C’est un Joseph Kabila démonétisé qui est apparu avant-hier samedi 15 décembre devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès au Palais du peuple. Fini le Kabila hautain, qui narguait les rd-congolais après des élections frauduleuses en 2011. Il est venu mendier la cohésion nationale au Congrès ! qu’est-ce qui explique ce changement de comportement de la part d’une personne que l’on décrit comme sourde au bon sens parce que grisé par le pouvoir. 

La guerre est passée par là pour lui ouvrir grandement les yeux. Cette guerre conduite par le M23, ses alliés d’autrefois (CNDP, membre de la Majorité présidentielle), bien appuyés par le Rwanda, l’a réveillé d’un long sommeil. La débâcle militaire de sa soldatesque, au Nord-Kivu,  a eu raison de son orgueil. L’épreuve de la guerre pour la mener à bien nécessite une large et solide cohésion nationale.  Or celle-ci lui fait largement défaut ! La preuve, il a du mal à mobiliser la nation autour de cette cause qu’est la défense de la patrie.

Tenez, quelque temps après que la guerre ait éclaté au Kivu, en avril dernier, Kabila avait demandé aux rd-congolais, de se mobiliser et à la jeunesse de s’enrôler massivement dans l’armée. Les rd-congolais, de manière subliminale, lui avait répondu ceci débrouilles-toi tout seul ! Après s’être entêté, il s’est finalement rendu compte qu’il était isolé face au couple Rwanda-M23. Comment en est-il arrivé là ? Un président impopulaire 4 mois à peine depuis sa réélection incapable de mobiliser son peuple contre une menace aussi grave qu’est la balkanisation de la RD-Congo. Lui l’homme qui aime à cultiver la distance et le mystère (inutilement d’ailleurs) autour de sa personne est vomi par une population qui l’avait pourtant bien accueilli en 2001 et qu’il avait adopté lors de la Transition (2003-2006). Depuis l’homme s’est métamorphosé au contact avec le pouvoir, il s’est cru investi par un droit divin de diriger les rd-congolais malgré eux. Il a donc développé des reflexes de dictateur avec des apparences trompeuses d’un démocrate. Et le plus grand vice des dictateurs  ce qu’ils se croient invulnérable, ils sont orgueilleux. 
Cet orgueil a donc poussé Kabila à prendre les opposants et la société civile de haut depuis les élections contestées  de novembre 2011. Aujourd’hui, Joseph Kabila, acculé militairement par le M23 a été contraint de reconnaitre son incapacité à protéger la RD-Congo et sa population. La raison selon lui, c’est l’absence de cohésion nationale. Il a enfin lâché le mot magique : cohésion.  Que s’imaginait-il Joseph Kabila? Qu’il était vraiment élu et qu’il disposait d’une véritable assise populaire ? Les preuves de son impopularité sont nombreuses car tout au long de ses mandats, il a travaillé à diviser les rd-congolais plus tôt que de les rassembler. Cette stratégie n’a été guidée que par l’addiction au pouvoir qu’il a développée. Voulant à tout prix conserver le pouvoir Joseph Kabila a fait alliance avec le diable allant jusqu’à comploter contre un citoyen congolais pour qu’il soit incarcéré à la Haye pour des crimes non commis sur le sol rd-congolais. Jean-Pierre Bemba, c’est de lui qu’il s’agit. L’ancien vice-président sous le régime de « 1+4 » et actuel sénateur est la victime des appétits gloutons de pouvoir qu’a développés « le Raïs ».

