L'Assemblée nationale a, au terme d'un débat autour des réponses du ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire à une question d'actualité sur les événements tragiques survenus mardi 26 avril 2011 sur le campus de l’ université de Kinshasa, décidé jeudi 28 avril la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire.

Le ministre Léonard Mashako Mamba a imputé la responsabilité de ce drame à des " assaillants " ayant profité d'une manifestation de " 8.000 étudiants des sciences humaines " protestant contre la majoration - par le comité de gestion de l'Unikin - des frais d'enrôlement aux examens et ceux de dépôt de mémoire, de 5.000 FC (5,5 USD) à 25 USD.

" Des assaillants en armes ont tiré à balles réelles sur les étudiants ", a-t-il dit en substance au Palais du peuple, en réponse à une question orale sur les événements tragiques qui s'y sont produits, causant la mort de Masikini, un élément de la garde universitaire " atteint par deux balles ", et de l'étudiant Jean Liyolo (faculté des Sciences) qui a reçu une " grosse pierre à la tête " ainsi que d'importants dégâts matériels.

Selon Léonard Mashako Mamba, ces " assaillants ", qui " n'étaient ni de la police ni des FARDC ", font partie des " 80% de la population sur le campus de l’université de Kinshasa (qui) ne sont pas des étudiants ". Il a aussi soutenu que les éléments de la Police nationale congolaise (PNC), envoyés en renfort par " la hiérarchie " - qu'il informait de l'évolution de la situation sur le terrain après son arrivée sur le campus - pour maîtriser la " meute " des étudiants en furie, " n'ont tiré aucune balle ".

Il a indiqué que, depuis mercredi 27 avril 2011, " le Parquet général de la République s'est saisi du dossier pour établir les responsabilités " à la suite d'une réunion de sécurité ayant regroupé le comité de gestion de l'Unikin, la Police et l'Agence nationale des renseignements (ANR).

" L'heure est grave. Ce qui se passe à l'Unikin nous interpelle tous. Il faut barrer la route aux forces qui cherchent à briser les rêves de la jeunesse congolaise au travers l'Université de Kinshasa ", a déclaré le ministre de l'ESU.

En effet, a-t-il insisté, " il faut tirer les leçons du passé. Ne simplifions pas un terrain miné, là où il y a des problèmes ". Ce passé, a-t-il fait remarquer aux députés, c'est " l'assassinat ", sur le même campus universitaire et en l'espace d'une semaine, " de deux étudiants au mois de janvier " 2011.

Rappelant son arrêté du 14 juillet 2010 fixant les frais d'enrôlement à 15 USD à Kinshasa et 10 USD en provinces, il s'est étonné que seuls les " 8.000 étudiants des sciences humaines " aient organisé mardi une manifestation de protestation alors que " dimanche et lundi, les étudiants assumaient leurs activités universitaires ".

BUDGET DE L'ESU, 1,6% EN 2011


Au-delà des événements dramatiques du mardi 26 avril 2011 dont l'" élément déclencheur" de la colère des étudiants (notamment la fermeture de " seuls" auditoires de la faculté des sciences humaines alors que ceux des sciences exactes étaient ouverts à leurs camarades) permettra d'établir les responsabilités, le ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire a invité les députés à " réfléchir ensemble ". Cette réflexion devrait porter sur le " comment organiser l'enseignement supérieur et universitaire " qui, a-t-il révélé, ne bénéficie que de 1,6% du budget de l'Etat pour l’exercice 2011 !

" Le ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire a enregistré environ 600 universités et plus de 300 frais connexes au cours de son inspection à travers le pays ", a dévoilé le professeur Léonard Mashako Mamba. " Il a même découvert qu'il y a une taxe de 1.500 dollars américains que les professeurs demandent aux chefs des travaux ", s'est-il indigné.

Par ailleurs, " le nombre d'étudiants est passé de 10.000 dans les années 70 à plus de 600.000 " sans que les infrastructures universitaires suivent la même courbe ascendante depuis 1960, a-t-il encore signalé.

Justifiant " sa " fixation des frais d'enrôlement aux examens (15 USD à Kinshasa et 10 USD en provinces), le ministre Mashako a dit qu'il y a lieu de prendre en compte le fait que, " dans les milieux ruraux, il y a ceux qui sont payés en nature ". Un autre objectif de son ministère, c'est la réglementation et l'uniformisation des frais connexes. " Nous agissons pour l'intérêt général et non pour des intérêts particuliers ", a-t-il expliqué.

En outre, a-t-il annoncé, plus de 27 millions USD sont mis à la disposition pour la réhabilitation des instituts supérieurs pédagogiques.

Le Potentiel