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Kasai Direct
12 janvier 2013

Le torchon brûle entre Makenga Sultani et Baudouin Ngaruye

Les rebelles du M23 font face à de très sérieuses et profondes divergences internes qui fragilisent le M23 et qui risquent de l’emporter.

La plus récente est la nomination par Bosco Ntaganda de Baudouin Ngaruye au poste de général sans consulter Sultani Makenga ni Jean-Marie Runiga. Cela aurait mis l’aile Makenga dans tous ses états.

Au sein du M23, trois tendances se dessinent et se disputent le leadership.

Au niveau politique, bien que la tentative de Mbusa Nyamwisi de prendre la coordination de cette rébellion ait échoué dès le début, des sources fiables déclarent que l’on reprocherait à l’apôtre fondateur de JSS, Jean-Marie Runiga de manquer de vision politique et d’être trop ambitieux. Maintes fois au sein du M23, on a envisagé la possibilité de le démettre. Toutefois, il se pose le problème de la personne qui assumerait le leadership à un moment où le M23 semble essoufflé et sa mission mise en échec.

Une autre source proche de M. Runiga a fait état du malaise qui gagne Jean-Marie Runiga qui, mal dans sa peau de rebelle, aurait demandé à certaines de ses ouailles de prier le Seigneur pour qu’il le tire de cette situation. Il aurait la volonté de jeter l’éponge mais il ne sait comment le faire et par où commencer.

Tous ses deux concurrents à la tête du M23, à savoir Mbusa Nyamwisi (qui aurait été boudé par Paul Kagame malgré la contribution en hommes) et Xavier Chiramanyi (qui a un mandat d’arrêt depuis l’affaire Mutebutshi) ne sont plus demandeurs au regard de la donne qui a évolué.

Au niveau du leadership militaire, il y a deux tendances qui se battent. D’une part, il y a les pro Nkunda avec Sultani Makenga et de l’autre, les pro Ntaganda avec Baudouin Ngaruye.

Bosco Ntaganda évolue depuis comme frère ennemi de Laurent Nkunda.

Bien avant la mise à l’écart physique de Laurent Nkunda, chacun de deux frères ennemis disposait de son territoire à lui où l’autre n’avait pas accès.

Les divergences se sont manifestées lors de la constitution de l’opération Amani Léo. Les proches fidèles de Laurent Nkunda (avec à leur tête Séraphin Mirindi) avaient rejeté la déclaration de la fin de la guerre.

Le colonel Makenga (très proche de Nkunda) sera contraint malgré lui de se rallier à Amani Leo.

Lorsqu’on s’apprête à arrêter Bosco Ntaganda pour le livrer à la Cour pénale internationale, Paul Kagame va monter à la hâte le M23 le confiant au colonel Ruzangiza Makenga alias Sultani pour éviter le vide militaire à la tête de l’ex-CNDP. L’idée de faire revenir Laurent Nkunda aux commandes des mutins fut rejetée, car ce dernier serait imprévisible. Le divorce avec Paul Kagame daterait du jour où le président rwandais avait découvert que Laurent Nkunda prenait contact avec les Etats-Unis sans recourir à son parrainage.

Depuis l’option levée de dialoguer avec le gouvernement congolais, les pro Ntaganda ont approché Kinshasa acceptant de tout débattre et régler de peur d’être oubliés si les pro Nkunda prenaient le dessus. C’est ce qui justifie la promotion de Baudouin Ngaruye du colonel au général par Bosco Ntaganda sans se référer à Makenga et surtout au moment où ce dernier était en consultation à Kampala.

Au Rwanda, le refrain est connu : cette guerre est une affaire interne congolo – congolaise. Il faut réintégrer les rebelles dans les Fardc et ceux-ci doivent accepter d’être déployés ailleurs.

Le conflit ouvert qui déchire l’Etat-major du M23 aurait enfin une explication mono-ethnique. En effet, Ruzangiza Makenga serait issu du clan « autochtone » des Bana Jomba qui occupent les collines environnant Bunagana dans le Rutshuru par contre Baudouin Ngaruye serait issu du clan « immigré » des Bagogwe sous clan des Abakulimba dans le Masisi frontalier avec le nord de Ruhengeri (Rwanda). Le clivage clanique exploité à fond par Kampala et Kigali serait à la base de la division au sein de l’Etat-major du M23.

Kigali et Kampala vivent un conflit larvé reposant sur le contrôle du M23. Même si tout le monde (jusqu’à Kigali) reconnaît que Bosco Ntaganda n’a ni la taille ni le charisme de Laurent Nkunda, il n’est pas question de sacrifier Bosco Ntaganda pour la CPI de la même manière Kigali jure de protéger d’autres candidats au mandat de la justice internationale comme Makenga, Innocent Kayna, Baudouin Ngaruye, etc.

Au regard des faits ci-haut étalés, on peut se poser la question sur la place des Hutu et des Nande dans cette énième aventure militaire qui, aujourd’hui, se résume en déchirements claniques. Des dindons de la farce ! Qui dit mieux !

Mathias Ikem

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