3 jours après les scrutins (présidentielle et Législatives) émaillés des violences, des fraudes, le dépouillement des votes vient de prendre fin , hier mercredi. Ce jeudi matin, les observateurs internationaux et les agents électoraux procèdent á l’étape de la compilation.

Des sources Onusiennes et du Carter Center, présentes á Kinshasa, font état d’une percée considérable de l’opposant Étienne Tshisekedi contre le président sortant, Joseph Kabila. Sur les 19 millions des votes dépouillés, l’opposant Étienne Tshisekedi obtient 11 millions des votes contre 5 millions des votes de Joseph Kabila.

Le représentant de la mission de Nations Unies (MONUSCO). M. Roger Reece a confirmé hier á AFP que l’opposition a une certaine avance par rapport au pouvoir sur les votes dépouillés, sans pourtant mentionné le nom de M. Étienne Tshisekedi. ” Ceci n’est nullement une fixation définitive. les choses peuvent bien changer au fil des jours” conclut-il.

La mission de Carter Center a “relevé des incidents dans beaucoup de bureaux de vote. C’est une élection très complexe et difficile, nous réservons donc notre jugement. Cependant, nous pouvons, après le dépouillement partiel de 19 millions des votes sur les 32 millions, affirmer que l’opposition serait sur une chaise comfortable”, avoue Bryan Travis.

Ceci a laissé lieu á des multiples interprétations de part et d’autres.

Dans le camp Kamerhe et dans celui de Kengo, la déception est perceptible. ”Beaucoup d’électeurs de l’opposition semblent avoir eu le réflexe du vote utile en faveur de Tshisekedi, et les autres opposants en payent les frais”. Avoue, Vital Kamerhe, candidat-président de l’UNC.

Le secrétaire général de la Majorité présidentielle (MP) en République démocratique du Congo, M.Aubin Minaku, a avoué mercredi qu’il serait surpris, lui aussi, de la percée de M. Étienne Tshisekedi. ” Ceci n’est qu’un dépouillement partiel, nous attendons la totalité de tout” souligne-t-il.

Questionné sur la possibilité d’une victoire du leader de l’UDPS, Aubin Minaku dit ne pas y croire une seconde, ajoutant cependant que “ça serait la meilleure preuve que ces élections sont transparentes”.

Le fameux porte-parole du gouvernement congolais, M. Lambert Mende, surnommé ”Mr riposte” de Joseph Kabila, se dit confiant de la réélection de son seigneur, Joseph Kabila. Nous verrons á la fin du dépouillement total, la compilation et l’annonce pour se positionner. Si le peuple congolais sanctionne le président sortant, Joseph Kabila, par les urnes, ce dernier s’inclinera sans ambages. Dit-il.

L’UDPS “dénonce les fraudes et les violences qui ont émaillé le processus ces trois derniers jours, entre autres les interventions musclées des militaires dans les bureaux de vote au vu et au su des observateurs internationaux et nationaux”, a affirmé son secrétaire général Jacquemin Shabani dans un communiqué, hier mercredi.

Mais “malgré tout cela” le parti n’évoque pas de demande d’invalidation, et affirme que, selon les “résultats affichés”, M. Tshisekedi était “largement en tête et avec un grand écart dans la majorité des provinces” et que c’était “très serré” ailleurs.

La France a en revanche fait preuve mardi d’une certaine fermeté en condamnant “les incidents très graves et très nombreux” le jour du scrutin. “Tout cela ne va pas dans le bon sens”, a été jusqu’à déclarer le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Au nom de l’Union européenne, la Haute Représentante pour les affaires étrangères Catherine Ashton a appelé elle aussi au “calme et à l’apaisement pendant le dépouillement, la compilation et l’annonce des résultats”.

En cas de contestation de ces derniers, Mme Ashton a appelé les forces politiques à “introduire toute contestation éventuelle par la seule voie légale ou juridique”.

Analyses

Les analystes de la politique congolaise, divisés d’avis mais convergent tous sur un point ” la présidentielle congolaise est une situation ” déjà vue”, une répétition améliorée du scrutin 2006.

Les élections démocratiques à l’Occident sont-elles nécessaires pour l’Afrique de nos jours? Il est évident que les Africains votent mais n’élisent pas leurs dirigeants, le choix du peuple n’a jamais été respecté, disent les uns.

L’impartialité de la Ceni, que les analystes qualifient ” le laboratoire des fraudes pour Joseph Kabila”,” comité de campagne bis de Joseph Kabila”, est un enjeu très déterminant pour un résultat définitif juste et équitable. A ce stade de compilation, les choses pourraient bien se tourner amères quand bien même l’opposition aurait une avance au dépouillement partiel.

Le République démocratique du Congo est un pays déjà saigné par des années de conflits civils et régionaux (1998-2002), qui ont provoqué des centaines de milliers de morts. Immense – quatre fois la France -, elle est à peine contrôlée par le pouvoir central et elle est parcourue de bandes armées qui pillent, violent et tuent. La perspective d’un regain de guerre civile y est encore plus cauchemardesque qu’ailleurs.

Mais nombre d’observateurs sur place ne l’excluent pas au lendemain d’élections présidentielle et législatives qui se sont tenues dans le chaos.

Tous les regards se tournent vers le mystérieux Joseph Kabila. Le président congolais est un taiseux, complexe personnage, aux apparitions rares, un jeune homme au destin pour le moins inattendu. Son camp est soupçonné de manipuler la commission de contrôle des élections.

Conclusions

Le camp de Joseph kabila acceptera-t-il le résultat définitif contre son voeux? L’UDPS d’Etienne Tshisekedi avalera-t-elle une mascarade électorale á la ”Jean Pierre Bemba”? Difficile de prédire.

Dans l’attente malade des résultats définitifs de ces scrutins, l’incertitude de ce que serait la periode post-électorale, le peuple congolais devrait mieux se souvenir de ces paroles de M.Ghandi ” La liberté ne descend pas vers le peuple, le peuple doit s’élever vers la liberté”

Les résultats définitifs des scrutins de lundi sont attendus, pour la présidentielle, le 06 Decembre et 16 Janvier pour les législatives. ”Qui vivra, verra” dit-on.

Par Guylain Gustave Moke (Political Editor AFP)

Amélie Magna ( Envoyée Spéciale AFP-Kinshasa)