Chers amis,

suite à l'entretien que Vital Kamerhe a accordé dernièrement à la diaspora, via Congo Lisolo, où il me citait parmi les personnes pouvant apporter un témoignage sur sa nationalité, de nombreux compatriotes m'ont posé la question pour confirmation.
Est-il Rwandais ? Est-il Burundais ? ou Congolais ? Alors, plutôt que de répondre à chacun au téléphone, voici mon témoignage écrit.
Il était une fois, en juillet-août 1978, un certain Pacifique Rugemaninzi, alias Pazos, un ami à moi et collègue de classe au Collège St Louis de Kananga. Son père et le mien étaient cadres à la Voix du Zaïre Kananga, et naturellement, prenant le même véhicule de service pour aller à l'école, nous étions devenus amis et presque frères. Pazos était mushi, comme son nom l'indique, et un jour, pendant les vacances scolaires, je l'ai vu venir chez moi accompagné d'un jeune homme de notre génération qu'il m'a présenté comme s'appelant Vital Kamerhe. Son père venait d'être nommé directeur provincial de la CADEZA. Vital se préparait à commencer la 6ème Math-Physique et il avait dit à Vital qu'il souhaitait rencontrer des gens compagnons parce qu'il voulait commencer à étudier déjà, sans attendre la rentrée scolaire. Ca tombe bien, lui répondit Pazos, on va chez Serge. Et quand ils sont arrivés chez moi, je planchais sur les épures de Monge, exercice n° 8, car j'avais le même esprit autodidacte que Vital. Tout de suite nous sommes devenus amis, et au mois de mars, lui et moi avions terminé par nos propres recherches, le livre de Dessin scientifique ainsi que le livre de physique de Faucher.
Son père et sa mère, comme tout parent, étaient contents de cette amitié de leur fils et je fus adopté dans la famille. Je connaissais tout le monde. J'étais le chouchou de Da Emilienne, la soeur ainée de la famille (Paix à son âme), qui me couvait comme un petit frère et qui a sauvé plus d'une fois mon amourette avec Françoise, qui habitait juste en face de la famille Kamerhe.
A l'époque, Kananga petite ville, tout le monde se connaissait dans la ville où nous habitions. Nous avions des amis Rwandais, notamment le regretté Mburanumwe Kamara, les Mutshura, et d'autres. Il n'était alors pas plus "honteux" d'être Rwandais que d'être Zambien. Kamerhe était Mushi, et je le voyais dans les communautés des Bashi. Je m'amusais même du nom de l'une de ses tantes, non que je n'ai jamais oublié car il me faisait rire jusqu'aux larmes : Bashibarashombababo Kiricho. De Kananga, je suis parti faire ma prépolytechnique à Mbandaka, puis l'année après nous nous sommes retrouvés à Kinshasa où le papa Kamerhe, alias Serpent à lunettes (Paix à son âme), venaint d'être rappelé à Kinshasa pour occuper des fonctions à la Direction Générale de la CADEZA où il était engagé depuis 1956 et où il est resté jusqu'à sa retraite, vers 1998. Bien entendu, je continuais d'aller dans sa famille, d'abord à l'Afrique Hôtel en face du fleuve, sur le boulevard, et puis plus tard sur l'avenue Nguma, vers le Palais de marbre. Je connais toute la famille, les Da Chantal, Da Constance, Bazos, Simon, Justin ...
C'est seulement au sortir de l'université que nos chemins se sont quelque peu écartés, lui s'étant engagé vers la politique et moi me tournant plus vers le sport, la musique ou la spiritualité (j'ai failli être pasteur). Le fait que plus tard il soit devenu un homme fort du régime nous a davantage éloignés car, sans être un homme politique, je ne voulais pas me retrouver dans la sphère d'influence du pouvoir dont je n'approuvais pas la politique. Les amis membres de notre forum, se rappeleront les apostrophes sans gants que je lui ai faites jusque tout récemment lorsqu'il était question de l'union de l'opposition.
Lorsqu'un groupe d'internautes de notre forum se sont livrés à des affirmations sur sa nationalité, quoique pouvant parler de ma seule connaissance de la famille, je suis allé vers mes amis bashi et kivutiens que j'ai en grand nombre. J'ai voulu en avoir le coeur net. Leur réponse était simple mais pleine de bon sens :
1) croyez-vous connaître qui est mushi et qui ne l'est pas mieux que nous ?
2) croyez-vous qu'un Rwandais, un vrai, aurait réussi à tromper des dizaines de milliers de Kivutiens pour faire le score qu'il a fait aux élections ?
Je terminerai en disant que j'ai toujours considéré, pour ma part, qu'au-delà de nos querelles politiciennes, nous restons des intellectuels et qu'un minimum d'honnêteté est requise de la part de ceux qui se réclament intellectuels. Je n'ai jamais compris pourquoi on peut perdre tant de temps, en période électorale, à une question dont la réponse est connue sans l'ombre d'un doute. C'est là mon seul regret car, en s'attardant sur de tels arguments, on laisse supposer qu'on n'a pas mieux. Ceci dit, je n'interviens plus jamais sur cette question car je considère qu'un homme politique peut être caricaturé, en démocratie. Ce qui m'attriste c'est de voir que c'est l'élite qui s'adonne à la caricature, délaissant les questoins qui sont de son ressort. Mais, enfin, puisque la constitution n'a pas interdit aux adultes qui ont oublié de grandir de continuer à jouer aux billes, laissons les faire ce qui est de leur âge.
Gontcho