Terres : qui sont les accapareurs ?

MFC (lalibre.be)

La Banque mondiale serait elle-même accapareuse de terres, au travers de son agence de garantie des investissements.

L’ONG internationale Grain, qui s’est spécialisée, ces dernières années, dans les problématiques liées à l’accaparement des terres arables, a publié un rapport (1) sur les auteurs de ces accaparements et ceux qui les aident.

Depuis 2007, souligne l’ONG, 10 millions d’hectares par an en moyenne ont été accaparés dans le monde par des compagnies étrangères : "Un petit nombre de gens prend ainsi une partie de plus en plus grande des terres arables du monde, et l’eau qui va avec, laissant les autres avec moins, ou rien du tout", souligne Grain. Dorénavant, souligne-t-elle, " ce sont ces nouveaux seigneurs de la terre qui décideront qui mangera et qui ne mangera pas, qui profite et qui périt dans le système alimentaire".

Selon l’ONG, les accapareurs sont " principalement des hommes, souvent avec une expérience professionnelle dans l’agrobusiness ou la banque. Certains siègent à des postes de haut niveau, voire le plus haut, dans des agences gouvernementales ou intergouvernementales" .

Pour "aider au débat ", Grain a décidé de " dévoiler un peu " qui ils sont. La liste n’est pas exhaustive mais "emblématique".

Parmi les épinglés, figure "le groupe de la Banque mondiale". "La crise alimentaire de 2007-2008 a été un désastre pour la Banque mondiale en matière de relations publiques" , relève Grain, puisque l’institution faisait pression sur les gouvernements pour qu’ils abandonnent toute tentative d’atteindre l’autosuffisance alimentaire; et quand des pays gros exportateurs de céréales ont diminué leurs exportations pour protéger leurs consommateurs intérieurs, la crise a éclaté, avec ses émeutes de la faim "dans les pays qui avaient suivi les avis de la Banque mondiale ". C’est durant cette crise qu’ "un accaparement global de terres arables a surgi" , dit l’ONG, mais "tous ces investissements étrangers dont la Banque avait promis monts et merveille pour la sécurité alimentaire" étaient destinés à produire pour l’exportation. La FAO (agence de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture) y avait d’ailleurs vu "un néocolonialisme".

Selon Grain, la Banque mondiale est en outre elle-même accapareuse de terres, au travers de son agence de garantie des investissements (Multilateral Investment Guarantee Agency, MIGA) et l’IFC (Société financière internationale), son organe destiné à promouvoir l’entreprise privée.

Autre figure connue, parmi les accapareurs épinglés par Grain : Meles Zenawi, le Premier ministre et homme fort d’Ethiopie, décédé en août dernier, dont la politique est poursuivie par son parti. Par un gouvernement autoritaire, " Meles a transféré d’immenses territoires situés au sud " de l’Ethiopie - pays dominé depuis 1991 par les Tigréens (nordistes) dont Meles était issu mais qui ne sont que 7 % des Ethiopiens - à des investisseurs nationaux et étrangers. Il s’agit d’y lancer des projets agricoles pour lesquels "quatre millions d’hectares" ont été identifiés, sans compter " un million d’hectares de plus pour les biocarburants et cinq autres millions d’hectares pour la canne à sucre ". Fin 2011, 800 000 ha avaient déjà été cédés à des étrangers, selon l’ONG.

Grain pointe aussi du doigt l’homme d’affaires indien Sai Ramakrishna Karuturi, patron de Karuturi Global, qui contrôle 312 000 ha en Ethiopie et en négocie 370 000 ha en Tanzanie. Ou son compatriote Sivasankaran, du Siva Group, qui possède 756 000 ha, dont 670 000 ha en Afrique.

Dans la mire de Grain encore : l’Américain Jose Minaya, directeur d’un fonds de pension pour enseignants, TIAA-CREF, qui investit dans la canne à sucre au Brésil, où 3 % de la population possède deux tiers des terres arables. Ou le Britannique Michael Barton, fondateur de Farm Lands of Africa, qui contrôle 11 % des terres arables de Guinée.

Visé aussi, l’Argentin Eduardo Elsztain, patron de Cresud et principal propriétaire de terres arables dans son pays, avec 628 000 ha de soya (dont il est le plus gros producteur) et pâtures, et 330 000 ha dans les pays voisins. Ou le Saoudien Hatim Mukhtar, de Foras International, appuyé par l’Organisation de la Conférence islamique, qui veut 700 000 ha de terres irriguées en Afrique pour y cultiver du riz et a commencé à les acquérir.

(1) "Who’s behind the land grabs", grain@grain.org et www.grain.org