Les organisations de la Société Civile de plusieurs provinces du pays sont sur leurs nerfs depuis quelques jours. Elles accusent la MP (Majorité Présidentielle) d’avoir lancé une campagne de recrutement des chefs coutumiers comme membres effectifs et actifs. Selon Radio Okapi, la réaction la plus musclée est venue des « Forces vives » des territoires de Beni et Lubero.

Dans une déclaration rendue politique, le mardi 26 avril 2011, elles font état de la signature de la Charte de la MP, le lundi 25 avril à Kinshasa, par les « Mwami » Saa-Mbilibankoka (Beni), Ndeze Dieudonné (Rutshuru), Stuka Kinawa (Lubero), Mukosasenge Alexandre (Lubero), Kalinda Kibancha Nicolas (Masisi), Bashali Mukonto Nyaguba (Masisi), Kahindo Nzanzu Bonane (Lubero), Abdoul Paluku Kalemire (Beni), Bitsitsi Biguruwa (Nyaragongo) et Kiroba Mulengezi (Walikale).

Omar Kavota, président de la Société Civile du territoire de Beni et porte-parole de la Coordination des Sociétés Civiles de Beni et Lubero, les chefs coutumiers devaient rester neutres et apolitiques. La même source soutient que des pots de vin auraient circulé pour convaincre les autorités traditionnelles précitées de poser l’acte politique tant décrié.

« Nous sommes pratiquement préoccupés par la position des chefs coutumiers de notre province, par rapport à leur signature de la Charte de la majorité présidentielle. Les chefs coutumiers devaient normalement rester au milieu du village. Ils viennent de céder au piège leur tendu par les gouvernants. Ils affichent un caractère politique alors qu’ils devaient normalement rester apolitiques », a-t-il martelé sur Radio Okapi.

Grande agitation au Palais du Peuple

L’affaire des chefs coutumiers qui défilent à Kinshasa pour la signature de la Charte de la MP (Majorité Présidentielle) était hier au centre des conversations informelles dans les couloirs du Palais du Peuple. Plusieurs députés et sénateurs manifestement au parfum de ce qui se passe au sein de la famille politique du Chef de l’Etat en parlaient avec animation en aparté.

Certaines rumeurs laissaient entendre qu’en plus du cachet liquidé payé aux chefs coutumiers nouvellement affiliés à la MP et de la prise en charge de leur séjour à Kinshasa, des promesses d’octroi de véhicules de luxe, en guise de prime, leur auraient été faites.

Nombre d’élus du peuple se demandent si la facture du recrutement des chefs coutumiers est supportée pat la trésorerie de cette plate-forme politique ou le Trésor public. Dans le cas où cette dépense serait imputée au contribuable congolais, cela poserait problème.

Quels dividendes politiques ?

L’autre question que d’aucuns se posent est celle de connaître les dividendes politiques escomptés par les architectes de cette stratégie politique. Des analystes politiques font remarquer que les autorités coutumières ne sont plus ces « monarques » du Congo d’hier ayant le droit de vie et de mort sur leurs sujets, qui leur obéissaient au doigt et à l’œil.

Les congolais de campagne sont politiquement aussi éveillés que ceux des milieux urbains. D’où, il serait utopique de croire que les chefs coutumiers seraient en mesure d’imposer leurs couleurs politiques sans que ceux-ci ne daignent lever la moindre protestation. Il faut compter sur la liberté d’opinion de chaque villageoise et villageois.

L’histoire renseigne qu’en 2006, un « Mwami » candidat sénateur au Nord-Kivu n’avait récolté qu’échec et mat, malgré les assurances des députés provinciaux de son territoire de lui apporter le maximum de leurs voix. Qu’en dire sinon qu’une fois de plus, des vendeurs d’illusion ont trouvé le moyen de saigner les caisses de la MP, sans avoir la garantie que les chefs coutumiers ainsi recrutés et leurs administrés sont réellement acquis à la cause du Chef de l’Etat. Patrice Aimé Sesanga a dénoncé tout récemment une caste de faux « kabilistes » qui travaillent plus pour la défaite que la victoire électorale du Chef de l’Etat. Flatteurs et escrocs politiques, ils causent plus de tort que de biens au candidat Kabila en torpillant les bonnes volontés. Les recruteurs des chefs coutumiers seraient à inscrire sur cette liste.


Kinshasa, 28/04/2011 (Le Phare, via mediacongo.net)