Honorable Président,

Honorable Député et chers collègues

En vertu des dispositions de l’article 137 de la Constitution, le Président de la République a renvoyé au Parlement pour une seconde délibération, la loi des finances récemment adoptée par notre chambre.

Plus précisément et comme le relève sa lettre, le chef de l’Etat demande sans raison valable à notre institution d’allouer des crédits supplémentaires de la défense.

J’interviens pour relever certaines préoccupations de principe.

De prime à bord, j’en conviens avec le Président de la République que la défense nationale est une question d’une importance capitale pour toutes les nations. Elle l’est davantage pour notre pays qui est confronté à une tragique crise sécuritaire surtout dans sa partie Est.

A ce titre et compte tenu de son caractère vital, la question de la défense nationale mérite d’être traitée avec responsabilité, objectivité, transparence et clairvoyance si réellement le gouvernement tient à en finir définitivement avec l’insécurité à l’Est du pays.

La question de la défense mérite d’être traitée avec responsabilité, parce que, depuis plus d'une décennie, notre armée connaît continuellement des revers sur le terrain des combats alors que chaque année, il est alloué à ce secteur un budget colossal de plusieurs de millions de dollars dont ni la ventilation ni l’utilisation n’ont jamais fait l’objet de la moindre justification. Bien plus, les divers malversations qui rongent ce secteur et rendent nulle et inefficace son action ont toujours été couvertes du sceau de «secret défense », comme s’il y avait de secret là ou il y a des gros scandales.

La question de la défense nationales mérite d’être traitée avec transparence parce qu’à la lumière des événements,  avant d’allouer des crédits supplémentaires, il aurait été logique que le gouvernement revienne pour justifier l’utilisation des crédits antérieurs. C’est une question de recevabilité, d’honnêteté et d’intégrité en matière des dépenses de sécurité exercice auquel nul ne peut se dérober. Solliciter des crédits supplémentaires c’est bien. Mais, est-ce pour dire que les crédits antérieurs étaient insuffisants par rapport aux besoins et objectifs de défense de notre pays ? Dans l’affirmative, le gouvernement peut-il nous communiquer avec détails ces besoins et objectifs dont l’atteinte nécessiterait l’allocation des crédits supplémentaires ?

Bien plus, les sollicitant de nouveau, le gouvernement a-t-il évalué au préalable l’ensemble de menaces et risques susceptibles d’affecter la vie de la nation aujourd’hui, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l’intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République ?

Au cas, ou le gouvernement aurait réellement évalué tous les risques et menaces, a-t-il déterminé les réponses à y apporter ? A ce sujet, j’ai des doutes fondés car, je constate qu’en dépit des menaces qui pèsent sur le pays et faces aux défit sécuritaires à relever, le gouvernement demandeur des crédits ne s’est jamais donné la moindre peine d’élaborer et présenter à la nation, ni le livre blanc de la défense, ni la loi de la programmation et encore sa stratégie de sécurité nationale ou celle de défense.

Dés lors, en l’absence de cette ossature qui constitue la vision stratégique d’un gouvernement en matière de défense, une demande des crédits supplémentaire me parait inopportune. Car octroyés dans cette cacophonie, de tels, crédits ne serviraient qu’à entretenir des réseaux mafieux et à enrichir des politiciens et officiers corrompus et traîtres qui se livrent impunément à des trafics illicites d’armes et des matières premières dans les zones en conflits à l’Est du pays.

La question de la défense nationale mérite d’être traitée avec clairvoyance parce que la défense doit se gérer sans passion ni précipitations mais plutôt en prenant en compte tous les paramètres dans une perspectives de gestion à long terme qui hélas fait défaut au plus haut niveau.

Je m’occupe donc à l’allocation de nouveaux crédits au secteurs de la défense tant qu’il n’a pas été procédé à un assainissement systématique au sein du commandement de notre armée et tant qu’il n’a pas été fait la lumière sur le scandale du trafic de matières premières et de complicité de la part des officiers dont rien qu’un seul d’entre eux a écopé d’une simple suspension par ailleurs largement en deçà de la mesure des forfaits lui imputés et en contradictions flagrantes avec le barème de sanctions prévu par le code de discipline militaire.

En tout état de cause, pour éviter au pays la légèreté avec laquelle la défense nationale est gérée et limiter les dégâts causés par l’opacité qui couvre la gestion de ce secteur, je propose préalablement un audit du secteur de la défense pour lever les équivoques et rassurer l’autorité budgétaire quant à l’utilisation des milliards de franc alloués chaque année.

Honorable Président ;

Honorables Députés et chers collègues,

Je trouve injuste et injustifiée, les démarches du Président de la République tendant à obtenir de notre chambre des crédits supplémentaires pour le seul secteur de la défense alors que tous les autres secteurs de la vie nationale sont étranglés. A mon humble avis, pour être juste, le Président de la République garant de la nation et de sa cohésion, aurait pu examiner le même besoin et les mêmes préoccupations en faveur du social de la population et de certains secteurs vitaux auxquels lui-même et son gouvernement restent paradoxalement indifférents et insensibles.

C’est pourquoi honorable députés et chers collègues dans le souci de rendre juste et crédible la démarche du Président de la République, je sollicite de notre chambre à travers sa commission Ecofin, l’analyse approfondie du budget 2013 en vue d’opérer des amendements susceptibles de générer et d’affecter des ressources consistantes pour l’exécutions de certains projets d’intérêts vital : notamment ; la construction de la central hydro électrique de Katende au Kasai- Occidental et celle de Kakobola au Bandundu, l’amélioration et l’humanisation des conditions de vie et de travail des fonctionnaires, des enseignants, des policiers et des militaires ainsi que la réhabilitation des infrastructures comme le camps militaires, les hôpitaux généraux, les prisons, et les établissements d’enseignement supérieure et j’en passe.

Avant de clore mon propos, je voudrais inviter l’auguste Assemblée à partager avec moi ma peine d’apprendre par des voies inappropriées que le troupe des FARDC, sont engagées dans les opérations militaires dans un pays étranger en l’occurrence la République centrafricaine et ce, en violation des dispositions de l’article 214 de la constitution qui soumet les traités et accords relatifs au règlement des conflits internationaux ou l’approbation du Parlement.

Ce faisant, le gouvernement, a-t-il oublié que nous sommes un pays en guerre et qu’il a déjà montré son incapacité à défendre l’intégrité de notre territoire sécurisé nos frontières et protéger nos populations ?

Dés lors, je crains avec raison que les ressources supplémentaires sollicitées et auxquelles je m’oppose du reste, ne servent pas à financer l’expédition militaire en Centrafrique pour y sauver un régime usé et à bout de souffle. A mon sens, le peuple Rd-Congolais, n’a pas besoin de ce genre d’aventure qui découle des décisions affairistes et légères.

J’ai dit.

Honorable Lubaya Claudel André