Pour écarter cet homme politique redoutable, Joseph Kabila a collaboré avec François Bozizé, le président centrafricain, pour que Bemba soit poursuivi par la Cour Pénale Internationale (CPI). Finalement, les accusations contre Bemba se sont avérées fausses au fur et à mesure que l’instruction avançait jusqu’à ce qu’un jour la CPI accorda une liberté sous certaines conditions à Bemba Gombo. Son pays, la RDC refusa de l’accueillir et Bemba perdit les bénéfices de cette liberté que lui avait pourtant accordée la Cour. Comment dans ses conditions Joseph Kabila peut espérer bâtir la cohésion nationale. Bemba était son challenger en 2006 lors de la présidentielle, il avait recueilli plus ou moins 48%  du suffrage. En refusant son hospitalité dans son propre pays, à un concitoyen comme Bemba, Kabila s’est mis à dos une frange importante de la population. Aujourd’hui que la nation est menacée, il se rend bien compte qu’il est seul. Sa famille politique la « Majorité présidentielle » n’est que l’ombre d’elle-même. Elle a le trois quart de sièges à l’Assemblée nationale mais est incapable de mobiliser la population à la cause nationale : défendre la patrie. Une preuve supplémentaire que le président de la Ceni (commission électorale nationale indépendante) Ngoy Mulunda, avait organisé une tombola électorale.

A part le cas Bemba, Joseph Kabila s’est illustré dans sa confrontation avec l’Eglise Catholique. D’abord avant les élections de novembre 2011 lorsque le Cardinal Mosengwo Pasigna lui déconseilla la révision constitutionnelle unilatérale de janvier 2010 où la Majorité présidentielle ‘mécanique) ramena de deux à un tour le scrutin présidentiel. Rien ne l’expliquait sinon la conservation du pouvoir. La Nation fut profondément divisée. Mais Kabila n’en fit qu’à sa tête. Ensuite, après les élections, le cardinal Mosengwo dit que les résultats des élections n’étaient « ni conformes à la vérité ni conforme à la justice ». Cela lui valu, une volée de bois vert de la part de la Kabilie. Insultes, dénigrements, bref toutes les choses détestable de la Kabile, furent son lot quotidien sur les médias publics et ceux proches du Pouvoir. Kabila s’est mis avec ce honteux épisode une bonne partie des chrétiens catholiques qui constituent la majorité des rd-congolais.  La répression des militants de l’Opposition, particulièrement ceux de l’UDPS, après les élections de novembre 2011 n’ont rien arrangé à l’impopularité grandissante de J. Kabila. Tout comme la résidence surveillée déguisée dont est victime Etienne Tshisekedi. L’absence de cohésion nationale est due aussi au fait que les cachots  rd-congolaises regorgent beaucoup des prisonniers d’opinions. Chalupa, Mokia Gabriel, Kutino Fernando sont aux yeux de l’opinion nationale, non pas des prisonniers de droit commun, mais des gens incarcérées pour leurs opinions politiques.  La répression sanglante des adeptes de Budu Dia Congo au bas Congo en 2008, les assassinats de l’activiste des droits de l’homme, Floribert Chebeya, et de son chauffeur Fidèle Bazana en 2010 ont  contribué à la dégradation  de l’image de Kabila Kabange dans l’opinion nationale et au delà.

Avec la diaspora rd-congolaise c’est aussi le désamour total. Et l’assassinat de Armand Tungulu, un membre de cette communauté en séjour dans son pays d’origine, a élargi davantage le fossé qui sépare le pouvoir et cette communauté stratégique pour le développement de la Nation. Tout ceci mis en ensemble avec la corruption de la classe politique notamment dans le domaine minier ont considérablement affaibli le prestige de Joseph Kabila. Les critiques se font de plus en plus entendre contre son régime. Evidemment, les promesses sociales non tenues, comme la fourniture d’eau et d’électricité, l’augmentation des salaires des fonctionnaires ont enfoncé Joseph Kabila. Au Kasaï oriental, on ne lui pardonne pas la chute de la Miba, cette entreprise qui faisait tourner toute l’économie de cette province. Au Kivu, promesses de paix non tenues également. Résultat : Kabila est un président illégitime et donc isolé. D’où son appel à la cohésion nationale devant le Congrès. Sera-t-il entendu ? Tout dépend du format et de l’ordre du jour de l’initiative qu’il va prendre dans les tout prochains jours. Réelle ouverture ou simple volonté de gagner du temps. L’avenir nous le dira.