté par la grande audience et surtout la forte notoriété internationale dont jouit la chaîne câblée américaine.

LE BOUC EMISSAIRE

Décidément, le gel de la coopération au développement de certains partenaires extérieurs du Rwanda a eu des effets à Kigali. Longtemps prospère, l’économie rwandaise est dans une pente descendante. Les indicateurs virent, petit-à-petit, au rouge. L’économie rwandaise est pratiquement au bord de l’asphyxie. C’est le moment choisi par Paul Kagame pour sortir sa grande artillerie. Comme toujours, c’est par la RDC que Paul Kagame justifie tous les malheurs qui s’abattent sur son pays. Selon lui, la RDC qui peine à se stabiliser passe à la fois pour un « problème » aussi bien pour la Rwanda que pour l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Autrement dit, pour le président rwandais, la RDC, qui fait preuve d’une absence de vision et de leadership, travaille à contre-courant de toutes les initiatives de développement déployées dans la région. Qu’est-ce à dire ? Difficile à décrypter pour l’instant. Le plus évident est que pour le président rwandais, la RDC en général, les Congolais, en particulier, ne méritent pas la propriété de l’espace territorial qui représente aujourd’hui la République démocratique du Congo.

Reniant ses activités belliqueuses dans la région des Grands Lacs, au micro de CNN, Kagame se dit ouvert à travailler avec la RDC en se tournant vers l’avenir en vue de trouver des solutions. « Pour nous, la solution est de vivre ensemble comme deux pays dans la région, être tourné vers l’avenir et trouver des solutions », se défend le président Kagame. « Le Rwanda est très active dans ce domaine et nous voulons trouver une solution positive pour sortir de là », a-t-il dit, sans pour autant reconnaître son entière responsabilité dans les différents drames qui se sont abattus dans l’Est de la RDC.

De qui se moque-t-il finalement ? Du peuple congolais et de ses dirigeants, sans doute. Comme à son habitude, Paul Kagame vient d’humilier une fois de plus la RDC. C’est comme si toutes les défaites militaires infligées aux Forces armées de la RDC, en soutenant différentes rébellions qui ont défilé dans l’Est, n’ont pas suffi pour descendre davantage le peuple congolais.

En retournant ses déclarations, l’on se rend bien compte que Kagame se fait passer pour le maître de la RDC. Dans le fond, semble-t-il dire, le problème de la RDC ne trouvera des solutions qu’à Kigali. Son entretien sur CNN n’a eu pour seule visée que d’amener la communauté internationale a reconnaître ce qu’il croit être une évidence. C’est-à-dire toute solution à la crise en RDC doit inévitablement intégrer la donne rwandaise voire garantir un droit de regard du Rwanda. Passer outre ce schéma, estime Kagame, c’est créer davantage des problèmes autant pour la RDC que pour la région des Grands Lacs.

En faisant de la RDC un « problème »  qui freine le développement tant du Rwanda que de la région des Grands Lacs, Paul Kagame dénonce implicitement, l’absence à la fois d’une vision et d’un leadership en RDC. Une situation qui, selon lui, crée un « malaise » généralisé dans la région, « influe sur le progrès » de son pays, le Rwanda, tout en créant d’autres problèmes dans la région, a-t-il dit.

Ce n’est donc pas les dirigeants congolais qui sont visés par ses déclarations, mais c’est plutôt l’ensemble de la nation congolaise qui est jetée en pâture par celui-là même qui a déjà causé la mort de plus de six millions de Congolais.

SILENCE RADIO A KINSHASA

Pendant ce temps, au gouvernement, l’on ne s’en émeut pas. Même le tout bouillant porte-parole a préféré se taire, ignorant superbement les déclarations humiliantes du président rwandais. A-t-il peur des représailles ? Nul ne le sait. Toujours est-il les déclarations du président rwandais sont tellement dures qu’il mérite une réaction vigoureuse de Kinshasa. Rien ne peut justifier le silence, au regard de la gravité des faits.

Les dirigeants rwandais ont pris l’habitude de narguer les Congolais et leurs dirigeants. La ministre Mishikiwabo se faisait un malin plaisir de toiser les dirigeants congolais jusqu’à faire des leçons à une opinion publique congolaise alerte et vigilante. C’était ici même à Kinshasa. Comme si cela ne tourmentait pas les autorités de Kinshasa, l’interview de James Kabarebe accordée à notre consœur Collette Braeckman n’a jamais eu de réplique appropriée, point par point, du côté de Kinshasa.

Tout le monde a semblé acquiescer. « Qui ne dit mot consent », dit un adage. Curieusement, personne ne semble outré par ces propos vexatoires contre tout un peuple. Comme tétanisées, les autorités de Kinshasa ont décidé de garder le silence et de laisser passer l’orage. Cet opprobre jeté régulièrement sur les dirigeants congolais vise beaucoup plus l’âme des Congolais que les dirigeants eux-mêmes. Le silence de Kinshasa sonne comme un aveu de la justesse des propos distillés à partir des collines rwandaises.

Serait-ce juste que tout ce venin passe sans qu’un contrepoison ne soit administré à une opinion publique congolaise visiblement abandonnée à son triste sort ? Au gouvernement de la République de réagir de manière audible pour rétablir la fierté des Congolais blessés dans leur amour-propre.