Le rapport des experts internationaux éconduits sans aucun égard à la CENI ne s'arrête pas à la seule réévaluation du processus électoral depuis la révision du fichier électoral comme l'a a écrit le quotidien «LE PHARE», il y a quarante-huit heures. Il exige également «la recrédibilisation de l'institution électorale» et «la mise en place d'un mécanisme pour la gestion de la crise née du chaos électoral», selon ce qu'en ont rapporté à «CONGONEWS» des sources proches de l'IFES et de NDI. Restaurer la crédibilité de la CENI ne signifie rien d'autre qu'en faire partir le bureau actuel de Daniel Ngoy Mulunda qui a brillé par une compétence souvent et toujours justifié par le très malléable Jacques Djoli. Cette position rejoint ni plus ni moins celle de l'Eglise catholique qui réclame carrément la démission du bureau de la CENI en même temps que l'annulation des élections du 28 novembre 2011. Donc Ngoy Mulunda et son compère doivent payer. Et Joseph Kabila en partie.

Puisque les conditions d'organisation de l'élection présidentielle lui ont privé de la légitimité escomptée, l'issue qui lui est offerte est de partager le pouvoir avec l'opposition. C'est ce qu'insinue la mise en place d'un mécanisme de gestion de la crise. Partager le pouvoir et non rallier quelques opposants par débauchage comme tente de le faire le régime depuis quelques semaines. A ce propos, un émissaire kabiliste se fait éconduire avec des enguelades en gratification de la résidence d'un baron à qui il était parti proposer un portefeuille ministériel. Quand les experts poussent à un dialogue, ils ne font que relayer la position de deux puissantes capitales qui les ont mandatés, Washington et Londres. Ici et là-bas, la logique est de pousser à l'affaiblissement, quitte à préparer pour 2016 l'arrivée d'un autre type d'homme d'Etat plus enclin à respecter la bonne gouvernance.

Un projet appuyé par ceux qui soupçonnent Kabila d'être tenté par l'idée d'un troisième mandat avec la possibilité d'une révision constitutionnelle ou de reproduire le schéma Poutsine. D'ailleurs, Washington a renouvelé ses critiques sur les élections congolaises, provoquant la réaction de Lambert Mende qui s'est tapé la poitrine qu'il s'agit des élections organisées avec les propres moyens congolais pour les Congolais. Donc les Congolais ne méritent pas mieux. Londres, de son côté, avait radicalisé sa position à la présentation de l'enquête du député britannique Eric Joyce qui avait mis un bradage de l'ordre de 5,5 milliards de dollars des mines congolaises sur le compte de Joseph Kabila et son entourage. Kinshasa n'a jamais démenti. Même pas de la bouche du très loquace Mende qui s'est spécialisé dans les déclarations à temps et contre-temps. Qui ne dit mot consent, dit-on entre les gens de bonne société. Paris, par contre, a tempéré sa position au nom des intérêts que le régime a cédé la multinationale pétrolière française Total et France Telecom. Des sources font état de la cession du bloc 4 du graben Albertine et du switch de l'OCPT. Voilà une affaire à la Charity business, des ONG qui s'enrichissent sur le dos des pauvres en Afrique, notamment en RDCongo sous prétexte de faire de l'humanitaire ou cette France qui feint de se solidariser aux congolais quant au respect de leurs droits à se choisir leurs dirigeants. Juste une astuce pour profiter de la mauvaise passe d'un chef d'Etat mal élu pour lui faire signer un contrat ou un autre le couteau à la gorge. Cynique ce monde des puissants qui se font passer pour les champions de la démocratie.

Au delà de tout, il faudra compter avec la dynamique interne de l'Eglise catholique qui culminera le 16 ou le 19 février prochain, les abbés ne s'étant pas encore accordés sur la date. L'historique 16 février tombe un jeudi auquel les abbés préfèrent la journée du dimanche à venir, soit le 19 février, plus propice pour une grande mobilisation des fidèles après la première messe de grande affluence à partir de 6 heures 30. La commémoration de la marche des chrétiens ne sera qu'un début, l'Eglise prévoit de pérenniser le mouvement dans la rue jusqu'à faire aboutir ses revendications. Le régime en éprouve des frissons.

Il a fait intervenir plusieurs pressions de l'extérieur qui n'ont toujours eu raison de la détermination du Centre Lindonge. Comme celle de Mgr Desmond Tutu, le célèbre archevêque anglican connu pour sa lutte contre l'apartheid dont les affinités avec Ngoy Mulunda ne sont un secret pour personne dans les milieux avertis. A l'accession de Joseph Kabila au pouvoir, Tutu a débarqué à Kinshasa pour soutenir le nouveau chef d'Etat, le comparant au Joseph de la Sainte Bible. C'est Mulunda qui avait joué à l'entremetteur.

                                                                                                  MATHIEU KEPA